L'OMBRE
Quel est donc ce vieillard? — Est-ce un moine? Est-ce une ombre ? Son froc bat les chemins de ses lambeaux flottants, Et son long chapelet, sous ses doigts tremblotants, Déroule des pater et des ave sans nombre.
Quel est ce pénitent, ce spectre dont l'œil sombre Semble scruter le fond de l'abîme du temps Où croulent tour à tour les astres éclatants. Avec nos songes d'or et notre espoir qui sombre ?
De quel gibet descend ce vieux supplicié ?
On croit voir à travers son corps émacié Scintiller son esprit qu'une foi vive enflamme.
On dirait qu'un remords douloureusement cher, Une angoisse choyée, en lui torturant l'âme, Lentement, en dessous^ a dévoré sa chair.