DE SERVICE AU CHATEAU DES TUILERIES
La catastrophe du 24 février 1848 est l'épilogue de la royauté de Juillet. On va en trouver une image ad vivum, une pholographie pour ainsi dire, dans le Journal d'un oflicier do cavalerie qui fut de service au château des Tuileries pendant la quinzaine qui précéda la journée du 2 4. Ce Journal, tenu heure par heure , et que nous imprimons sur une copie scrupuleusement exacte, fait sans contredit le plus grand honneur au caractère de cet otïicier, à son sang-froid, à sa fidélité au devoir dans des circonstances si difîiciles. Rarement les personnes, auxquelles
leur situation donna un rôle de témoin ou d'acteur, même secondaire, dans ces moments de tourmente suprême qui s'appellent des révolutions populaires, ont su observer hommes et choses avec autant de netteté et de suite, rarement elles ont rendu compte de leurs observations avec autant d'impartialité. La physionomie du tableau est complète en soi et ne laisse rien à désirer, pour tout ce que l'auteur a été à même de voir ou de faire. Quelques détails, quelques épisodes restent seulement à éclaircir ou à achever par des témoignages particuliers. En somme, une lettre, même postérieure de peu de jours aux événements , et fût-elle aussi bien informée, aussi sagace que celle ci-dessus reproduite sur la révolution de 1830, n'eût pas valu pour la bourrasque de 1848, ce simple document littéral : elle ne jetterait point, sur la débâcle mémorable du 24 février, une lumière aussi vive, aussi entière, que cette sorle d'inslanlanc historique.
MERCREDÎ, 9 FÉVRIER 1818.
Les journaux sont remplis de détails sur la révolution de Sicile, et de toutes sortes de manifestations italiennes, à propos de la constitution que le roi de Naples a octroyée à ses suiels. L'avenir est noir de cecôlé. A l'intérieur, chez nous, ies attaques de l'opposition contre le ministère etcontre le gouvernement sont furieuses. Elle cherche à remuer les basses
classes, et à les précipiter sur celles qui possèdent quelque chose... Tout cela me parait bien grave, et peut finir d'une façon brutale.
Le soir de ce même jour, j'étais de service au Château. L'amiral Hernoux, causant avec le roi et (juelques députés , a exprimé la crainte que des discours comme celui que M. Ledru-Rollin et quelques autres ont prononcés aujourd'hui, lesquels tendent à intimider la majorité, ne parviennent à détacher d'elle certains députés conservateurs. Le roi lui a répondu que cela était possible ; qu'il pourrait bien y en avoir une quinzaine capables de se laisser dominer, mais que le gouvernement n'en aurait pas moins, encore, la majorité, et que c'était l'essentiel. «D'ailleurs, a-t-il ajouté, tous ces genslà sont des fiers-à-bras qui veulent intimider le gouvernement ; ils crient, ils s'enivrent de l'encens que leurs propres journaux leur mettent sous le nez. Mais, quand ils verront qu'ils n'intimident personne, ils se calm.eront. ■
En attendant, les séances de la Chambre sont très-agitées par la discussion de l'Adresse au roi.
VENDREDI, i\ FÉVRIER.
La séance a été encore aujourd'hui extrêmement vive, et s'est prolongée très-tard. Enfin, l'amendement en laveur des banquets a été rejeté avec
43 voix de majorité. Cela reprendra demain de plus belle. De bien graves événements sont sur nos tètes, suspendus à un fd... Sera-t-il assez fort pour les porter? C'est ce que nous verrons bientôt.