‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 27 sur 123 · Les Comédiens français ont joué aujourd’hui pour la · texte numérisé non relu

Les Comédiens français ont joué aujourd’hui pour la

première fois Manco-Capac. premier Inca du Pérou, tragédie nouvelle des plus mal faites. Il y a un rôle de sauvage qui pourrait être très-beau : il débite en vers tout ce que nous avons lu épars sur les rois, sur la liberté, sur les droits de l’homme, dans le Discours sur V Inégal té des conditions, dans Emile, dans le Contrat social. Le tissu ne répond pas aux sublimes idées que suggère un tel personnage. Cm découvre aisément que l’auteur a fait un drame pour enchâsser les scènes où il traite ces grandes questions, ^t non les scènes pour le drame. Au moyen de cela, elles ne sont point tondues avec le reste de la pièce ; point d’unité, point d’assemblage régulier; des discordances^ des coutures qui paraissent de tous côtés : quatre intérêts. Tel est ]e monstre dramatique dont nous parlons.

Cette tragédie, généralem.ent proscrite, était sur le point (Texpirer de sa belle mort, quand un seul malheureux vers,

applaudi d’abord pour son ridirulo, onsuilo oxalb'* par les sots a relevé le drame écrasé, et en a fait la Ibi-tune ;

Voilà l’homme civil, et voilà le sauvage

dit un sauvage qui vient d’arracher un poignard qu’un grand pretre levait contre le tils du roi. Tel a été le ressort (|ui a remonté cette pièce détestable.

Un coiiirier est aile sur-le-cliamp annoncer a la cour le succès de cette tragédie, désignée pour être jouée à Glioisy.

14. — Tl passe pour constant que quatre auteurs ont mis la main à la tragédie de Manco. On les nomme tous. Il n’est plus étonnant qu’il y ait quatre intérêts, chacun y a mis le sien.

15. — Manco a été joué à la cour aujourd’hui avec des changements, entre autres une suppression de quatre à cinq cents vers. Comme cette pièce contient des choses très-fortes contre

la royauté, l’auteur a cru devoir adoucir cela par le quatrain suivant adressé au roi :

J’ai peint un roi juste, clément,

Digne par ses vertus d’une gloire immortelle :

Pouvais-je faire autrement ?

J’avais mon maître pour modèle!

Le rôle de Manco a plu beaucoup au roi.

20.— On a fait aujourd’hui la cérémonie de i’inaumiration qui consiste à découvrir ia statue équestre de Louis XV et tout accompapementde ce monument. Les quatre ligures ne sont encore qu en plâtre doré. Ce sont quatre vertus ; la Force, h Paix, la Prudence, la Justice, en forme de cariatides, qui s.mlennent l entablement du piédestal. Deux bas-reliefs, Pun représentant le roi dans un char, couronné par la VicP.re, et conduit par la Renommée à des peuples qui se pro'oérnont : cans au re, le roi, assis sur un trophée, donnciâ paix à ses peup Cb. Une Renommée la publie avec un^^brompette do la main gauche; elle tient une palme de la rain droite. On voit

^ On lit ainsi ce vers dans la pièce imprimée :

Voilà 1 homme civil ; reconnais le cuvage !

L auteur a fait disparaître à l’impression ce^'^'^re vers que sa bizarrerio dans toutes les mémoires ; ^ i>'zarrcrie a grave

Ciois-tu d’un tel forfa’-'^ancü-Capac capalile? R

MÉMOlllES SECRETS DE BACIi/'^UMONT

dans le fond iin homme et un cheval morts. On critique fort cette inauguration des quatre Yertus. Est-il dans la nature, qu’on emploie de ces figures pour supporter un groupe équestre? D’ailleurs, leur attitude molle et délicate rend mal la vigueur dont il aurait fallu les animer. Les bas-reliefs sont simples. On voit, d’un autre coté, cette inscription: Ludovico XL, oplimo principi, qui ad Scaldim, Mosam, Rhenum viclor, pacem annis^pace etsuorum et Eiiropœ felicitatem quœsivit. Et de l’autre, celle-ci : Ilocpietatis puUicœmonumenium- Prœfcc^ tus et Ædiles d.eerezerunt anno 1748, posuerunt anno 1TC3. On critique la crinière du cheval, trop lourde, et son encolure forcée : on trouve sa croupe bien. On admire la figure, quoique peu ressemblante; on prétend qu’il faut l’envisager de profil.

Du reste, d^s pasquinades sans fin. On dit, à propos des quatre sœurs qui présentent leur derrière : « Baise mon cul, la paix sera faite. »

21. — Les Comédiens français ont donné aujourdhui la comédie gy'ütis : ils ont joué le MeTCuve galant et les Tï ois Cousines. Mademoiselle Clairon et mademoiselle Dubois se sont présentées sur le théâtre entre les deux pièces, et ont fait volei de l’argent vers le peuple, en lui criant : Vive le toiî Vivent le roi et mademoiselle Clairon! Vivent le roi et mademoiselle Duhoisl d. répondu cette pauvre populace enchantée. On trouve l’action des deux reines comiques, de la dermère

insolence.

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