AVERTISSEMENT DE
Je sais bien que c'est cette loyauté même de M. de Bacourt que, sans craindre de contredire l'opinion unanime de ceux qui l'ont connu, on n'a pas hésité à mettre en suspicion. A cette occasion, on rappelle que la marque de confiance dont M. de Talleyrand avait honoré M. de Bacourt n'était pas la première du même genre qui lui eût été conférée; son nom figure déjà en tête d'une publication faite, il y a plusieurs années, contenant des pièces très importantes relatives aux rapports de Mirabeau avec la cour de Louis XYI, et dont le comte de La Marck, depuis prince d'Arenberg, avait été l'intermédiaire. M. de La Marck en mourant avait chargé M. de Bacourt de faire connaître ces pièces au public
a pu lui (ionner connaissance, résume son opinion au sujet des Mémoires eux mêmes.
« Le caractère des manuscrits privés et de ses Mémoires est fort bien indiqué par cette mention de la copie laissée par M. de Bacourt dans l'inventaire de ses papiers, inventaire qui était joint à son testament :
» Quatre volumes reliés en peau qui sont la seule copie authentique et complète des Mémoires du Prince de Talleyrand, faite d'après les manuscrits, dictées et copies dont M. le prince de Talleyrand lui avait indiqué l'emploi.
» On le voit, il est question de manuscrits, de dictées et de copies. Les manuscrits sont évidemment toutes les pièces émanées de divers personnages dent les originaux possédés par Talleyrand sont aujourd'hui aux mains de M. le duc de Broglie et dont quelquesuns ont été insérés par M. de Bacourt dans la copie des Menwires. Il est permis de supposer que les copies dont parle lïnventaire sont des copies faites pour Talleyrand des pièces possédées par les archives de fEtat ou par des particuliers : il reste les dictées. Mais que serait-ce que ces dictées sinon les manuscrits originaux des Mémoires ? »
AVEUTISSEMENT DE L EDITELU. XV
pour bien établir le caractère, suivant lui mal apprécié, de ces relations secrètes de Mirabeau, et on accuse M. de Bacourt de n'avoir pas porté un scrupule suffisant dans Taccomplissement de ce mandat. Quelques-unes des pièces, dont on trouve la trace, ont dû être supprimées et laissées dans l'ombre ; et on en conclut que c'est à une élimination du même genre que M. de Bacourt a procédé dans la publication des Mémoires de Talleyrand. Le fait allégué fùt-il vrai — ce que je n'ai pas à discuter ici — je ne vois pas quelle conclusion on serait en droit de tirer d'une assimilation faite entre deux situations qui n'ont rien de pareil. M. de La Marck avait réuni une vaste collection de papiers de dates et d'origines différentes. C'étaient des lettres et des notes, les unes émanant de Mirabeau lui-même, les autres à lui adressées, d'autres postérieures à sa mort. C'est de cet ensemble un peu confus de documents qu'il avait entrepris de tirer la justification de l'homme illustre dont il avait été le confident et l'ami. Mais pour atteindre ce but et produire l'effet désiré, ou seulement pour mettre un peu d'ordre et de clarté dans la suite des pièces et en faire comprendre au lecteur le sens et la portée, un classement et par suite un choix étaient à faire. C'est à cette tâche que M. de La Marck s'était appliqué; mais le déclin de sa santé ne lui permettant pas de la mener à fin, il léguait à M. de Bacourt le soin de l'achever dans l'esprit et avec les intentions qui lui étaient connues. De quelque manière que le mandataire
XVI \ VCUTKSSEMKNT RIO L'ÉUITKUII.
se soil acqiiitlô de sa commission, il usait de son droit et surtout ne trompait personne, (^ar on ne voit nulle part que M. de La Marck lui eût enjoint de mettre au jour sans distinction tout ce que son testament lui remettait, et lui-même n'a non plus prétendu nulle part s'être dessaisi de tout ce (lu'il avait entre les mains. l'>nrm — et c'est ici dans le cas présent le plus important — on ne dit }ias et même on ne soupçonne pas (|U(i M, de ll'icoiirl ait fabricpié lui-même aucune des pièces qu'il livrait à l'impression avec l'intention défaire passer sa prose sous le couvert et sous le nom d'autrui ' .
