‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 40 sur 57 · MONSEIGNEUR LORAS · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LORAS

"En 1837, le Très Révd Mathias Loras, un prêtre de Mobile, Ala., était nommé premier évêque de Dubuque. Son diocèse comprenait le Territoire de l'Iowa; c'est-à-dire l'Etat actuel de l'Iowa, et ces parties du Minnesota et des Dakotas qui sont à l'ouest du Mississipi et à l'est du .Missouri. Le côté Est de notre grand fleuve, ainsi que tout le Territoire du Wisconsin se trouvaient sous la juridiction spirituelle de l'évêque de Détroit. Il était entendu, cependant, que le nouvel évêque de Dubuque, aurait à prendre charge de tous les établissements qui se formeraient dans le voisinage de son propre diocèse. Mgr Loras se rendit en France, en quête de missionnaires, et en 1838, au commencement de l'hiver, il revenait aux Etats, amenant avec lui, entr'autres ecclésiastiques, quatre missionnaires, dont les noms devaient être par la suite

intimement liés à l'histoire de l'Eglise dans le Minnesota: Joseph Crétin, A. Pélamourg-ues, Lucien Galtier et Aug-ustin Ravoux. Pour se rendre à Dubuque, Mgr Loras descendit l'Ohio et monta le Mississipi. La g-lace sur la rivière le retarda à St-Louis jusqu'au printemps de 1839. Dès que la navigation fut ouverte, il se rendit à Dubuque. Sa deuxième mission, ou visite épiscopale, comme il l'écrit, fut pour les quelques catholiques fixés à St-Pierre et au Fort Snelling.

"Je quittais Dubuque, dit-il, le 23 juin, à bord d'un grand et magnifique bateau à vapeur, en compagnie du Révd Père Pélamourgues et d'un jeune homme qui avait charge de nous servir d'interprète auprès des Sioux. Après un heureux voyage de quelques jours, le long du superbe Mississipi, nous atteignions St-Pierre," (c'est le nom qu'il donne au poste de traite, de même qu'au Fort; il faisait escale du côté du Fort). "Notre arrivée fut pour tous les catholiques qui n'avaient encore jamais vu un prêtre ou évêque dans ces lointaines régions, la cause d'une grande joie; ils manifestèrent de suite le désir ardent d'entendre la sainte messe, et de s'approcher des sacre ments. Les catholiques étaient alors, à St-Pierre, au nombre de 185; j'en baptisai 56, j'administrai le sacrement de confirmation à 8 autres, je donnai la communion à 33 adultes, et la bénédiction nuptiale à 4 couples."

"Les 185 catholiques dont parle Mgr Loras devaient comprendre, me dit Mgr Ravoux, outre les trafiquants établis aux environs de St-Pierre, ainsi que les réfugiés de Selkirk, qui s'occupaient d'agriculture sur la réserve, les soldats catholiques de la garnison, et quelques commerçants de diverses localités éparpillés dans le Nord-Ouest, et que les affaires avaient appelés à St-Pierre, dans le temps de la visite de l'évêque.

"Mgr Loras resta à St-Pierre treize jours, et il partit ensuite de là pour aller rendre visite aux Sioux, à Kaposia et autres endroits le long du Mississipi, en retournant à Dubuque. Pour cela, il acheta, comme il l'écrit, un canot fait d'un seul tronc d'arbre, et auquel ils se confient, lui et ses compagnons de voyage, sous l'œil de la Providence et la direction d'un

Après le départ de Mgr Loras, le Père Pélamourgues continua l'œuvre de Dieu, à St-Pierre, pendant plusieurs semaines avant son retour à Dubuque

108 RÉMINISCRNCES ET MEMOIRES.

jeune Indien. A une distance de sept milles, il se rendit à un villag-e (Kaposia) qui n'était habité seulement que par des sauvag-es; il j fut royalement reçu par le chef, un jeune homme brillant, et appartenant à une famille qui avait depuis long-temps le commandement de la tribu, (Le petit Corbeau).

"Pendant que Mg-r Loras était à St-Pierre, une sanglante bataille eut lieu entre les Sioux et les Sauteux.

"Le 4 de juillet, le soixante-troisième anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis, j'étais à l'autel, dit-il, offrant au ciel des prières pour ma patrie d'adoption, quand un bruit confus éclata tout à coup à mesoreilles. Un instant après j'aperçois de la fenêtre, une bande de sauvages tout couverts de sang, qui se livraient à une danse barbare et chantaient des chants de mort. Au bout de longues perches, ils brandissaient cinquante chevelures sanglantes qui étaient les horribles trophées du cruel combat des jours précédents."

' 'Les Sioux et les Sauteux avaient conclu un traité de paix, en dehors des murs du Fort, et pour cimenter le traité, ils avaient entrepris entre eux un tournoi de courses à pieds. Les Sioux gagnèrent la première course, les Sauteux la deuxième, ils se querellèrent à la troisième, et la guerre commença. Les Sioux poursuivirent l'ennemi au delà des chutes St-Antoine, et le mirent complètement en déroute. Cet événement nous donne une idée du Minnesota en 1839. (Ces lettres de Mgr Loras, que je viens de citer, étaient les mêmes qu'il avait adressées à ses parents, en France, et qui avaient été ensuite publiées dans les Annales de la Propagation de la Foi, à Lyon. Il y a quelques années, le Révd E. D. Neill trouva par pur hasard dans un magasin de livres de seconde main, la version anglaise des volumes qui contenaient ces lettres; ces volumes ornent maintenant les rayons de la Société Historique du Minnesota).

Page 1