‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 17 sur 57 · Chapitre Premier · texte numérisé non relu

Chapitre Premier

A. D. 1838.— L'Abbé Ravoux quittk la France pour les Etats-Unis d'Amérique — Sa première mission fut a LA Prairie du Chien — Il y arriva en Janvier, 1840 — En 1841 il fut envoyé parmi les Sioux — En 1841 ET 1842 IL visita la Traverse des Sioux, le Petit Rocher, le Lac oui Parle, le Lac Travers, etc.

Le Père Ravoux est né en France, le 11 janvier, 1815, à Lang-eac, petite ville d'Auverg-ne, à environ ving-t milles du Puy, où il passa trois ans au Petit séminaire, et quatre ans au Grand séminaire.

Monseigneur Loras, évêque de Dubuque, après avoir été pasteur, pendant plusieurs années, de l'ég-lise Cathédrale de Mobile, dans l'Etat de l'Alabama, fut élu évêque pour le nouveau diocèse de Dubuque. Il fut consacré vers la fin de 1837; et avant d'avoir pu visiter Dubuque, il se rendit en France, afin de se procurer des missionnaires et quelques fonds pour son pauvre diocèse, dans lequel il n'y avait alors qu'un seul prêtre, le Révd et zélé Père Mazuchelli, O. S. D., dont le nom sera toujours vénéré dans les Etats de l'Iowa et du Wisconsin. Au commencement du printemps de l'année 1838, Mg-r Loras visita le Graad séminaire du Puy et fit un discours très toucliant aux séminaristes, afin d'en gagner quelques-uns et de les décider à le suivre en Amérique. Vivement ému par les paroles et les larmes de Mg-r Loras, l'abbé Ravoux, alors sous-diacre, s'offrit pour les missions de son diocèse, et l'abbé

Comte qui était aussi sous-diacre suivit son exemple. Les deux jeunes abbés passèrent encore quelques jours au séminaire du Puy, et le Lundi après Pâques, 1838, ils partirent ensemble pour la ville de Lyon où ils rejoig-nirent Mg-r Loras, qui s'était proposé de se rendre immédiatement dans son diocèse. Sa Grandeur chang-ea de dessein, fit un voyag^e à Rome et nous laissa à Lyon dans un séminaire. Pendant cet intervalle d'environ trois mois, mon compagnon se croyant appelé à la vie religieuse entra chez les Pères Maristes, qui l'envoyèrent plus tard dans les missions de l'Océanie où il exerça le saint ministère avec zèle et succès durant bien des années.

En septembre 1838, nous dîmes adieu à la France, notre chère patrie, pour les missions des Etats-Unis d'Amérique. Après une navig-ation de quarante-cinq jours, nous arrivâmes à New-York. La traversée fut assez heureuse, mais nous eûmes à souffrir par la tempête, qui, pendant plusieurs jours, transportait notre vaisseau sur des montag^nes d'eau et le faisait descendre rapidement dans des vallées profondes, qu'elle creusait dans la mer; un jour surtout je crus que le dang-er était imminent; on aurait dit presque, que notre vaisseau s'était précipité du haut d'une muraille très élevée, avec g-rand fracas, qu'il devait être endommag-é et en dang-er de couler à fond. — Oh I que ma prière était fervente alors, pensant à la mort, à Dieu, au jug-ement, à l'éternité'.. . . .

Mg-r Loras était accompag-né de son Vicaire-Général, le Père Crétin, du Révd P. Pélamourg-ues qui fut nommé évêque de St-Paul en 1858, (mais qui refusa la charg-e) de l'abbé Galtier qui donna le nom de St-Paul à notre ville, et de trois autres sous-diacres.

Après avoir passé quelques jours à New-York nous espérions pouvoir nous rendre sans délai à Dubuque, mais comme l'hiver s'approchait, Mg-r Loras envoya ses quatre sousdiacres à Mount St-Mary pour quelques mois, spécialement afin d'y étudier la lang-ue ang-laise. Nous fûmes très bien reçus par Messieurs les directeurs du Collèg-e et du Séminaire, et par les séminaristes qui nous traitèrent comme leurs frères. Grâces à Dieu, plusieurs d'entr'eux vivent encore, .travaillent avec zèle et succès dans la vig-ne du Seig-neur, et quelques-uns occupent les plus hauts rang-s avec grande distinction!

Pendant l'été de 1839 nous nous rendîmes à Dubuque où nous fûmes ordonnés diacres par Mg-r Loras le 1er novembre, et le 5 janvier 1840, nous fûmes revêtus de la dignité sacerdotale.

