AVANT-PROPOS
JjE marquis de LouvîUe eut une grande part aux affaires d'Espagne , d abord , dans les trois premières années du règne de Philippe V, ensuite au commencement de la régence du duc d'Orléans ; et y selon toute apparence , il eut été heureux que son crédit à Madrid fût plus long et plus entier. Le duc de Saint- Simon, dans l'intimité duquel il vivait, dit simplement de lui, que jusqu'après la campagne d'Italie , en 1702, il fui le modérateur de la monarchie espagnole , le seul confident du roi y et le distributeur des grâces. C'était assez pour recommander son nom à la postérité , trop peu pour faire apprécier son caractère et sa conduite. Quoique M. de Saint-Simon ne soit pas avare de détails et d'anecdotes , on peut reprendre en
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lui, des omissions et des inexactitudes. Généralement, ce noble courtisan a su la vérité ; toujours il a voulu la dire ; mais il semble avoir écrit de souvenir, avec une mémoire confuse. Aussi , n'estil complètement autorité , que pour les événemens de la régence, qu'il a vus de plus près. Encore, doit-on convenir qu'il a négligé plusieurs faits curieux sur l'affaire de la triple alliance, comme notre correspondance le fera voir.
L'abbé Millot , dans l'ouvrage qu'il a rédigé pour le duc de Woailles , parle souvent de M. de Louville ; mais il mérite à cet égard plus de reproches que de créance. Trop facile pour un ecclésiastique , trop tolérant même pour un philosophe , puisqu'il n'ose prendre parti pour la morale , il exalte la princesse des Ursins aux dépens de Louville , sa victime, sans doute, parce que lune avait flatté le comte d'Ayen , et que l'autre n'existait plus. Il lui appartenait de représenter l'ami de Fénélon
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et de Beauvillîers coiiinie un intrigant, après avoir fait de la maîtresse de d'Aubigny un sage. Cet historien a plus d un tort. Il abrège longuement, raconte peu et ne peint jamais. Sans cesse occupé d'analyse, il ne devine et ne résume rien; cela ne lui donne pas le droit d'être si tranchant sur les personnes.
Nous espérons réparer plusieurs de ses erreurs , en évitant également de prendre à tout propos le ton d'apologiste, et d'affecter un désintéressement que nous n'avons pas.
En examinant la correspondance fa' milière dont nous présentons aujourd'hui la substance, il nous a semblé qu elle offrait un intérêt plus relevé que celui d'une lutte ordinaire entre des rivaux de cour. Les faits généraux qui en forment la base sont fort connus, il est vrai ; mais sufiit-il de connaître les événemens , et doit-on rejeter les écrits dont le but est d'en rendre la trame visible , de retracer les sentimens des person-
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nages et le lieu de la scène? Cliaciiiî pense ici et parle sans apprêt. Ce sont des amis , gens d'esprit et d'honneur , qui confèrent familièrement et avec mission /des moyens d'assurer la possession d'un trône voisin à une dynastie nouvelle , de rétablir une grande monarchie délabrée^ d'éviter ou de soutenir une guerre formidable^ enfin, de triompher d'une foule de ces intrigues dont les souverains n'ont pas moins à gémir que les peuples. Nous n'aurions pas hésité à ptfblier leurs lettres en corps de correspondance, si les rapports dans lesquels ils vivaient ne le$ eussent entraînés d'ailleurs à y mêler une quantité de détails surabondans.
A l'égard de l'authenticité de ces Lettres , nous en donnerons deux garanties péremptoires : d'abord , elles nous sont venues par succession directe ; ensuite , les originaux qui ont été communiqués à plusieurs gens de lettres célèbres , sont entre nos maius. Nous