IMPRIMERIE ET LITH. OE HENRI BARBIER
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Dans toutes les publications de la Société , les opinions énon«> eées par les auteurs resteront entièrement à leur responsabilité.
(Note du Bureau)»
SUA/V\/»^\a^^vO
COMPTE-RENDU
DE LA SITUATION ET DES TRAVAUX
DE LA
mm DlHGLiTION
lu à la séance du S mai 1859.
iMessieurs ,
Ce n'est pas sans éprouver une vive émotion que , répondant à votre appel, nous venons occuper la place laissée vacante par M. Duvernoy, notre honorable ami. Gomment, en effet, surmonter toutes nos craintes « lorsque nous comparons ce qui a été fait avec ce que nous pouvons faire nous-mêmes? Lorsque nous relisons les rapports de nos prédécesseurs si bien pensés , si bien écrits et que vous avez écoutés avec tant d'intérêt ?
Et, Messieurs, voyez combien cette tâche est difficile , car toutes les idées générales , toutes les réflexions et les considérations pratiques , tous les conseils qui , de près ou de loin , se rattachent à notre Société , vous ont été déjà présentés. Le champ est moissonné complètement ; à peine restet-il quelques épis à glaner.
Ëii soitiiiies-ncus donc réduit à ne vous présenter qu'un exposé sec et fastidieux de votre situation , et« nous bornant au rôle de l'homme d'affaires , devons^ nous nous contenter de vous soumettre le catalogue de vos travaux et des richesses de vos collections , à côté du bilan de vos recettes et de vos dépenses ?
Nous craindrions. Messieurs « qu'un tel plan ne répondit pas à votre attente , et dussions-nous répéter peut-être des considérations qui vous auraient été déjà soumises^ nous ne l'adopterons pas, car ce serait mal répondre à Thonneur que vous nous avez fait, en nous appelant au secrétariat.
Mais si nous nous hasardons à vous offrir quelques Vues sur les conditions de succès de notre Société, vous voudrez bien ne pas oublier que nos occupations habituelles nous éloignent du culte des lettres, et vous serez indulgents si notre langage n'est pas toujours au niveau du sentiment qui nous anime.
Une première impression que nous avons hâte de vous faire partager, c'est celle d'une satisfaction bien légitime à la vue des remarquables progrès que nous avons accomplis.
Née en 1850, notre Société n'a pas tardé à surmonter les hésitations inévitables de ses premières années, et, nous pouvons le dire avec orgueil , elle est bientôt sortie victorieuse des difGcultés et des luttes qui ont d'abord entravé sa marche. Le nombre dé ses membres titulaires et correspondants s'est accru d'une manière notable, de même que celui des Sociétés savantes avec lesquelles elle s'est mise en communication ; son budjet présente des conditions satisfaisantes ; son musée a désormais acquis une valeur qui n'est plus douteuse ; entourée de l'estime de tous, elle a gagné des bienfaiteurs et des protecteurs puissants ; enfin , elle a su conquérir l'appui non seu*^ lement des administrations municipale et départementale, mais même du magistrat éminent placé à la tête de l'instruction publique. Semblable, dans Torigine,
& Tenfanl dont les premiers pas chancellent , elle est rapidement parvenue à cette jeunesse entreprenante et virile , qui se fortifia encore en approchant de la maturité : Fires acquirii eundo.
Ce résultat a surpassé toutes nos prétentions et certes , il est bien propre à nous encourager. Mais , Messieurs , ne nous berçons pas d'illusions, gardons* nous d'exalter notre triomphe, et, loin de nous laisser éblouir par les succès obtenus , reportons nos regards sur nous-mêmes , aOn de bien apprécier nos faiblesses et nos imperfections. C'est en apprenant à les connaître que nous apprendrons à nous en défaire ; et , n'en doutons pas , quand nous y serons parvenus , nous ne manquerons pas de voir notre influence s'étendre et grandir chaque jour.
Il y a dans toute association , comme dans tout individu , un instinct qui la pousse vers le progrès ; et si , parfois . l'amour propre peut aveugler assez les natures vulgaires pour qu'elles se complaisent dans leurs propres défauts , la passion du vrai et du bien, le désir d'être utile , le respect de soi-même disposent sans cesse les âmes généreuses a méditer sur leurs faiblesses et à faire des efforts pour s'amé* liorer.
Eh bien! Messieurs, nous devons, nous voulons essayer de nous connaître nous-mêmes, et nous avons d'autant moins à redouter de nous appliquer l'antique précepte de la sagesse , que si , partageant le sort de tout ce qui est humain , nous péchons encore sous plus d'un rapport, nous n'en avons pas nooins la conscience de notre valeur et du bien que nous pouvons faire.
Or , Messieurs , quel est le côté fort de notre Société ?
Nous répondrions volontiers — pardonnez notre franchise — que^ jusqu'à présent, c'est le côté matériel.
Sans doute , tous ceux de nos concitoyens qui sont
amis du progrès, ont voulu figurer dans nos rangs, et, nous pouvons le dire à haute voix , notre compagnie se composé des hommes les plus éclairés de la contrée. Sans doute aussi , nous leur devons des remerciments pour les secours pécuniaires qu'ils nous apportent et qui sélèvcnt parfois aux proportions de véritables libéralités; nous leur devons une sincère reconnaissance pour leurs excellents conseils , pour le zèle avec lequel ils nous procurent tout ce qui peut convenir à nos collections ; mais a*avions-nous rien de plus à attendre de leurs lumières ? Il est indubitable que nous commençons à prendre l'habitude d'apporter aux séances des communications souvent très-intéressantes, et que les bonnes lectures tendent à se multiplier parmi nous. Cependant , il faut bien en convenir, un certain nombre d'entre nous continue à se renfermer dans une abstension regrettable.
Ne l'oublions pas , notre intention n'est pas seulement d'édifier un Musée qui servira quelque jour à l'instruction delà jeunesse. Nous poursuivons encore raccomplissement d'un bienfait plus immédiat et nous devons avoir la jouissance de le contempler nousmêmes pendant notre vie. Or ce bienfait, c'est l'exemple du travail intellectuel , c'est la vulgarisation autour de nous , de toutes les idées saines, de toutes les vérités , de toutes les découvertes utiles , de tous les progrès. Et pour y parvenir, que faut-il? Est-il nécessaire d'avoir le mérite des hommes supérieurs , le génie qui invente ou l'éloquence qui entraîne? Non , Messieurs ; trois qualités que vous possédez tous , vous suffiront : nous voulons dire Vamour du prochain qui donne la force de surmonter une modestie exagérée, l'attention sévère dans l'examen des faits , et enfin la simplicité dans la manière de les exposer.