Quelques jours après son ordination, le Père Ravoux fut envoyé à La Prairie du Chien, où il exerça le saint ministère jusqu'en septembre 1841. C'est alors qu'il reçut la charge de visiter les Sioux qui occupaient la partie nord du diocèse de Dubuque, et de voir s'il était possible d'établir une mission permanente parmi eux. Il quitte la Prairie du Chien pour le haut du Mississipi, passe quelques jours près du Fort Snellingavec son ami le Père Galtier, où il reçoit et accepte avec gratitude l'invitation de se rendre en canot à la Traverse des Sioux qu'il atteint après quatre ou cinq jours de navigation sur la rivière St-Pierre. Là il devint l'hôte de M. Provençal, vieillard respectable qui faisait le commerce avec les Indiens depuis quarante-cinq ans. Pendant son séjour avec lui, il enseigna le cathéchisme à ses enfants, il les prépara à la réception des sacrements de l'église et s'appliqua à l'étude de la langue siouse, bien convaincu que tant qu'il ne pourrait instruire les Indiens par lui-même et sans interprète, il ne pourrait espérer un grand succès. Cependant lorsque les circonstances se présentaient, il se faisait un devoir de leur annoncer la parole de Dieu par interprète. Le jour de Noël il baptisa trois enfants et deux adultes, il en avait baptisé cinq quelques jours auparavant. Le 26 décembre 1841, il s'éloig-ne de la Traverse des Sioux et deux jours après il arrive au Petit Rocher sur la rivière St-Pierre, maintenant appelée rivière Minnesota; il est accueilli avec bonté par M. Laframboise qui trafiquait avec les Indiens des environs, et qui lui donna l'hospitalité, dans sa petite maison, pendant quatre semaines. Vers la fin de janvier 1842, en compagnie de quelques métis et de Canadiens-Français, il part pour le Lac qui parle. Avant d'atteindre leur destination, ils eurent à camper quatre ou cinq nuits sur la neige par un froid très rigoureux. Nous avions un bon feu, mais le vent était violent ; mes compagnons de voyage pouvaient dormir paisiblement, tandis que je trouvais les nuits bien longues. Le second jour de février 1842, jour de la Fête de la Purification de la Ste- Vierge, qui

fut très beau, nous arriA-âmes au Poste Indien et je fus heureux de faire connaissance avec M. Rinville, avec sa nombreuse famille et quelques Canadiens-î^rançais attachés au service de M. Rinville. Je passai avec eux de deux à trois mois, remplissant les mêmes devoirs qu'au Petit Rocher et à la Traverse des Sioux, avant que je retournasse à Mendota, afin d'}' passer l'été avec mon ami le Père Galtier.

Durant cette saison, le Père Galtier visita les catholiques du Lac Pépin et ceux qui étaient dans le haut de la rivière des Sauteux. Le Père Ravoux prit soin des missions de Mendota et de St-Paul jusqu'à son retour. Il enseig-na aussi le catéchisme aux familles Frenière qui demeurèrent campées près de la petite ég^lise de Mendota plus de deux mois avant leur retour au Lac Travers. Sur leur invitation, il partit avec eux, pensant trouver les Sioux en très grand nombre, qui auraient été heureux de le voir et d'entendre la bonne nouvelle de l'évangile, comme on le lui avait fait espérer. Vaine attente! lorsque nous arrivâmes au Lac Travers, ils étaient déjà partis pour leur chasse d'hiver, à l'exception de quatre ou cinq familles. Je passai une quinzaine de jours avec eux, je baptisai plusieurs membres des familles Frenière, et une occasion s'étant offerte de m'en retourner à Mendota, j'en profitai.

Quelques jours après son arrivée à Mendota, les MM. J.- B. Faribault, Olivier et David Faribault prièrent avec instance le Père Ravoux d'établir une mission permanente à la Petite Prairie (maintenant Chaska). M. J.-B. Faribault y tenait un magasin pour son trafic avec les Sioux ; ses deux fils Olivier et David y résidaient aussi avec leurs familles et quelques autres personnes. Je me rendis à leurs désirs, et tout le temps que je fus avec eux, ils se montrèrent très bons à mon égard. Connaissant très bien la lang-ue siouse, ils me furent très utiles comme interprètes avec les Sioux, et surtout pour traduire dans la langue siouse un petit catéchisme, les prières ordinaires de chaque jour, quelques instructions et quelques cantiques.

Au printemps de 1843 il visita Mgr Loras et passa quelques jours à Dubuque où il reçut quelque encouragement spirituel et pécuniaire ; et de là il se rendit à la Prairie du Chien

OÙ, durant un séjour de deux mois, il imprima en langue siouse avec une petite presse appartenant au Révd Père Crétin V. G., un petit catéchisme, des prières, des cantiques, etc., pour le succès de sa mission. Dans les mois de janvier, février et mars, 1844, il baptisa ving-t-trois Indiens ou métis. Malheureusement pour cette nouvelle mission, le Père Galtier fut transféré de Mendota à Kéokuck au printemps de la même année, et le Père Ravoux eut à le remplacer jusqu'à l'arrivée d'un autre prêtre de Dubuque. Mg-r Loras avait promis d'en envoyer un sous peu de temps, promesse qu'il renouvela plusieurs fois, mais qu'il ne put accomplir. Ainsi, le Père Ravoux fut charg-é des missions de Mendota, de St-Paul, du Lac Pépin, du Lac Ste-Croix, jusqu'au 2 de juillet, 1851, jour si long-temps désiré qui vit paraître dans notre petite ville le premier évêque de St-Paul, accompag^né de quelques jeunes missionnaires.

Deo Gratias !

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