ENTIER
en ]a Cour souveraine de Lorraine. Ce galant successeur de Chauiieu faisait des poésies anacrëontiques Irès-agréables. Il est l'auteur d'un joli madrigal à une dame^ en lui présentant une violette.
Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour, Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe ; Mais, si sur votre front je puis me voir un jour, La pli}^ humble des fleurs sera la plus superbe (1).
JA^YIER. — i . — M. le duc de. Choiseul a^ant été élu premier marguillier d*honneur de Saint-Eustache, M. le chevalier de Boufflers lui a adressé ces vers pour étrennes, au nom du curé de cette paroisse :
Toi, que je n*ose encore inviter à confesse, •
Et que pourtadt dans quatre mois Je dois attendre à ma grand'messe (9), Choiseul, de ton curé dai^e écouter la voix. Et reçois les voeux qu'il t'adresse :
Quoique tu sots grand ouvrier, Puissé-je ne te voir que rarement à l'œuvre ! De L'Averdy le sage devam»er, Dont l'écu porte une couleuvre.
Et qui fut« comme toi, grand homme et margoiliier, Ce Colbert, qu'ai^ourd'hui le peuple canonise. Et qu'autrefois il osa déchirer.
Fil peu d'ordure en mon église.
Avant de s'y faire enterrer (3).
(1) Ces vers sont de Desmarets de Saint-Sorlin, et font partie du recueil connu (Otts le nom de Guirlande de Julie; ils ont été composés pour iulie d'Àngennes,^ qui épousa, en 1644, le duc de Montausier — R.
(t) Sans doute à cause du commandement de 1* Église qui enjoint de communier ou méim â Pâqvês humblement.
i3) Le tombeau de Colbert, ouvrage de Coizevox et de Tuby, était placé daii» l'intérieur de Téglise de Saint-Eustache, d'où il fut transféré au Musée des Honu- «uents français. — R .
192 MEUOlKJiS SECRETS DK BÂCUAUMONT.
Je sais fort bien que tes confrères
De Saint- Eusttche et de la cour, Aimeraient mieux qu'ici tu fisses ton séjour ; Je sais que maint dévot offre au ciel ses prières
Pour ton salut qui ne t'occupe guèrcs : Ton vieux curé consent à ne te voir jamais,
Rt s'il forme quelques souhaits,
C'est que tu restes à Versailles,
Où par toi le Dieu des batailles
Sera longtemps le Dieu de Paix. *
Amen! \\ns\ soit-il. Si pourtant chaque ani.ée,
Choiseul, tu pouvais une fois
Quitter le plus chéri des rois
Qui t'a fait son âme damnée.
Viens te montrer en ces saints lieux,
Viens un peu cliangcr d'eau bénite,
Mais surtout retourne bien yite
Exorciser tes envieux !
7. — Le sieur Mole commence à se flatter de pouvoir repaïaître dans peu siu* la scène. Mademoiselle Clairon, toujoui*s zélée pour rhonneur du théâtre et des histrions, a imaginé depropûscr des souscriptions en faveur de cet acteur convalescent. Elle a la manie de vouloir reparaître : elle offre de jouer une ou deux fois sur un théâtre particulier, quand on aura rassemblé une quantité d'amateurs suffisante. Les billets seront d*un louis. Ci' projet fait la plus grande sensation à la cour et à la ville, et c'est un empressement à qui souscrira.
12. — Le nommé Després Bouquerel, frère d*un négociant de Rennes, impliqué dans Taffaire de Bretagne, convaincu d'avoir écrit des lettres anonymes à M. le comte de Saint-Florentin, oïl, sans respect pour le ministère, il s'est livré à une déclamation indécente et très-criminelle, a été conduit à Bicêlre.
13. — Les souscriptions proposées par mademoiselle Clairon prennent la plus grande faveur : on ne se contente pas de donner un louis ; il est ignoble de ne prendre qu'un billet. Quatre prélats, M. le prince Louis, Tarchevêque de Lyon, Tévêque de Blois et l'évêque de Saint-Brieux, se sont mis au rang de ces amateurs.
11 est question d'imprimer et de rendre publique la liste de$ souscripteurs.
JANVIEK 1767. 198
i8. — On chansonae tout. On a établi depuis peu une Caisse' d'escompte, sur laquelle s'égaie la malignité du public. Nous consignons ici la chanson suivante, moins comme une pièce littéraiieque comme une pièce historique cl faisant anecdote :
Sur Pair : L'aves-vous vu, mon bel ami?
Arrêt pour l'établissement
D'une Chambre d'escompte, Qui produira par chacun an
Cinq millions de bon compte ; C'est pour remplacer un banquier (r) Qui voudrait ses fonds retirer.
Qu'un établit Et qu'on bâlit Une si be^le affaire :
Par ses biens, jugez du profit Que le public va faire.
Le contrôleur, Toujours docteur Et surtout grand calculateur, A dit au roi :
« Sire, je croi Qu'en formant nombre d'actionnaires Vous ferez de bonnes affaires.
Bans ma place, j'ai su gagner Du public la conflance:
A la caisse on ira verser
L'argent en abondance; Directeurs je saurai nommer, Pour sagement administrer L'argent qu'on fera fabriquer A Pau, comme à Bayonne.
(Ihaque mois je veux tout coter,
Parapher en personne ; Je veux aussi, pour constater Des proQts la totalité, Des balances en forme arrêter :
Au moyen desdiles l)alances, On n'aura pas de défiances.
v') N.del^ Borde.