Et quand nous parlons de faits , il ne s'agit pas seulement de ceux qui seraient extraordinaires ou nouveaux. Ce n'est pas avec les phénomènes excep-
tionnels qu'on constitue les sciences et qu'on . les fiait marcher, ce n'est point en les divulguant, qu'on réussit le mieux à intéresser les hommes pratiques» et nous croyons rester dans les préceptes de la raison , en disant que l'observation de la chose la plus simple, de la circonstance la plus commune offre une valeur beaucoup plus incontestable, lorsqu'elle est exacte et complète , que celle des anomalies et des bizarreries de la nature. 11 est inutile de rappeler que les esprits généralisateurs sont plutôt conduits à la découverte des principes et des lois, par la considération des faits vulgaires que par celle des faits exceptionnels. Mais serait-il vrai que, sans la feculté d'embrasser l'en* semble des phénomènes , il soit impossible de rendre quelques services ? Le maçon est loin d'avoir le mérite de l'architecte, et cependant il faut bien reconnaître qu'il contribue pour sa part , si petite qu'elle soit , ^ la construction de l'édifice.
Une sage providence a partagé les rôles et tes moyens. Certains hommes qui possèdent plus particulièrement l'intelligence des détails , se contentent de recueillir les faits isolés , tandisque d'autres , doués d'une vue plus perçante et plus vaste , se complaisent à les grouper, à en étudier les rapports et finissent par en faire jaillir les inventions les plus merveilleuses. Chercheurs modestes , bienfaiteurs de l'humanité sans le savoir, les premiers s'attachent à la poursuite d'éléments épars dont ils n'entrevoient pas eux-mêmes toute la portée , mais dont les conséquences infinies sont comprises tôt ou tard et successivement par le génie des seconds.
Nous concevons de cette manière pourquoi la valeur considérable de certains phénomènes, d'ailleurs bien connus , a pu rester si longtemps ignorée et par quel mécanisme chaque perfectionnement devient , à son heure , la source de perfectionnements nouveaux. Le temps ne produit de grands résultats qu'à l'aide d'une $érie d'améliorations partielles qui dérivent les une$
des autres » progression illimitée dont le premier terme n'est qne la constatation pure et simple de faits très-ordinairps et dont le dernier connu , amené d'expériences en expériences, d'inductions en inductions, porte encorq et portera sans cesse, le germe des innovations les plus surprenantes.
Telle est d'ailleurs l'importance de l'occasion et du moment , telle est aussi la répartition des aptitudes que ceux qui s'élèvent aux conceptions les plustrans-* cendantes, ne réussiraient peut-être pas à remplir la tâche I en apparence beaucoup plus facile , de récolter les matériaux nécessaires à leurs méditations. Oserait-on affirmer , par exemple , que Tinventeur du procédé par lequel les idées s'échangent en un clin d'œil , à travers les espaces et les mers , eût deviné le fluide que dégage le contact de deux métaux ?
Il n'est donc pas donné à chacun de compter parmi les génies créateurs , mais il n'est refusé à personne d'examineret d'observer. Tous les êtres qui pensent sont appelés à concourir au mouvement intellectuel général ; les faibles sont le complément indispensable des forts ; tous ont leur utilité respective et la pari des ouvriers obscurs qui s'efforcent d'apporter leur humble tribut à l'œuvre du progrès, est encore assez belle pour ne pas être dédaignée.
Eh bien. Messieurs, en reconnaissant que notre Société repousse de toutes ses forces la prétention d'être assimilée à une académie , nous n'exprimons sans doute que votre propre sentiment ; mais nous ne crai-* gnons pas d'outrepasser la vérité en disant que tous , vous vous livrez dans le recueillement , aux études les plus variées et que tous , vous faites . chacun selon ses goûts , des recherches qui ne manqueraient pas de nous intéresser. Cela nous donne peut-être le droit de nous étonner de la réserve d'un certain nombre d'entre vous , surtout lorsque nous ne leur demandons que ce que nous pouvons légitimement espérer. Pourquoi nous dérobent-ils les fruits de leurs méditations?
Et quel motif est assez puissant pour arrêter leur zèle, au seuil de cette enceinte ?
A coup sûr , Messieurs , ce n*est point Tégoïsme.
Serait-ce la crainte de parler en public ? Mais ici , nous sommes nous-mêmes le public. Depuis huit années que nous suivons le même sentier , nous avons rapproché nos esprits et nos cœurs , nous ne formons plus qu'une famille d'amis , toute gêne doit s'effacer entre nous, et, au surplus» ne savons-nous pas tous qu'une bienveillance réciproque est une condition essentielle de notre existence ?
Serait-ce peut-être le manque d'habitude d'écrire ou de traiter verbalement un sujet ? Certes , nous apprécions le mérite du style ; mais , grâces à Dieu , nous savons aussi discerner ce qu'il y a de bon sous une enveloppe imparfaite; nous plaçons l'utile au* dessus de l'agréable et si nous accordons nos sympathies à la beauté du langage , nous préférons avant tout , dans l'ordre physique, l'exactitude des faits et, dans l'ordre moral , la justesse de la pensée , la noblesse des sentiments , la libéralité des principes , la sincérité des convictions. Celui qui refuse de répandre la vérité , dans la crainte de ne pas assez l'embellir , semble ignorer qu'elle sait se passer d'ornements et qu'elle a, dans sa nudité, plus de splendeur que le discours le plus brillant. Efforçons-nous d'être clairs, mais ne cherchons point à éblouir.
Serait-ce enfin , Messieurs , cette délicatesse excessive , amie de l'ombre et du silence , qui fuit les vanités du monde? — Un tel sentiment peut être respectable , mais à quel résultat nous conduira-t-il ? Hommes d'action et de dévouement, nous aurons sans doute à violenter quelquefois nos dispositions naturelles , mais nos concitoyens nous en tiendront compte. Ils nous témoigneront une reconnaissance d'autant plus profonde que nos services auront été rendus avec plus de désintéressement et de simplicité; ils nous honoreront d'autant plus que nos travaux
uous auront été inspirés par le seul amour de nos semblables et non pour Tappétit de je ne sais quel éclat éphémère.
