‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 71 sur 123 · RÉPONSE DE .M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE .M. DE VOLTAIRE

« Ils ont berné mon capuchon !

Pieu n’est si gai ni si coupable.

Qui sont donc ces enfants du diable?

Disait saint François, mon patron.

— C’est La Harpe, c’est Chabanon :

Ce couple agréable et fripon A A’ énus vola sa ceinture.

Sa lyre au divin xApollon,

Et ses pinceaux à la nature.

— Je le crois, dit le penaillon.

Car plus d’une fille m’assure Qu’ils m’ont aussi pris mon cordon. »

29. — On a accordé aux Juifs la liberté d’entrer dans le commerce de France, conséquemment dans l’ordre de citoyens et dans les charges municipales. Un caustique a fait le quatrain suivant :

Jésus, pardonne l’infamie De ces pharisiens nouveaux ;

S'ils ont chassé ta compagnie.

C’est pour adopter tes bourreaux!

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NOVKMliUr: 17(57

ÎNOVEMTRE — 1. — Madame Bonlemps, veuve du premier valet de chambre du roi, femme jolie, capricieuse et répandue dans le grand monde, a reçu, il y a quelques jours, par la pelite poste, une lettre où un inconnu, qui signe le clievalier de Vertumne, lui fait une déclaration et lui promet deux mille écus de pension, si elle veut seulement avoir la complaisance d’aller à. l’Opéra le plus souvent qu’il lui sera possible, et regarder dans le parterre en entrant. Il assure qu’il va souvent à ce spectacle, et qu’il sera content de cette marque de bienveillance. Il envoie cinq cents livres, en conséquence, pour le premier mois d’avance, et ainsi de suite. Madame Bontemps, au lieu de jeter la lettre au feu, de donner les cinq cents livres au curé de la paroisse, de garder un profond silence sur cette aventure, et de laisser se morfondre dans le parterre de l’Opéra ce bizarre soupirant, a porté la lettre et l’argent chez M. le lieutenant général de police, a exigé des recherches et a fait un grand cancan : ce qui a donné de la publicité à son histoire et l’a couverte de ridicule.

3. — Le sieur Taconet a mis en parodie l’histoire très-véritable de la momie dont on a parlé K Cette pièce a un succès prodigieux. Le commissaire Rochebrune, qui est le héros de l’aventure, a fait beaucoup de démarches auprès de M. de Sartine pour arrêter le cours de cette facétie, mais en vain. Ce sage magistrat n’a point cru liors de propos qu’on bernât un peu l’ineptie de ce suppôt de la police.

4. — On a parlé ^ de l’évasion de mademoiselle LaForest, au grand regret d’un jeune prince, nouvellement marié, qui avait conçu pour elle une passion dangereuse. On sait actuellement le motif de cette fuite précipitée. L’amant lui a fait présentd’une partie assez considérable des diamants de la princesse. Sur les recherches que la courtisane a eu vent qu’on faisait, elle a cru devoir s’éclipser. Mieux conseillée, elle s’est présentée depuis peu au duc de Penlliièvre, père du jeune prince, a rapporté les diamants, et s’est jetée à ses genoux, en implorant ses bontés. Le duc a paru satisfait de cette démarche ;

^ Voy. 18 octobre 1767.

2 Voy. 26 septembre 176 7.

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il lui a dit qidoii ferait estimer les diamants et qu'on lui en payerait la valeur; qu’elle n’eût aucune inquiétude; que son üls était le seul coupable ; qu’on aurait soin de son enfant, si elle était grosse, comme elle disait le soupçonner ; que dans tous les cas on pourvoirait à ses besoins ; mais qu’il exigeait qu’elle ne vît plus le jeune prince, son amant.

17. — On conte une historiette qu’on prétend être arrivée récemment à M. Marmontel, et qu’il nie comme de raison. Cet auteur s’était rendu dans une maison de campagne, chez une dame qui venait de retirer sa fdle du couvent. C’était une veuve seule, et qui n’avait pas un gros ménage. A l’arrivée de cet homme célèbre, non attendu, et plus encore sur l’annonce qu’il lui donne de madame Claulard et sa compagnie, qui vont arriver, elle le quitte pour donner des ordres, lui demandant la permission de s’absenter quelques minutes. Elle recommande à sa hile d’entretenir monsieur, et de faire les frais de la conversation ; elle sort. La demoiselle était jolie, et agnès plus qu’on ne l’est sans doute en sortant de beaucoup de couvents. Quoi qu’il en soit, le sieur Marmontel s’évertue, s’oublie, profite de l’innocence de la jeune personne, et devient fort entreprenant. Sur ces entrefaites, la mère revient, fait ses excuses à notre académicien, lui témoigne ses regrets de l’avoir laissé, dit qu’elle craint qu’il ne se soit ennuyé. Il répond, proteste, jure que point du tout; que mademoiselle sa hile a de l’esprit comme un ange; qu’il s’est fort amusé. La mère se retourne vers elle, témoigne à sa hile combien elle souhaiterait que cette elfusion ne fût pas une affaire de politesse... M. Marmontel riposte de nouveau qu’il n’y a rien de plus vrai, qu’il a eu ijeaucoup de plaisir. La petite, impatientée, répond vivement: « Il ment, maman, il ment. Le beau plaisir de caresser les gens avec des mains froides comme glace...» On ne peut entreprendre de peindre l’état de la mère et du sieur Marmontel; il n’attendit pas le compliment qu’il méritait, et remonta brusquement en voiture.

22. — On publie une estampe agréable, qui rend avec la plus grande vérité la demoiselle Allard et le sieur Lauberval dansant le pas de deux qui leur attire tant d’applaudissements dans le second acte de l’opéra de Syhne. Les vers mis

au bas de Teslampc cxpriinenl très-bien le inoineiit dans bîquel ces danseurs sont représentes :

Sur sa fierté la uymplio se repose :

Sou amont perd déjà l’espoir de balteiidrir;

Mais elle le regarde en songeant à le l’uir :

IS’3unplie qui rêve aux tourments qu’elle cause Touche au moment de les guérir.

24. — L’opéra de Philidor a été joué aujourd’hui avec une aniucuicequi nepeut se comparer qu’à celle qu’on vit aux b’rançais, aux célèbres journées des FJiilosopJies et de V Kcossaisc. Toutes les loges étaient louées : il y avait du monde dès midi, et la salle regorgeait, ainsi que les corridors, les galeries, les escaliers, les avenues. Le poème en trois actes est de Poinsinet, et a pour titre : Ernelincle. Le sujet est la réunion des trois couronnes du Nord. On a trouvé de beaux morceaux dans la musique, un récitatif obligé très-savamment fait et très-bien chanté. On ne peut refuser des éloges au compositeur. On y remarque beaucoup de talent. Mais il est bien loin du degré de perfection qu’exige le théâtre lyrique. On n’a pas été satisfait à cette première représentation. Les amis du musicien accusent le poème, qui, à la vérité, ne prête pas au cliant et à la scène.

2d. — Un plaisant a fait Tépigramme ou clianson suivacte sur le nouvel opéra de Poinsinet :

La muse gothique et sauvage v.

De Poinsinet,

Im muse a fait caca tout net :

A Philidor rendons liomrnage,'

Et réservons le persillage A Poinsinet.

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