194 MEMOIRES SECRETS DE BAaiAUMONT.
Quime richArds il faut charger
De cette grande affaire s Tous les ans il faut leur donner Vingt mille livres d'honoraires ; Surtout qu'ils ne soient pas garants De banqueroutes, d'accidents, Car j'y ai mis Tous mes amis Et aussi mon beau-père ; Ainsi, s'ils étalent poursuivis, J'en payerais Tenchère.
Réservez-vous vingt mille actions, Dont la Ferme fera les fonds, .
Qu'elle paiera *
Quand elle pourra.
Ce trait de fine politique A tous fera la nique.
11 faut lire Farrêtdu Conseil qui établit^ette Caisse d'escompte, pour entendre ce vaudeville.
25. — M. Tencier, ci-devant Tun des premiers commis des iilTaires étrangères, de l'Académie des Belles-Lettres, vient de mourir. On peut se rappeler qu'il fut la victime de son indulgence d'avoir approuvé le trop fameux livre De VEsprity de M. Helvétius, et pour lequel le défunt a eu tant de chagrin (1)-
27. — Clairval, acteur de la Comédie Italienne, vivait depuis longtemps avec madame de Stainville : son mari, indigné du goût dépravé de cette femme, a obtenu un ordre du roi, et vient de l'enlever et de la conduire lui-même à Nancy. On a fait une descente chez l'histrion, pour enlever lettres et portraits, si aucuns y étaient. On assure que, la veille de son départ, M. de Stainville
(i) Sa place de censeur lui fut 6tée. Comme' il était commis des affaires étrangères, un plaisuit fit ces couplets sur HeWétius et Teocier :
Adiqires (nai cet«atear-il,.| Qui de l'Esprit intilula Un livre qui n^est que matiërf.
Laire la, Laire lanlaire, ,
Laire la, Laire lanla.
Le censeur, qui rexamina,
Par habitude imagina
Qae c'était affaire étrangère • — -^•
Laire la, etc.
avait trouvé mademotselle de Beanmesnil^ de TOpéra^ sa maltresse^ eotre les bras d'un jeune danseur^ d'autres disent d'un officier aux gardes.
A propos de cistte anecdote^ on cite un bon mot de Caillot, camarade de Clairval. Ce dernier, assez inquiet de sa position, consultait l'autre sur ce qu'il devait faire : « M. de Staiuville, lui disait-il^ me menace de cent coups de bâton, si je vais cbesi sa femme. Madame m'en offre deux cents, si je ne me rends pas à ses ordres. Que faire? — Obéir h la femme, répond Caillot; il y a cent pour cent à gagner. »
29. — Eugénie, ce drame tant prôné, a été donné aujourd'hui, et n'a pas eu le succès dont l'auteur (1) se flattait. Les trois premiei*s actes ont été reçus avec assez de bienveillance ; mais les deux derniers ont révolté, et l'on peut regarder cela comme une chute.
3i. — EXTRAIT d'une LETTRE DE RENNES.
25 janvier. ^
L'évêquede Saint-Brieux, Bareaude Girac, très-lubrique,
qui en prendrait sur Tautel, et en conterait à la Vierge, pour se délasser de ses occupations pendant la tenue des États, a entrepris la conquête d'une dame jeune et jolie, et de plus nièce d'un desesconù'ères. Dans sa poursuite amoureuse, dont il ne se caàiaii aux yeux de personne, se trouvant un jour tête à tête avec cette dame, emporté par sa passion, il la presse vivement, et oublie la précaution de mettre le verrou. Le mari survient, entre précisément à l'instant du dénouement. La dame ne perd point la tête : elle feint que le prélat lui fait violence, saute sur Tépée du mari, etla plonge dans la cuisse du téméraire, il y avait bien de quoi ralentir son ardeur; il se retire confus, humilié, l'oreille basse, et est obligé de garder la chambre. Celte histoire est aujourd'hui publique : on ne parle que de l'adresse de madame de LaM..., qui a donné à l'évêque de Saint-Brieux un coup d'épée dans la cuisse, sans endommager sa culotte. Cette nouvelle est allée jusqu'à la cour; on dit que M. le prince de Conti en a réjoui le roi. M. l'évoque d'Orléans, très-scrupuleux pour l'hon-
10 Caron de Beaumarchais. Vov. 28 décembre 1766.
11' G MEMOIRES SECRETS DE BACliAUMUNT.
neuT de l'épiscopat^ a cru devoir en écrire au clergé assemblé aux ÈidXs, qui, entrant dans le même esprit, a répondu quec était une histoire calomnieuse, inventée à plaisir. Malheureusement, on prétend que Monseigneur en portera toute sa vie la cicatrice imprimée sur sa cuisse.
Février. — 1. — Le sieur Pierre Houscastremé,de NavaiTins en Béarn, a eu Thonneur de présenter au roi, le 16 janvier^ une Nouvelle démonstration des principes de Vécriture et des dessins à la plume, de sa composition. Cet ouvrage était accompagné des vers suivants :
Un ciloycn des Pyrénées, Qui, sans intrigue el sans appui.
Dans le plus doux repos voit couler ses années.
Ose, grand roi, vous ofTrir aujourd'hui De son amour pour vous ce faible et simple gage.
L'art n'a point orné cet hommage; De la seule nature, hélas ! il est le fruit : C'est toujours elle qui conduit Sa jnain, son cœur et son ouvrage.