Le public a vis-à-vis de nous des devoirs et des droits. Ses devoirs , nous nous plaisons à le proclamer , il les a remplis jusqu'à ce jour de la manière la plus complète. Il a stimulé noire courage , il a paru satisfait de nos conquêtes, il applaudit à nos succès» il nous vient en aide avec rempressement le plus flatteur . il se montre enfln disposé à recevoir , avec gratitude , l'influence salutaire que nous devons exercer sur lui. Mais en retour de sa franche et loyale sympathie , n*a-t-il pas le droit d'exiger de nous l'espèce de direction intellectuelle que nous lui avons promise? Et ne voyez-vous pas que ses exigences augmenteront à mesure que notre Société acquerra plusd'importance ?
Enfln , Messieurs , Son Excellence Monsieur le Ministre de Tlnstruetion publique et des cultes , qui nous a donné des preuves si manifestes de sollicitude , ne nous demande plus qu'un peu d'activité pour qu'il lui soit possible de déclarer dfuiiliié publique, notre chère société. Rappelez-vous aussi la circulaire par la quelle il nous annonce qu'un comité spécial est chargé d'examiner toutes les publications des compagnies analogues à la nôtre et de lui en rendre compte , afin qu'il puisse décerner des récompenses honorifiques non seulement à celles qui ont produit les meilleurs mémoires , mais encore aux auteurs de ces derniers (arrêté du 22 février 1858 et circulaire .du 29 mars suivant). Que votre ardeur ne se laisse donc pas endormir ! Multiplions nos efforts , rivalisons tous pour hâter le jour glorieux où notre société méritera d'êtfe classée parmi les plus recommandables !
Que dirons nous de plus , Messieurs ? — A ces remarques , puisées pour la plupart dans nos dispositions intimes^ nous pourrions ajouter des considérations d'un ordre plus général. Nous rechercherions dans l'histoire, les véritables causes du progrès et nous démon-
Ircrions sans peine que rémiilation est un des plus puissants leviers du perfectionnement. Est*ee à raison seulement de ses hommes de génie qu'un peuple s'élève au dessus des autres ? Il n'en est rien , Messieurs. Un Galilée , un Newton , un Cuvier , quelle que soit leur influence , ne constituent pas à eux seuls la civilisation. Celle-ci n'est, en réalité, que la conséquence de la diffusion des lumières ; elle ne se mesure que par le degré de développement des facultés intellectuelles et morales , non de quelques esprits favorisés , mais de tous les individus réunis en société. Ainsi que nous Tavons fait pressentir toutà l'heure, elle ne résulte pas des efforts d'une petite minorité ; le concours de tous est indispensable pour l'obtenir.
Pourquoi la civilisation de l'antiquité , même dans les plus beaux temps d'Athènes et de Rome , fut-elle si loin d'égaler la nôtre? Certes, les causes de cette différence sont multiples , mais Tune des principales n'est elle pas que l'instruction , au lieu de pénétrer dans les masses , était l'apanage exclusif d'une proportion relativement très-restreinte d'intelligences d'élite, et que les ouvriers de la pensée ne suffisaient pas pour embrasser, avec un égal succès, toutes les branches d'études? Nul ne se sentait assez fort pour oser toucher à l'œuvre des maîtres. On s'inclinait devant leurs doctrines et devant leurs erreurs. Il est vrai que la méthode intuitive, seule souveraine durant tant de siècles, permit aux sages de reconnaître les vérités morales et religieuses qui font la base de l'ordre social , et les conduisit à la découverte des axiomes de mathématiques, qui charment par leur infaillibilité. Mais au lieu de favoriser au même degré les sciences physiques, aux quelles notre époque doit tant de merveilles , l'intuition n'était propre qu'à retenir leur essor ; et il fallut traverser tout le moyen-âge , avant d'arriver aux véritables règles du progrès.
Cependant , après cette longue période de dégradalion , le réveil sonne dans le inonde des intelligences.
D'abord les écoles commencent à se rouvrir. L'imprimerie propage les découvertes importantes. Luther proclame le libre examen. Descartes recommande de ne se fier qu*à Tévidence. Bacon crée la méthode expéri mentale qui seule peut conduire les sciences physiques à des résultats certains. Dès lors , Tesprit moder* ne s'ouvre une nouvelle et brillante carrière. On ne s'en rapporte plus à la parole du maître , le principe de l'autorité s'écroule ; il n'y a plus , il ne peut plus y avoir de dictateur scientifique. Chacun est libre de contrôler, de combattre, de soutenir, de perfection* ner ce que les autres ont fait. Les lumières s'infiltrent de plus en plus dans toutes les classes. Les prodiges de la vapeur et de l'électricité rendent plus intime le mélange des hommes et des peuples ; les idées s'échangent avec une facilité et une promptitude magiques ; d'innombrables penseurs , inquiets et tourmentés de la soif d'apprendre . observent , analysent , cherchent , multiplient les essais , explorent toutes les voies , et de cet admirable concert de tous les labeurs, de toutes les énergies , de tous les dévouements , résulte le progrès réel ^ incontestable, c'est-à-dire, la civilisation.
Nous pouvons donc avancer que l'état le plus civilisé est celui où tous les citoyens rivalisent de généreux efforts, afin de s'égaler, de se surpasser dans la recherche , ou tout au moins, dans la propagation des choses honnêtes et utiles ; et , comme conséquence logique , nous ajoutons que ce doit être aussi celui qui possède le plus grand nombre de sociétés sérieuses d'émulation. Mais parmi ces dernières, quelle est celle qui occupera la première place ? Ne vous y trompez pas. Messieurs; ce ne sera point celle qui aura le bonheur de posséder quelques hommes supérieurs , auxquels elle sera redevable, à la vérité, d'une bonne direction et d'un certain relief ; ce sera celle dont tous les membres , mus par des principes identiques , poursuivront sans relâche et d'un accord unanime , le
but comintm qu'ils se proposent. Que rémûlation soit donc pour nous uii instrument de civilisation I
Nous voudrions , Messieurs , tertoiiner ici ces con« sidéraiions que vous avez dû trouver bien longues ; mais auparavant , permeitez^nous de chercher à effa-cer une impression fâcheuse que nous craignons d'avoir laissée dans vos esprits.
