L'ORIGINE DES RECHERCHES DE HOUILLE
ENTBE
MONTBÉLIAKD ET VILLEBSEXEL
f Communication faite à ht Séance du i Juin imi Km.manuei. FALLÛT
On sait qu'une Société civile pour la recherche de la houille entre Montbéliard et Villersexel s'esl fondée dans notre ville. Elle a pour but de mener n bien une entreprise due à l'initiative patiente et éclairée de M. Auguste Schwander, qu'une mort prématurée (') a arraché si brusquement à une œuvre à laquelle il s'était voué avec tant de persévérance et d'activité.
Ayant été appelé dès le début à m'ocruper de cette question, i) m'a paru intéressant et utile d'indiquer des maintenant quelle fut l'origine d'une entreprise qui peut avoir pour notre pays une importance considérable.
C'est le .10 Août 1899, chez M. Armand Peugeot a Valent igney, que M. Schwander me parla pour la première fois de l'idée qui le hantait de rechercher la houille eu dehors des exploitations actuelles du bassin de Itonchamp, dans les environs de Villersexel.
Séance tenante nous décidons d'aller étudier sur place le projet en question, el le 5 Septembre nous partons tous trois en automobile, MM. A. Peugeot, Schwander et moi, pour faire une exploration préliminaire.
|li il Septembre 1903,
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Notre première halte est à Chagey ou plus exactement entre Chagey et Chenebier, où le massif dévonien qui limite au S. le bassin houiller de Ronrhamp vient rompre la succession normale des assises géologiques et constituer un acculent, dont la présence est de nature à compromettre gravement le succès de l'entreprise projetée.
Cette observation faite, nous gagnons successivement Frahier, Champagney, Ronchamp, Clairegoutte et nous arrivons près du Magny-d'Anigon, au nouveau puits foré par la Compagnie de Ronchamp (puits n° 11).
II était alors fort avancé. Après avoir percé 90 mètres de Trias et ;}60 mètres de Permien , on était encore à TM mètres de profondeur dans ce dernier terrain, et rien ne pouvait faire prévoir quand l'on arriverait à la houille.
Après aveir traversé Frédéric-Fonlaine et Lomont, puis être montés à Faymont, nous entrons dans le bois de Saulnot, où nous retrouvons la continuation du massif dévonien de Chagey. A Saulnot nous gagnons la vallée de la Scey et nous atteignons Mignavillers.
C'est la, un peu au N. du village que M. Schwander projette de forer le puits de recherche de la houille. Il a choisi ce point comme susceptible de se trouver sur une ligne de chemin de fer qui s'impose et qu'on s'élonne de ne point voir exécuter au milieu de tant d'autres dites d'intérêt stratégique, celle de Montbéliard à Villersexel.
Tout en reconnaissant les avantages commerciaux que pouvait présenter cette localité , je craignais qu'en cel endroit on ne tombal en dehors du bassin houiller, et je conseillai à M. Schwander de choisir un point placé plus au N.-E.
J'estimais en effet que plus on se rapprocherait des puits forés parla Compagnie de Ronchamp plus on aurait de documents précis, plus on aurail de chances de se trouver dans des conditions analogues et par conséquent de réussir. Je pensais aussi qu'il était inutile de se placer sur le grès bigarré du Trias el d'avoir à percer ainsi une épaisseur de couches parfaitement inutile.
J'employai, du reste, une partie des vacances à étudier la question avec tous les documents que j'avais à ma disposition, je retournai même au Magny, et finalement M. Schwander se rendit à mes observations.
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Après s'être entouré de conseils éclairés, il finit par choisir un point bien plus au Nord qu'il ne l'avait décidé tout d'abord, à quelques centaines de mètres au Sud du village de Lomont. immédiatement au dessus de la petite vallée du Itognon.
Cet endroit présentait un grand avantage sur M ign avili ers. Cependant j'insistai encore sur le fait qu'il était situé bien près du massif dévonien de Chagey, et je ne cachai pas mes crainles de voir le sondage atteindre a peine l'extrême limite méridionale des couches houillères.
