LIX. —A MADAME C. B
Paris, 3 décembre 1847.
La morl de notre ambassadeur à Naples, le comle Bressoii, est une folie plus incroyable encore que l'assassinat de Madame de Praslin. On peut jusqu'à un certain point comprendre que la haine contre une femme grondeuse, emportée, hystérique, à laquelle la loi vous unit pour la yie, égare le bras d'un furieux jusqu'au dernier acte de férocité. Mais qu'un diplomate gorgé de prospérités depuis la révolution de 1830, un confident de son roi, arrivé à cinquante ans à représenter sous le plus beau ciel du monde une tète couronnée, se coupe le cou avec un rasoir pour un petit mécontentement, cela est monstrueux. Le pauvre homme! il appartient, dit-il, au nord plus qu'au midi; c'est Londres qu'il lui aur^iit fallu. Voila bien la nature
de celte peste insatiable ({u'on appelle Tambilion, jamais contente de ce qu'elle a, toujours malheureuse de ce qui lui manque. Je n'a])prouve certes ni le suicide de Caton, ni encore moins celui de votre ministre Castlereagh ; mais du moins il y avait là des causes politiques, qui n'étaient pas sans quelque grandiose. Le suicide de M. Bresson n'est que le désespoir d'une vanité toute personnelle, une bouderie d'enfant à qui l'on n'a pas donné le joujou qu'il voulait. Désastre bien pénible que le désastre de la raison dans une carrière qui suppose par-dessus tout de la mesure et du sangfroid! Catastrophe de plus à enregistrer dans les pages sinistres de 1847 ! (1)
(1) 1847 a fini par la mort de. Madame Adélaïde, sœur du roi. (A.)