Vous avez pu croire que^ dominé par les tendances modernes , nous subordonnons aux sciences physiques seules tous les genres de perfectionnements. Nous en avons fait ressortir les immenses avantages ; nous croyons même avoir soutenu , dans un précédent rap« port, qu'elles poussent à la moralisation » mais nous n'en méconnaissons pas les inconvéniens. Quelle mé* daille est sans revers I Et le mal n'est-il pas toujours à côté du bien! Devrions-nous cependant, impitoyable censeur» dérouler à vos yeux le tableau des vices que l'on reproche à notre époque? Parlerons-nous ici du doute énervant , du relâchement des mœurs , de l'a^» mour effréné de la matière f Nous écrierons-nous avec un auteur contemporain : « tout avance et se développe ; une seule chose diminue , c'est l'àme ! » (Michelet. - L'amour) -^ Oh ! gardons-nous de semblables exagérations ! Chaque phase de la civilisation se présente inévitablement sous deux aspects simultanés : l'un splendide, radieux, nous charme, nous enthousiasme , nous éblouit jusqu'au vertige ; l'autre défectueux, indigne, misérable, nous décourage, nous oppresse, nous pénètre je ne sais de quelle amère et profonde tristesse. L'humanité marche ou recule selon •que l'un ou l'autre de ces deux aspects s'agrandit et prédomine. La lutte des deux principes qu'opposait déjà l'anliquilé payenne , n'a point cessé ; elle durera, parce qu'elle a sa raison et sa nécessité. Mais serait-il vrai que, sous le rapport moral , la période à laquelle nous assistons soit inférieure aux périodes précédentes? L'âme se flétrirait-elle au soufflé du progrès ? Vous ne le pensez pas, Messieurs , car c'est la providence qui
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nous a mis au cœur un désir insatiable d'inventions et de découvertes ; et si tous les efforts que nous faisons pour le satisfaire, ne devaient aboutir qu'à l'amoindrissèment de la partie la plus noble, la plus précieuse de nous-mêmes , les mots amélioration et progrès ne seraient qu'un mensonge et un leurre.
Rassurez-vous donc, Messieurs ; la civilisation n*est pas entièrement désarmée contre elle-même. Si nous avions l'autorité convenable, nous apprécierions ici l'importance du vrai sentiment religieux ; mais nous pouvons vous rappeler que les belles-lettres ont aussi le privilège de faire accepter les préceptes de la morale, en les présentant sous leur forme la plus aimable. En vain objecterez-vous qu'elles ont perdu le premier rang dans le monde intellectuel ; il n'est pas permis d'oublier que, durant la suite des siècles, elles ont eu le gouvernement des hommes, et que , secondées par la philosophie, elles ont à une époque encore peu reculée, préparé la plus terrible , comme aussi la plus nécessaire, la plus féconde, la plus glorieuse des révolutions. Qui donc oserait encore méconnaître leur puissance?
Non , Messieurs , les belles-lettres ne périront pas. Rien ne saurait détruire ce qui nous apprend à aimer la vertu, l'humanité , la liberté, la patrie! Rien ne saurait anéantir ce qui est noble en soi , ce qui adoucit les caractères , ce qui épure le goût -, ce qui élève la pensée. Ah ! la civilisation serait perdue le jour où le contre-poids moral ne l'emporterait plus sur les tendances matérielles !
Arrêtons-nous , Messieurs. Pourquoi chercher plus longtemps à vous convaincre? N'êtes- vous pas tous décidés à prendre désormais une 4)art active à nos travaux? Mais si la solennité de nos séances générales pouvait encore effrayer le zèle de quelques uns de vous, ils n'oublieraient pas que , conformément à une décision antérieure de la société, votre nouveau bureau vient de provoquer des séances mensuelles où leur modestie doit se trouver entièrement à Taise. Là , en
effet , nous nous rencontrons dans une véritable inli^ mité qui nous permet d'échanger librement nos obser^ vations et nos pensées. Là, chaque communication éveille les souvenirs ou les réflexions des auditeurs et les conversations familières qui en résultent, fournissent à leur tour des sujets imprévus et curieux d'étude. Source attrayante d'activité pour Tesprit, les réunion» dont nous parlons, ont encore l'avantage inappréciable de nous rapprocher plus souvent, d'éteindre nos défiances , de multiplier .les sympathies qui nous unissent. Il est facile de prévoir qu'elles élargiront prochainement la base solide de notre œuvre et que si , dans Tavenir, nos publications méritaient d*étre remarquées, c'est à elles, en grande partie , que nous le devrions. Venez-y donc , Messieurs ; vous n'y verrez point d'apparat, mais une sorte d'abandon qui n'exclut pas la dignité , un mélange de franchise , de bienveillance et de bonne volonté. L'exemple agira sur vous. Peu à peu votre réserve fera place à la confiance. Vous entrerez dans le courant , pour ainsi dire sans vous en apercevoir. . Vous perdrez toutes vos hésitations. Vous nous apporterez enfin votre concours intelligent et généreux.
Ceci nous amène , Messieurs , à parler des mémoires qui nous ont été présentés. Il ne sont pas très-nombreux , il est vrai , mais il ne faut pas oliblier que nous ne leur avons accordé que deux séances générales, Nous avons lieu d'espérer que , grâce aux nouvelles dispositions que nous venons de signaler , notre récolte annuelle sera désormais plus abondante. Toutefois , Messieurs , si les travaux dont nous avons à vous entretenir , ne sont pas en aussi grand nombre qu'on pourrait le désirer, il est juste de reconnaître leur valeur et leur importance. Peut-être même n'en avons nous pas reçu de meilleurs depuis la création de la société.
Monsieur Conte Jean, qui s'occupe des sciences naturelles, avec une persévérance bien louable, nous a fait
plusieurs cornmQiticatioQs très-intéressantes, les unes verbales , les autres manuscrites.
Il nous a d*abord entretenus d'observations faites ré^ cemment par lui , sur les calcaires d'Hérimoncourl et qui tendent à établir que les perforations dont ils sont le siège , sont dues à des polypiers ou à des spongiaires qui auraient disparu. Vous n'avez pas oublié. Messieurs , que notre illustre compatriote , le docteur et professeur Duvernoy, avait émis une autre hypothèse. Il ne nous appartient pas de nous prononcer entre lui et notre honorable collègue.