Tout autre et bien plus grave serait le tort ou plutôt l'injure (|u'on ferait à la mémoire de M. de lîacourt, si on admettait l'imputation dont elle est l'objet. Chacun des volumes manuscrits des 3féini)in's de Talleyrand porte, on le sait, à la dernière page l'attestation, signée par M. de Bacourt lui-même, que le contenu en est authentique et complet. Or admettons que, par une subtilité d3 conscience assez difficile à comprendre, un homme d'honneur pût se croire autorisé à attester l'in-
l. Ces lignes étaient écrites avant la publication, dans la Revue Uistorique du l'r mars 1892, d'un travail de M. l^ierro Bertrand, qui justifie M. de Bacourt du reproche qui lui avait été adressé. On avait signalé l'existence, dans un ouvrage allemand, des pièces que M. de Bacourt était accusé davoir supprimées et il se trouve que ces pièces figurent dans la collection de M. «le Bacourt, seulement à une date dilïérente de celle que le traducteur allemand leur assigne. De plus, cet ouvrage allemand n'est que la traduction du recueil de M. de Bacourt, faite de son consentement et avec son concours, et porte en tète son approbation. Jamais ai<^7 prise ne fut plus complète.
A \ llll ISSI, M IN I 1)1, I, I II II II M XVII
l/î^ril»'; (l'un i^-.cah'.W (|ii'il .'iiiruil lui-fri('îni(; ;ill('!ir et rriiil.il(''. Mai^ mu; loi- les siippi-fîssions (;l l(!.s .'ill/înitiods l'ail,«!.s, pour* l'ain; disparailrc dans l.i siiilr d, la Itaim- (lu ri'cil, lies soliiUoris de ronliiiiiilf liop visibles, il aiirail l'allii pi-iiii<li-(! la pliiiiu'. coriiblcf les laxtinids, i-(';l,al)lii- lr;s Iraiisilions iiil(;ia*oiiip(j(;s, <;(i un mol prèl.cr ;i r.-iiilciif p;iil;iiit ;i l;i. première pcrsoniK;, comme un [)(!i'sonna^<; de comi'ilie, nn lan^af^fî qu'il rr.i j»as leiiu. Les (critiques de M. de Macoiirl. n'oni, p.is i«r,(ilé de.vant celle siipposilion ; il y a même de- cd.-ipilivs enl,if;r.s oi"i ils onl, prélendij ne f)as r-econn.iilre l.i lon(-he élé- ;j;iriUî el, df'lical.e de TalNîyfand, el don! ils ne l'ont pas dilïiciillf'; d'.'illiiliner la compo-ilion ;i relni qui s'est (;oi]V<;rl, de son nom. I<i, il n'y a;iii<iin ;i m bîi^^e possible : 1(5 l'ail,, s'il élail vrai, sérail, une ralsilicaliori pure, et simple <d un merisonf(esarisauc,une f;ir'cofista,riceatl,émi;iiil,e .
(iomminl ;ilofs ne [las te.tiic compl.*' du l,('moi;.'ria^e unanime el, de I;) ()rotest;il,ion indignée de Ion- ccmj x (|ni ord virii .iijpivs de .M. de l>;ieotii-l, et, doiil il n'est [las un (pu ir.il.lc-lc ipif !'■ Ir.nl ji; plu- -;iill;inl de son caraclece (';l,;iil, une dr'li<;al,(;s.se [joussée jusqu'à utisnij- [iiih' mélicnleux? Telle était, d'ailleurs, son adtniration pr'olonde et [iiesqiie superstitieuse; [)Oui- le m.'iilre <|i]'il vénér.'iit, (pje Tidi'e de (icetidrc -a jilacc et ele p.iricr en son nom était un excès de présoffiption ipii ne pouv;ii! pas lui tr'a.v(;rs(!r l'iîsfjrit. Il n'aurail p;i- -u{)po-< quil(i lecteur f)ijt s'y tr-omper un seul in-l;iut.
L;i. conclusion est donc certaine. Les Mnnoireh de
riSSEMK.NT DE L EDITEUR.
Talleyrand peuvent prendre place à un rang élevé dans cette riche collection de souvenirs historiques qui est l'un des titres de gloire de notre littérature, et on peut les lire avec autant de confiance que les Mémoires de Richelieu que personne ne conteste aujourd'hui, bien qu'on n'en connaisse aucun manuscrit, et que les trois quarts des lettres de madame de Sévigné, dont on ne possède pas la minute.
Duc DE Broglie.