‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 83 sur 109 · DIMANCHE, 20 FÉVRIER · texte numérisé non relu

DIMANCHE, 20 FÉVRIER

J'ai passé une heure à fondre des balles et à charger mes pistolets. J'ai vu un certain colonel de la garde nationale qui me dit d'un air goguenard : « Eh bien ! votre roi fait bien des bêtises ! » Puis, il ajoute, d'un ton doctoral, « que le gouvernement <e met en grand danger, en résistant à l'opinion. » Je lui réponds « que je ne nie pas que la situation ne soit grave, et le ministère sérieusement menacé. » J'ajoute « que je vais plus loin que lui, que je crois la dynastie même en danger. » — « Mais rappelez-vous bien ceci, lui dis-je ; vous touchez là à une arme trop lourde pour votre main. Quand vous aurez frappé le ministère, le roi peut-être, vous ne pourrez plus en soutenir le poids. Et c'est alors sur vos (êtes qu'elle retombera écrasante! Vous remuez les passions populaires! Mais songez donc que vous, bourgeoisie, vous tous qui possédez quelque chose, vous êtes, aux yeux du peuple, ce que la noblesse était pour la nation en 1789, l'objet de son envie, de sa convoitise, et, par suite, de sa haine. En un mot, c'est la guerre des pauvres contre les riches que vous allez commencer. )> II n'a pu se défendre de trouver qu'il y avait du vrai dans ce que je lui disais. Ces genslà sont aveugles ; ils ont besoin que l'on grossisse les objets pour les leur faire apercevoir.

Je suis allé au Château savoir des nouvelles. Le général Boyer m'a demandé si j'étais bien armé et bien monté. Nous avons ordre de nous rendre tous au Château mardi, en habits noirs, à dix heures du matin ; d'envoyer, devant , nos uniformes , et de nous munir d'un cheval en cas de besoin.

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