Monsieur Gontejean nous a communiqué ensuite une autre observation qui semble tirer un nouvel intérêt de la discussion actuellement ouverte , daris le monde des savans> sur les générations spontanées.
En 1846, le Polypodium dryopteris L, var. robertianum Hoffm , qui croissait en abondance dans la partie des anciens mûrs des fossés de notre ville, appelée le fer à chenal, fut entièrement extirpé et les mûrs crépis à la chaux. La végétation qui couvrait ceux-ci , disparut pendant plusieurs années. Puis apparurent peu à peu les plantes habituelles à cette station : campantda rotundifblia L, Geranum robertianum L, Hieracium murorum L, des mousses et des fougères pariétoles. En 1858, Monsieur Gontejean revit, à sa grande surprise , un pied de polypodium dryoptem L. On ne saurait supposer, dit-il, que cette plante soit provenue de spores apportés par les vents , car la localité la plus voisine est distante d'environ un kilomètre et il serait bien difficile d'admettre qu'un germe, transporté de si loin , fut venu se développer précisément à la place autrefois occupée par le pofypo^ dium lui-même. On est forcé d'admettre que les rhizomes ou les spores de cette fougère , préservés par la chaux, des influences extérieures , ont conservé pendant douze années leur faculté de germination.
Monsieur Gontejean nous a encore fait part de quelques remarques qui l'empêchent de partager l'avis de
Monsieur Parisot, de Belfort^ sur le rôle attribué par ee botaniste » aux carbonates de chaux et de potasse , dans les faits de distribution des plantes. Il se propose de rédiger plus tard , pour nos publications, les reniarques dont il s'agit et nous devons nous contenter de les mentionner > sans autres détails.
Mais la plus importante des communications de Monsieur Contejean est , sans contredit , $on étude de Uétage kimméridien du Jura, de France et d'Angleterre , rapporté à la localité typique de Montbéliard. Vous pourrez lire • Messieurs , dans notre dernier compte rendu, ce travail consciencieux qui n'a pas moins de 217 pages d'impression et vous apprécierez vous-mêmes combien il a du coûter de peines et de temps à Tauteur. Nous avons la confiance que cet ouvrage sera favorablement accueilli des géologues et qu'il contribuera à faire avantageusement connaître notre laborieux collègue. Nous vous en donnerions un aperçu si nous n'étions obligé d'avouer notre complète incompétence p mais nous avons le plaisir de vous annoncer que Monsieur Contejean nous a gratifiés d'une série magnifique de fossiles qui servent de preuves à ses démonstrations.
Monsieur le professeur Belley nous a lu les observations météorologiques qu'il a recueillies pendant l'année 1857. Nous lui en exprimons ici les remercîments de la société qui Ta vivement engagé à continuer ses patientes recherches. La météorologie n'a pas encore donné tout ce qu'on est en droit d'en attendre. La raison indique qu'elle est appelée à rendre de grands services à d'autres sciences , surtout à l'agriculture et à l'hygiène , et lorsque tant d'hommes sérieux s'en occupent sur tous les points de l'Europe , ne devonsnous pas être heureux de trouver parmi nous, un observateur qui s'applique attentivement à cette branche d'études ? Cependant nous demandons à Monsieur Belley la permission de lui adresser une simple réflexion dont peut-être il nous saura gré. Pourquoi nerassemble-
t-il pas avec le même soin , des notes relatives aux quantités d* ozone que l'atmosphère présente chaque jour à Montbéliard. Des propriétés , encore contestables « ont été attribuées à cet agent, dont la connaissance remonte à peine à quelques années. C'est ainsi qu'on lui aurait accordé • sans preuves décisives^ une grande influence sur les épidémies. N'y aurait-il donc pas à faire de curieux rapprochements entre les observations des médecins de la contrée et celles que nou6 réclamons de notre collègue. Les faits récents semblent toujours promettre beaucoup de résultats utiles et c'est pour cela qu'ils aiguillonnent si vivement les esprits avides de nouveautés ; mais sans chercher nous-mêmes à en dégager Tinconnu, ne devons-nous pas au moins les vériGer, quand ils nous sont annoncés?
Monsieur Muston » à qui nous devons déjà de nombreux travaux sur les sujets les plus différents » nous a présenté un mémoire intitulé : L'horlogerie dans les montagnes du Jura. Essai de statistique industrielle.
L'auteur embrasse, dans ce mémoire, toute cette belle industrie particulière au Jura suisse et français, qui comprend une fabrication extrêmement variée, depuis le simple tourne-broche jusqu'aux montres, aux pendules, aux boites à musique et aux horloges monumentales. Son travail se divise en trois parties consacrées à la montre, à la pendule et à la boite à musique.
Monsieur Muston fait d'abord l'histoire de la montre, en puisant à toutes les sources qui peuvent lui fournir des faits intéressants. Il s'occupe ensuite de la fabrication proprement dite et passe en revue tous les principaux établissements où s'exécutent les diverses parties de la montre , l'ébauche , le finissage , l'échappement , etc. Il donne sur chaque lieu et sur chaque fabrique , des détails historiques et statistiques qui mé-* ritent une attention particulière.
Monsieur Muston s'occupe ensuite de la pendule. Il s'attache spécialement aux établissements du pays de Montbéliard et prouve , par des chiffres, que notre contrée est en possession de la fabrication la plus importante des blancs-roulants de pendules.
Dans une dernière partie, l'auteur donne des détails fort curieux sur la fabrique de boites à musique de M. Lépée, à Ste-Suzanne.
Le travail de notre collègue a principalement pour but de démontrer que l'horlogerie a pris et prend encore chaque jour de grands développements dans le Jura. Le pays de Montbéliard est surtout destiné à voir cette . industrie s'y établir sur des bases de plus en plus larges et fécondes , si la population et surtout les pouvoirs veulent s'occuper de cette source de richesse certaine.
Mais comment. Messieurs^ une analyse forcément très-succinte, vous procurerait-elle une notion suffisante de cet important travail , arâsi que des recherches nombreuses et difficiles auxquelles M. Muston a dû se livrer, pour lui donner tout à la fois l'exactitude désirable et l'étendue que nous lui connaissons. La lecture rapide qui nous en a été faite , nous a inspiré à tous le désir de le revoir dans le calme du cabinet, et nous attendons avec impatience le moment où il aura paru dans un prochain compte-rendu , pour avoir le plaisir 'd'en faire une étude complète.
Fidèle à ses bonnes habitudes , Monsieur le pasteur Tuefferd nous a apporté un nouveau fragment de l'histoire de notre ancienne principauté. Cest un essai sur V église collégiale et le chapitre de St-Mainhceuf de Montbéliard.
Notre collègue rappelle d'abord que la vie canoniale fut instituée, dans l'origine, comme un moyen de remédier aux désordres du clergé , mais qu'après un demi-siècle à peine , les richesses énormes que les cAapitres surent acquérir , attirèrent la noblesse dans les rangs des chanoines, et, avec elle, l'orgueil et la
Corruption. — Il rapporte ensuite tes traits principal!?^ de la vie de Técossais Mainbô ou Mainbœuf qxn , venu dans nos contrées, au commencement du IX™^ siècle, pour y prêcher l'évangile « fut tué en allant de Dampierre-otttre-les^bois à Froide-fontaine. Ses dépouilles mortelles furent transférées dans Taniique église paroissiale de St-Pierre, à Montbéliard ; et dès lors cette église prit le nom de St-Mainbô ou St-Mainbœuf . — En i 14K , le comte Thierry II qui , comme tous les prin-» ces de cette époque , avait un grand luxe de cour , voulut donner plus d*éclat aux cérémonies religieuses de réglise de son château. Dans ce but , il la fli ériger en collégiale et fonda le chapitre de St-Mainbœuf qrïil , dota richement. L'église, restaurée d'après ses ordres, devint un grand et beau monument. Elle renfermait trois caveaux taillés dans le roc vif et dont le principal était destiné à la sépulture des princes. — - Monsieur le pasteur Tuefferd nous fait pour ainsi dire assister à la cérémonie de la dédicace de cette église* Il parle ensuite des statuts du nouveau collège. Il énumère les nombreux biens et revenus que celui-ci possédait dans presque tous les villages de la principauté et jusque dans la terre d'Héricourt et de Belfort. — L'auteur nomme quelques-unes des innombrables et curieuses reliques qui, au retour des croisés, furent données en partage à l'église de St-Mainbœuf. Il rapporte brièvemeut l'histoire de tous les comtes et princes qui firent partie des expéditions en Palestine. Enfin il passe en revue les principaux faits relatifs à un certain nombre de doyens du chapitre. Le dernier de ces doyens, nommé Berdot. vit le protestantisme remplacer, dans la contrée^ la religion catholique. L'église du château servit de temple protestant jusqu'au dix octobre 1793. Alors les monuments qu'elle renfermait furent brisés, les cercueils ouverts et les restes des comtes et princes jetés au vent. Cet antique et noble édifice fut démoli en 1810 , par le génie militaire.
Le dnpitre que notre zélé collègue nous a oommu-
nique, embrasse l'bisioire d'une institution particu^^ liera pendant plus de huit siècles. Riche de faits dignes du plus grand intérêt , il nous montre que l'humanité n'avance qu'à travers les obstacles et les ruines. L'es*» prit des temps imprime toujours son caractère aux évé* nements remarquables. Tantôt c'est une pensée pieuse, une idée morale qui les dirigent ; tantôt ils procèdent des sentiments les plus honteux et les plus coupables. Le plus souvent» la routine, Tignorance, les préju^ gés, la superstition, le fanatisme les engendrent ou les dénaturent. Par intervalles, on aperçoit un timide rayon de lumière qui brille un instant au milieu des ténèbres. La lutte se prolonge. Un moment arrive où le besoin de la liberté se réveille. II marche côte à côte avec le perfectionnement des intelligences dont il est inséparable et le règne de l'obscurantisme s'amoindrit peu à peu. Telles sont. Messieurs, les réflexions qui nous ont été suggérées par la lecture du mémoire de M. Tuefferd. Nous le remercions tous d'avoir apporté cette page nouvelle à l'histoire de notre contrée et tous aussi , nous lui exprimons ici l'espérance qu'il conti* nuera ses importantes recherches.
Nous venons , Messieurs , de vous rappeler sommairement les travaux qui vous ont été présentés aux séances générales ; mais nous serions incomplet si nous passions sous silence ceux qui appartiennent par^ ticulièrement à la section de médecine. Celle-ci , composée de praticiens que rapproche un intérêt commun, continue à se réunir avec une grande régularité et à nous fournir un ample contingent de matériaux. Nous mentionnerons pour mémoire :
1"^ Deux observations verbales de M. le docteur Fallut , relatives , l'une à une procidence énorme du bout inférieur de V intestin, à travers un vieil anus artificiel ; l'autre à une forme très-bizarre d'hystérie. Dans ce dernier cas, la malade âgée de vingt ans, avait des accès très-longs , caractérisés par une espèce de sommeil et une crispation généralisée ; puis , au
— assortir de cet état , elle se trouvait en proie à une polydipsie très-curieuse : elle avalait successivement et avec une avidité surprenante , vingt-cinq grands verres d'eau, jamais plus, jamais moins. Deux infir«» mières étaient occupées à lui verser e^tte boisson , sur laquelle elle se précipitait.fSi on essayait de|l'arréter, elle se désolait, devenait intraitable, se dressait sur son lit et frappait indistinctement toutes les personnes qui l'environnaient. Desuite après l'ingestion du vingtcinquième verre , elle se calmait , comme par enchantement. Il était impossible de lui en faire avaler un vingt-sixième. La jeune malade a fini par se rétablir. Ses accès ont cessé pendant le'cours d'une dyssenterie et n'ont pas reparu.
S"" M. le docteur Bernard, de Belfort, a fait une communication relative au traitement de la pneumonie par les préparations mercurielles. C'est une idée qu'il a empruntée^ dit-il , à M. le professeur Schutzenberger de Strasbourg. Il y aurait ,f dans le cours de cette maladie , un moment où Ton n'ose plus continuer ni les émissions sanguines , ni] la médication stiBiée , et ce moment arrive lorsque Tinflammation est parvenue à sa seconde période et qu'il existe un souffle bronchique bien marqué , sans mélange de râle crépitant. Alors les frictions napolitaines, «iàMa dose de quatre à six grammes dans les vingt-quatre heures et pratiquées dans les aisselles , produiraient des effets merveilleux. M. Bernard a suivi cette méthode , avec un plein succès , chez plusieurs malades dont il entrelient ses confrères.
3^ M. le docteur Beurnier a donné lecture de deux observations d'empoisonnement par les allumettes chimiques , qu'il a recueillies conjointement avec M. le docteur Tuefferd.
Un père avoue avoir fait périr ses deux enfants , dans l'espace de trois mois , en leur administrant une suspension dans de l'eau,*" d'une certaine quantité de la masse phosphorée des allumettes chimiques.
L'ainé de ces deux enfants , &gé de trois ans , est
pris tout à coup , à raidi ^ de coliques et de violents vomissements, répandant une forte odeur alliacée. Le soir du même jour, à dix heures , il rend déjà le dernier soupir.
Son cadavre est exhume au milieu de l'été , quatre vingt-un jours après la mort. L'état de décomposition des organes . examinés avec soin , ne permet de tirer aucune conclusion ; mais la chimie retrouve dans les matières contenues dans l'estomac et traitées par divers réactifs , le phosphore à l'état d'acide.
Le second enfant, âgé de trois mois , a tout à coup des vomissements répétés , répandant aussi une forte odeur alliacée , des coliques, des bâillements , du ho^ quet^ un peu de diarrhée. Ces accidents se prolongent pendant vingt heures et se terminent par la mort. — A l'autopsie , on trouve Testomac fortement distendu par des gaz. Il ne présente aucun signe de con^ gestion extérieure , mais il est d'une telle friabilité que, malgré toutes les précautions, il se fait, sous les doigts des experts, une déchirure qui donne issue à des gaz, ainsi qu'à une cuillerée environ d'une substance blanc grisâtre , semi-liquide et qui est soigneusement recueillie. On trouve encore dans la cavité de ce viscère^ une cuillerée de ce même liquide et non seulement la tunique muqueuse, mais aussi la tunique musculeuse sont réduites en une espèce de bouillie de même couleur, faiblement adhérente à la séreuse qui, seule, offre encore une certaine résistance. On remarque une légère congestion sanguine diffuse au pourtour du pylore et le long de la grande courbure , mais sans boursoufflement, sans mamelonnement , sans ecchymose. Vu contre le jour , l'estomac déployé présente de nom-^ breuses plaques transparentes, de l'étendue d'une pièce de cinquante centimes. Ces plaques sont constituées par la séreuse iseule , dépourvue des autres tuniques. Elles diffèrent des ulcérations inflamatoires proprement dites, en ce que leur pourtour n'est ni tuméfié, ni injecté, ni épaissi. — Les autres organes n'offrent
absolument rien d*anormal. La vessie est décolorée et complètement vide. Il y a un peu de sérosité dans le péricarde et dans l'arachnoide. — Ces lésions et surtout celles de l'estomac , avaient une valeur d'autant plus grande que l'autopsie était pratiquée déjà vingtquatre heures après la mort. Cependant MM. Tuefferd et Beurnifsr ont cru devoir établir, par une diseussion approfondie , 1^ qu'elles ne provenaient pas d'une maladie indépendante de l'introduction d'un poison caustique ; 2^ qu'elles n'étaient pas dues à un effet cadavérique ; 3^^ qu'on ne pouvait les attribuer qu'à l'action d'une substance toxique corrosive. Dans ce second cas, comme dans le premier , la chimie retrouva dans l'estomac , le phosphore à l'état d'acide.
4** Un travail de Monsieur le docteur Tuefferd fils , sur un fait rare de laryngite ulcéreuse , avec perforation des cartilages et dégénérescence fibrograisseuse de la plupart des muscles de la région antérieure du col. Tous ces muscles , soudés à la peau et confondus entr'eux, ne formaient qu'un tout homogène, d'un blanc mat , sans aucune trace de vascularisation » un peu moins ferme et un peu plus friable que le tissu fibreux» dépourvu d'élasticité et dans lequel enfin , on reconnaissait à peine les muscles dégénérés , à la direction et au parallélisme de leurs fibres. Un micrographe de Strasbourg n'y a trouvé que quelques fibres musculaires et du tissu fibreux en grande quantité. Selon lui, l'altération aurait pu être prise pour une provenance d'une tumeur blanche ancienne.
5^ Une note de M. le docteur Mailhet de Mulhouse concernant un cas de paralysie atrophique guérie par la faradisation. Cette note , lue par Monsieur Belley à une séance générale , a été renvoyée à la section de médecine qui aura à s'en occuper.
6^ Enfin un mémoire de Monsieur Mock . pharmacien à Audincourt, sur une méthode d'analyse rapide des eaux de source et de rivière , à laquelle on a donné le nom d'hydrotimétrie. Ce mémoire fort curieux
devaat vous être lu , dans une séance générale , il nous sufflt de Tindiquer en ce moment.
Nous ne terminerons pas» Messieurs, ce que nous avions à vous dire de la section de médecine , sans vous annoncer qu'elle a pris, au commencement de Tannée 1 8S8 , Tinitiative d'une association scientifique de tous les médecins de la Franche-Comté. Déjà au mois de novembre dernier , une première séance a eu lieu à Besançon. Près de quatre-vingt praticiens, arrivés de tous les points de Tancienne province , y assistaient. La plupart n'avaient pas craint de parcourir de longs trajets pour y venir. Lyon même y était représenté. Les sujets les plus importants y ont été traités et discutés, et vous comprendrez sans peine l'avantage de semblables congrès, périodiquement renouvelés.
Ici se termine la revue que nous avions à faire des travaux scientifiques et littéraires présentés à la société. Nous aurions maintenant , Messieurs , à vous entretenir des dons de toute nature qu'elle a reçus , pendant le dernier exercice. Mais nous ne voulons pas empiéter sur les attributions de Monsieur le Délégué de la commission de conservation qui , tout à l'heure , vous fera lecture d'un rapport spécial sur la matière.
Toutefois si nous évitons les détails^ nous ne pouvons résister au désir de vous signaler un double envoi qui mérite une mention particulière.
Monsieur Bixio qui ne cesse de nous montrer la plus grande sympathie et pour qui nous n'aurons jamais assez de reconnaissance , nous a fait parvenir environ 1800 volumes et 85 liasses de brochures sur divers sujets scientifiques et agricoles.
M. Wattemare, directeur de l'Institution des échanges internationaux , nous a également adressé 126 volumes publiés par les sociétés savantes des Etats-unis de l'Amérique , du Portugal et de rAutriche.
Ces envois considérables, réunis aux livres que nous possédions déjà , constituent un commencement très-sérieux de bibliothèque qui ne manquera pas de
f 'agrandir chaque année. Un moment viendra où nous irouverons tout à la fois, dans nos cotiections, les théories des sciences et leurs preuves matérielles.
Nous n'entrerons dans aucun autre .développement ^ur ce sujet. Il suffira de déclarer que les dons de toute nature ne nous ont point manqué. Nos collections ont continué de s'accroître d'une manière satisfaisante, d'abord parce que la générosité de nos amis ne s'est point ralentie , et , en second lieu , parce que nous avons profité de toutes les occasions d'acquérir , à prix d'argent , les pièces remarquables qui uous ont été présentées.
Au surplus , un chiffre vous convaincra de nos succès , beaucoup mieux que nos paroles . Il y a neuf années à peine que , pour ainsi dire livrés à nous-mêmes , nous avons tenté de fonder un musée, et déjà les objets que nous avons rassemblés dans ce but, dépassent cinquante mille. Qui de nous, à l'époque de nos débuts, eût osé compter sur un si beau résultat?
Mais il faut bien reconnaître que si nos premières démarches ont causé de l'étonnement, et que si l'on a d'abord douté de la réussite de nos projets , en apparence bien prétentieux , les secours n'ont cependant pas tardé à nous arriver de toute part. A mesure que notre situation s*a(Iermissait , nous inspirions plus de confiance, et nos ressources:, précaires dans l'origine, se multipliaient en proportion de nos désirs et de nos besoins.
Chaque année , nos recettes sont devenues plus considérables. Celles de l'exercice courant dépasseront 6000 francs. En effet , outre nos prestations qui n'auront jamais été si nombreuses , outre les allocations qui nous sont accordées par la commune et par le département , et sans compter ce que nous pouvons attendre de son Excellence, Monsieur le Ministre de instruction publique , notre avoir s'est augmenté;
1^ D'une somme de 7b5 francs , provenant de la dîssolulion de la société alimentaire 7kU
T D'une somme de kOQ fr. allouée par la ville, à quelques membres de la Société d'émulation qui ont bien voulu se charger de dre4lisr, à notre bénéfice , un catalogue de la bibliothèque pu** blique ftOO
3^ £nfin du produit d'une souscription ou ver* te parmi nos compatriotes et qui s'est élevée » jusqu'à ce jour , à la somme de 3705 fr. dont nous avons reçu 301 <i fr. , le reste devant être recouvré en trois annuités 301 <i
Total . . . 71û^9
Nos ressources actuelles excédent donc de b 159 fr. environ, celles dont nous avons pu disposer dans Texer-» cice précédent.
Et à ce propos , Messieurs , qu'il nous soit permis d'exprimer publiquement notre profonde gratitude à tous ceux des habitants de la contrée^ qui nous ont prouvé si généreusement combien ils s'intéressent à notre œuvre. Gomment ne pas être fort et ne pas pros<^ pérer , lorsqu'on a su gagner ainsi les sympathies des populations !
Mais si , au point de vue de nos recettes , Tannée se présente d'une manière exceptionnelle , il ne faut pas oublier que nous avions des dettes et que nous venons de faire une dépense considérable pour achever l'ameublement de notre musée.
Il était devenu tout à fait indispensable de compléter nos vitrines , afin de classer méthodiquement nos coK lections. Enfouies pèle-mèle dans des tiroirs , nos ri-* chesses étaient en grande partie , perduesi pour Tétude, A part un petit nombre d'amateurs initiés, pei sonne n'en soupçonnait l'importance. La jeunesse laborieuse n'en profitait pas , et peut-être même le public pouvaitil nous accuser d'en parler avec quelque exagération.
Bientôt cet état de choses aura complètement cessé.
Les meubles qui nous étaient si nécessaires , viennent d'être terminés. Aujourd'hui déjà vous avez pu les voir à leurs places. Malgré leur nombre et leurs dimen-^ sions , nous avons assez d'échantillons pour les garnir et nous espéronafvous les montrer remplis à la prochaine séance générale. Alors, Messieurs, nous serons heureux d'ouvrir notre belle galerie à tous les curieux et d'offrir aux regards de nos concitoyens, oe résultat de nos efforts et de notre persévérance.
Mais revenons h nos finances. Vous avez déjà corn-* pris que nos dépenses ne seront pas moins exceptionnelles que nos recettes.
Nous avions à payer à divers fournisseurs et partie culièrement à notre menuisier, un arriéré de 13 à lïOÔ fr. -^ Les nouveaux meubles que nous venons d'établir, nous coûteront approximativement 2000 fr. De plus , nous aurons à régler la facture , non encore reçue, de notre dernier compte-rendu qui , beaucoup plus volumineux que les précédents, sera beaucoup plus cher. Enfin nous avons fait pour les collections proprement dites , une dépense proportionnée à nos moyens.
Vous voyez , Messieurs , qu'il ne nous restera gué-» re que l'équivalent de nos recettes ordinaires pour faire face aux besoins habituels de la société. Pourquoi cher-' cherions-nous à réaliser des économies et à nous faire une réserve de fonds ? Nos richesses ne doivent pas consister en écus , mais en matériaux pour notre musée et nous ne saurions mieux employer nos capitaux qu'en multipliant les acquisitions nécessaires à son développement.
Ici, Messieurs, se termine notre tâche. Pardonnez» nous si nous n'avons pas su la remplir d'une manière plus digne de cette assemblée. Mais quelle que soit votre appréciation , nous n'avons pas moins la confiance que vous partagez les sentiments dont nous sommes
animé nous même. Nous aimons tous la soeiété d*émtt« lation , parce que nous sommes attachés du fond du cœur a ce pays de Montbéliard, si remarquable par son activité ; nous sommes heureux et fiers de tout ce qui concourt à sa prospérité , à son avancement intellectuel et pourquoi n*ajouterions-nons pas : à sa gloi* re ! — Continuez donc vos généreuses tendances ; poursuivez noblement et sans idée de sacrifice, la recherche du bien. L'œuvre essentiellement honnête à la quelle vous consacrez vos soins , n'a compté jusqu'à ce jour , que des succès. Son triomphe définitif est entre vos mains : c'est , à nos yeux , une raison suf' fisante pour ne pas le mettre en doute.
D' Totfferd , fils.