On rappelle, à l’occasion de la dernière épitaphe de
M. le Chancelier, celle répandue, il y a quelque temps, relativement à son père, à la veille de mourir; elle était conçue ainsi :
Ci-glt un vieux coquin qui mourut de colère,
D’avoir fait un coquin, plus coquin que son père.
( 22. — Il court un quatrain sur les circonstances présentes :
France, tel est donc ton destin,
D'étre soumise à la femelle!
Ton salut vint de la Pucelle,
Tu périras par la Catin fl).
— On rapporte que madame la comtesse Du Barry, ayant rencontré M. le duc de Nivernois, un des protestants au Lit de justice, l’avait arrêté, et lui atait dit : « Monsieur le duc, il faut espérer que vous vous départirez de votre opposition ; car, vous l’avez entendu, le roi a dit qu’il ne changerait jamais. — Oui, Madame, mais il vous regardait. »
20. — Le sieur de La Borde, l’auteur de la Cinquantaine, ayant indisposé beaucoup de sujets de l’Opéra par une défense indiscrète qu’il a voulu prendre du sieur Vestris contre mademoiselle Heinel, en se mêlant mal à propos dans les querelles de ce tripot, a été obligé de retirer son ouvrage, par la -difficulté de trouver des gens de bonne volonté, soit dans le chant, soit dans la danse : il paraît qu’en général le public n’y perd pas beaucoup.
27. — Les plaisants continuent à rire et à faire des épigrammes. En voici une qu’on a débitée sur le soi-disant Parlement :
« Quand je vois ce tas de vermine Que l’on érige en Parlement,
Je les pendrais tous sur la mine,
Disait le bourreau gravement ;
Mais, en vertu d’une sentence De ce Conseil irrégulier.
Je ne pourrais, en conscience,
Pendre même le Chancelier. »
(1) Outre ce rapprochement entre les destinées de la Catin et de la Pucelle , on eu peut faire un autre assez singulier : c’est que toutes deux sont nées au village de Vaucouleurs. — R.
28. — Madame la duchesse de Durfort, belle-flUe de M. le duc de Duras, que tout le monde sait ne point vivre avec son mari, est devenue grosse et est accouchée. M. le chevalier de Boufilers a fait une chanson à cette occasion (1):
Mai. — 2. — Le 28 du mois dernier est mort M. de Bachaumont, âgé de quatre-vingt-un ans. C’était un de ces paresseux aimables, tels qu’en a fourni beaucoup le dernier siècle. 11 a écrit sur les arts avec le goût d’un homme du monde instruit. 11 vivait chez madame Doublet, cette virtuose si connue, dont la maison a été longtemps célèbre parla réunion de tout ce qu'il y avait de plus illustres personnages dans tous les genres. Celte dame, qui vit encore, a eu la douleur de survivre à tous ses anciens amis. Elle est âgée aujourd’hui de quatre-vingt-quatorze ans.
16. — Madame Doublet est morte, ces jours-ci, âgée de quatre-vingtquatorze ans. C’était une virtuose dont madame GeoiTrin n’est qu’une faible copie. Depuis soixante ans, elle rassemblait dans sa maison la meilleure compagnie de la cour et de la ville, et passait sa vie à former un journal bien supérieur à celui de l'Étoile et autres ouvrages du même genre. La politique, les belles-lettres, les arts, les détails de société, tout était de son ressort. Elle s’abaissait du cèdre jusqu’à l’hysope. Tous les jours on élaborait chez elle les nouvelles courantes, on en rassemblait les circonstances, on en pesait les probabilités; on les passait, autant qu’on pouvait, à la filière du sens et de la raison; on les rédigeait ensuite, et elles acquéraient un caractère de vérité si connu, que, lorsqu’on voulait s’assurer de la certitude d’une narration, on se demandait:» Cela sort-il de chez madame Doublet? » Au reste, sa réputation avait un peu dégénéré de ce ‘côté : en vieillissant, elle avait perdu beaucoup de ses amis du premier mérite, et avait survécu à toute sa société habituelle. M. de Bachaumont est le dernier philosophe qu’elle ait vu mourir.
* 11 est difficile qu'au milieu de ce savant tourbillon qui l'entourait, madame Doublet ne passât pas pour être un peu entichée de déisme, de matérialisme et même d’athéisme. Elle avait bravé jusque-là l'opinion
(1) Cette chanson, qui fut peut-être chantée devant Bachaumont quelques heures avant sa mort, route tout entière sur te mystère de l’Incarnation et l'opération du * Saint-Esprit; car la duchesse de Durfort s'appelait Marie, comme la mère de Jésus.
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publique et les’elnmeurs des dévots. Depuis le carême dernier, la iête de ' cette dame s'affaiblissant, M. le curé de Saint-Eustache avait cru qu’il était temps de convertir sa paroissienne. Celle-ci n’était plus ën état d’argumenter contre lui, et, avec le secours de la grâce, le pasteur s’était flatté d’avoir réussi. En effet, elle avait reçu le bon Dieu la semaine • , sainte : pratique de religion que personne de sa connaissance ne se rap- .1 pelait lui avoir vu faire. On conçoit qu’avec de pareils préparatifs, elle n’a , pu qu’éprouver une mort très-édiflante et s’endormir dans le Seigneur.