On pouvait se demander, en effet, par suite des connaissances très imparfaites que nous possédions sur la disposition géologique des assises profondes, si les couches houillères qui affleurent au N. de Ronchamp et qui plongent ensuite rapidement vers le S. pour arriver au Magny a une profondeur énorme — non encore déterminée en 1899 — n'allaient pas se terminer en biseau vers le S. et ne constituaient pas dans l'ensemble un bassin plus ou moins incliné , se perdant dans la profondeur contre les racines inconnues du massif dévonien du Bois de Saulnot.
M. Schwander eut la foi ; les travaux commencèrent au printemps de 1900, et le 1|,( Septembre suivant, juste un an après notre première expédition, nous retournions à Lomont où le sondage, après avoir traversé dix-sept mètres de grès vosgien, venait d'entrer depuis trois mètres dans l'épaisseur des couches permiennes.
Ce jour-là nous examinions aussi l'emplacement projeté pour un deuxième puits plus au N. dans la petite vallée située entre Frédéric -Fontaine et Lomont. Le Moulin du Faux fut choisi.
Ce deuxième puits fut très rapidement mis en train. Le 23 Mai 1901, M. Schwander m'écrivait qu'il était à 212 mètres de profondeur. Malheureusement un accident dans le forage amena des contestatious avec l'entrepreneur et le puits fut abandonné.
Néanmoins celui de Lomont avançait : il était à cette époque à 498 mètres, dans des grès violacés alternant avec des marnes rouges collantes, appartenant au terrain permien ; mais nous étions loin du but.
Cependant le puits du Magny n° Il (dit puits Arthurile Buyer), commencé en 1893, était fini depuis le mois de Novembre 1900 et il avait atteint la profondeur considérable de 1010 mètres. Après avoir traversé le Trias sur 90 mètres, le Permien sur 674m,36,
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H n'avait rencontré la première couche de houille qu'à 832 mètres (').
C'était une indication et un encouragement, mais combien douteuses encore étaient les chances de succès ! Le plongement du terrain houiller, de 30 centimètres par mètre vers le S.-O., constaléau Magny, nous faisait craindre qu'il n'atteigne vers Lomont une énorme profondeur; nous ne pouvions guère compter sur un plissement qui ramenât les assises vers la sur face au contact du massif dévonien, et, d'autre part, la minceur des couches de houille rencontrées à 852 mètres et à 875 mètres dans le même puits, ne semblait que trop justifier mes craintes d'avoir affaire à des assises se terminant en pointe vers le Sud.
Cependant M. Schwander continua malgré toutes les difficul tés, malgré tous les obstacles.
A la fin de Septembre 1902, vers 1026 mètres, on était arrivé dans des couches gréseuses noirâtres, et il me montrait — avec quelle joie 1 — un premier, un minuscule fragment plus brillant, plus métallique que les autres et qui pouvait être de la houille. Du reste les schistes houillers devenaient typiques; des débris très nets de Peeopteris se montraient à 1042 mètres et on approchait du but.
Ne 19 Novembre M. Schwander annonçait à ses actionnaires qu'il avait trouvé la houille à 1090 mètres et le 17 Décembre il me confirmait la chose, en m 'écrivant qu'il avait rencontré trois couches successives et que le sondage était arrivé à l'énorme profondeur de 1104 mètres.
Bien que nous ne puissions encore apprécier toute la portée pratique de cette grande entreprise, nous devons enregistrer avec plaisir un succès aussi incontestable, je dirais presque aussi inespéré.
C'est un résultat qui fixe un point d'une haute importance scientifique, celle de l'extension vers le Sud du Bassin houiller de Romhamp, et il n'est pas inutile, tout en rendant hommage à la belle initiative de M. Schwander, d'attirer l'attention sur ce fait et de préciser en même temps un point d'histoire qui pourrait être oublié demain.
11) Mathieu Mlefr. Bull. Soc. «*>!. do Franc, 4' Si'rfo, I. I. p. UT, 1901, aussi Ibld, 3' S<?rie, t. XXV, p. 1003, 1897.
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Séance générale du 2 Juin 1904: