‹ MémoiresChapitre 14 sur 62 · CD · texte numérisé non relu

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CONSTATATION DES PROGRÈS OBTENUS EN AGRICULTURE DEPUIS 40 ANS DANS LE PAYS DE MONTBÉLIARD.

Eocploitatim des terres.

Dans nos cantons , Tassolement triennal existe de temps immémorial.

La V sole est consacrée au froment avec fumure.

La S™^ sole est livrée aux céréales de printemps ; une partie reçoit en automne , après lé froment , du seigle sur deux labours, et, dans les exploitations riches en fumiers , on donne une demi -fumure ; on y cultive aussi , mais en minime quantité , Tescourgeon ou orge automnale, lies avoines sont semées après deux labours , dont Fun en automne. L'orge n'est confiée qu'aux terres de première qualité et bien ameublies par deux coups de charme , et l'on fume. Chez les exploitants , qui le peuvent , les avoines sont fumées , lorsqu'elles sont accompagnées de trèfle.

La 3™® sole est occupée par le trèfle rouge , surtout par les parmentières avec large fumure ; et depuis 1845 , époque de l'invasion de leur maladie , par des racines fourragères , telles que betteraves , carottes à collet vert , chouxnavets, etc. C'est bien ici le cas de dire qu'à quelque chose malheur est bon : ces plantes qu'on s'était empressé d'introduire dans nos terres pour remédier au défaut des pommes-de*terre , y ont maintenant acquis le droit de Cité ; les cultures sarclées se sont notaUement étendues. Aussi les jachères ont , pour ainsi dire , disparu , excepté celles qui sont indispensables au nettoyage des terres envahies par les mauvaises herbes , et quelques-unes encore là où le cultivateur manque d'engrais pour les cultiver avec avantage. Nous ferons peut-être bien de constater ici qu'en 1852 on en comptait dans le canton d'Audincourt 240 hectares , et que le recensement fait à la fin de 1856 n'en accuse plus que 180; 816 hectares pour tout l'arrondissement dont 410 pour le canton de Pont-de-Roide seulement. C'est un progrès.

Quoi qu'il en soit, avec des ressources en intelligence et en crédit, proportionnées aux surfaces exploitées, il ne doit, selon nous, plus exister de jachères, si ce n'est pour des terres exceptionnellement salies.

— nk —

Ce qui reste encore de jachères reçoit en labours préparatoires , pour le froment qu*elles doivent recevoir , deux et quelquefois trois façons à la charrue. Maintenant notre assolement est un triennat perfectionné qui , dans les cantons de la plaine , ne laissera plus dans la 3°*® sole de champs vides , au moyen des cultures étouffantes, telles que la minette et les vesces pour récoltes en vert. Il y a 40 ans les labours préparatoires étaient très^négligés , très-superficiels , les attelages faibles , trop peu nombreux. La 3"** sole ne r&cevait généralement qu'un dixième de pommes-de-terre et environ autant en trèfle ; le reste demeurait à l'état de jachères mortes peu soignées et envahies par les plantes adventices. Presque partout on semait trop d'étendue en raison des ressources en engrais. Nos cultivateurs comprennent aujourd'hui qu'ils doivent proportionner leurs cultures à leurs fourrages. Les attelages étaient chétifs et rares , disions-nous , c'est que les foins faisant défaut ; les animaux de travail recevaient une alimentation insufiSsanle , tant à l'écurie qu'à la vaine pâture.

La cause principale de l'état plus prospère de l'agriculture est , à notre avis , la multiplication notable , depuis 30 à 40 ans , des fburrages , 1** par une irrigation mieux comprise et

Elus soignée ; 2^ par des nivellements et des défoncements ien entendus dans les prairies ; 3'' par la création de prés naturels ; 4® par la culture si heureusement introduite , dans la généralité des territoires , des herbages artificiels vivaces , sans parler des trèfles qui entrent dans la rotation de l'assolement et qui sont cultivés sur une plus grande échelle , et S"" enfin par la culture très-étendue des plantes tuberculeuses qui non seulement viennent en aide à l'entretien des bétes laitières ou de celles qui sont soumises à l'engraissement ; maiâ encore améliorent singulièrement par le sarclage les terres destinées aux emblaves. On peut dire que l'effectif des étables et des écuries s'est doublé. L'immense majorité des communes a volontairement et sagement renoncé à la vaine pâture ; la stabulation a été proclamée m avantage incontestable^ sous tous les rapports ; de là sont résultées tout naturellement de notables quantités d'engrais , ce grand nerf de toute bonne culture ; plus d'animaux de taille et de poids , plus musclés , plus puissants ; et de là , possibilité de pratiquer le principe énoàcé par le bon Olivier-de-Serres : Le laboura^ ge et le fumage, c'est toute l'agriculture. En effet, on a

pu labourer profond et fumer le douI>Ie d'autrefois. Le marnage n'est négligé nulle part où la nature en fournit les moyens. L'usage du gypse est généralement adopté , mais sans tout le discernement désirable : nos ^cultivateurs ne connaissant pas assez la nature et la composition des terres diverses qu'ils ont à traiter.

Le drainage , au moyen des pierres et des tuyaux a été opéré sur quelques superficies avec succès ; et , s'il était pratiqué partout oîi il serait utile de le faire , les produits seraient considérablement augmentés et améliorés. Nous espérons voir bientôt la petite propriété s'associer pour assécher les terres qui réclament cet heureux procédé.

En résumé , le grand accroissement des masses fourragères et du nombre des animaux a constitué le mieux être des populations agricoles de notre çetit pays ; et un bel avenir s'ouvre à leur utile profession , si elles se décident à suivre le progrès et à profiter enfin des conseils de la science qui, depuis 10 à 12 ans leur offre généreusement ses ressources précieuses. '

Pour donner une idée des progrès obtenus depuis 30 à 40 ans, je citerai les exploitations des Gouttes, du Montchevis, du Sainans, dans le canton de Montbéliard, des Fontenelles, de la Bouloye, dans celui de Blâment. Les fermes, dans le canton d'Audincourt , toutes irès-ridies en prés naturels , n'ont pas augmenté en valeur et en produits , comme elles auraient dû et pu le faire. (L'exploitant devait nourrir plus d'animaux. )

Prix des terres par hectare.

(Depuis 40 ans le prix des terres s'est énormément élevé.)

Il y a iO atis. A l'époque actuelle.

Terres arables ou champs 1600 fr. . ... 3000 fr.

Prés 2800 4800

Vignes 1600 . ... . 1800

Prix d'amodiation.

Terres arables .... 48 fr 80 ft.

Prés 90 ...... 160

Vignes, on n'en loue pas.

f>armi les principales i^uscs de l'augnientation dès prix de vente et de locatioii des terres , nous croyons devoir compter Taccroissement des populations , les nombreux établissements industriels ; les journaliers, mieux rétribués, consomment plus , se nourrissent mieux , la vente des denrées est plus facile et plus avantageuse ; Tusage presque universel du café au sein des popidatioris rurales et ouvrières nécessite plus de lait que jamais i et enfiii la valeur du numéraire.

Frais de culture et de récolte d'un hectare.

Actuellement. Il y a iO ans.

Froment labour . . . . 24 fr. . ; . . 20 fr.

Semences 72 . . ; . . 72

Fumure, transports, éten-

dage 172 . . . 107

Mmssonnage 28 .... ; 20

Transport de la moisson . . 8 .... . 6 40 Battage; il vaut la paille.

tlapprôciiant ces frais divers de la valeur des produits iéceltes, on arrive aux résultats suivants :

Produit d'un hectare froment 396 fr. Produit 288 fr.

Frtis. .304 Frais 22» 40

Reste net. 92 Reste net 62 60

Seigle 2 labours . . i Semences. ....

Moissonnage ....

Transport. ....

Battage vaut la paiHe.

Produit 294 fr.

Frais 144

Reste net ISO

Avoine 2 labours ... 48 fr.

Semences 48 .

Moissonnage 28 .

Transport 8 .

Produit 240 fr.

Frais 132

Reste net 108

48 fr. . . . . 40 fr.

t^roduit Frais Reste iiet

220 fr.

. 40 fr.

Produit 200 fr.

Frais 110 40 Reste net 89 60

ActueUement. IlyaiO ans,

Orge 2 labours .... 48 fr 40 fr.

Semences 48 40

Moissonnage 28 20

Transport 8 Ô 40

Battage vaut la paille.

Demi-fumure. . . , , 86 . . . . . 53

Produit 336 fr. — fmisszpet 118 fr. Pnoduit 240 fr. —

frais =5 Dfit 80. 60.

Pommes-der terre.

Produit par hectare. . . . 672 . , . 512 fr.

id. frais 2 labours , 48 .... 40

Fumure, transport, ^ten. 172 .... 107 Plantage (journées de

femmes) Semences . . .

3 façons à la houe Arrachage . .

TrajDsport 4e récolte

Reste net 278 f . R«ste net 240 20 Prés naturels. Produit par hectare 392 ifr, Prod. 240 f.

Frais irrigation et autres . 8 fr- , . 8 fr.

Fauchage, fanage, et

transport 44 . ^ . 3©

Location. - .... 160 - .. 90

212 fr. 212 125 128

Reste net 180

Prés artificiels Frais et location

225 fr.

Reste net 95

Reste net 118 fr.

Reste net 78

Prix des denrées ; i^rix des récoltes.

Sur les marchés , les cours ont été soonûs à des varia^ lions , il y a 30 ou 40 ans , comme de nos jours. Ge$

Ilya

1 40 mis.

. fr.

variations, dans le prix des diverses denrées, ne tiennent, croyons-nous, qu'aux bonnes ou mauvaises récoltes, résultant des circonstances météorologiques favorables ou funestes à la fécondation , à la fructification , à la maturation , à l'opération des récoltes.

Taux de la journée d'un manœuvre.

ActueUement.

Journée d'homme . fr. i 50 .

id. de femme . . 1

Gages d'un domestique . 200

id. d'une domestique. i30

Cette différence de prix des journées, chez les aides agricoles , est , chacun le sait , la conséquence de la rareté des bras. Les ouvriers de la campagne se jettent tête baissée dans les ateliers industriels, au grand détriment de l'agriculture et sans profit d'aucune sorte pour eux. Je ne ferai pas ici le compte des misères morales et physiques qu'ils en rapportent. (Dans nos cantons, l'industrie manufacturière a pris un développement extraordinaire.) Une autre cause de la liausse du salaire des journaliers ruraux , est la hausse du prix de tous les objets de première nécessité , du prix de main-d'œuvre 'chez les artisans. Il faudra nécessairement recourir aux machines propres à remplacer les bras de l'homme pour le travail des champs.

Instruments agricoles.

Les instruments aratoires sont à très-peu près restfe les mêmes ; on les a bien améliorés, si l'on veut, en les modifiant sdon les besoins , tout en en conservant le fond. Il est certaines localités à terres légères et peu profondes oii Ton rencontrerait encore l'araire de Virgile. Chez les exploitants riches et avancés vous trouvez quelques nouveaux instruments , et nous pourrions en citer plusieurs qui font de louables sa* crifices pour donner de bons exemples. En France les bons instruments , les machines perfectionnées pouvant venir en aide à l'agriculture ne manquent pas ; malheureusement ils fie sont pas encore appropriés à toutes les natures de terre , à toutes les configurations de terrain, et leur prix élevé n'est

pas ik la portée de la généralité de nos cultivateurs qui sont de petits exploitants. Dans tout Tarrondissement les batteuses mécaniques ont à peu près remplacé le fléau ; celles à bras sont sagement délaissées. On en compte quelques-unes qui marchent à la vapeur ; beaucoup ont Teau pour moteur , le plus grand nombre sont mues par les chevaux et se perfectionnent tous les jours. Nous avons été à même d*en reconnaître , il y a deux ans , près de 580 pour l'arrondissement. Désormais le battage des céréales se fait promptement et les marchés n*ont plus à redouter les retards de cette opération.

Les défoncements , les défrichements , les grands travaux de terrassements, le percement des sous-sols qui favoriseraient très-notablement la production générale , sont si dispen-r dieux par le prix de main-d'œuvre qu'ils ne sont entrepris que par quelques agriculteurs pouvant faire des avances à leurs terres ; il serait urgent de faciliter rétablissement ou l'acquisition des machines en vue de ces diverses opérations ; pour cela il faudrait abaisser les droits d'entrée qui pèsent trop lourdement sur ces instruments où le fer est mis principalement en usage : nos maîtres de forges sont de vrais percepteurs.

Depuis quelques années , dans nos contrées , comme dans beaucoup d'autres, les troupes en cantonnement et en garnison , ont été d'un bien précieux secours aux campagnards pour les récoltes. Le Ministère de la guerre appréciant les besoins de l'agriculture, la rareté et la cherté de la maind'œuvre , s'est prêté bîenveillanMnent à ce service ; il a fait une œuvre utile , une bonne œuvré' ; et le gouvernement qui porte un intérêt si vif et si eflieace à l'agriculture , continuera certainement à autoriser nos brèves soldats i venir en aide à leurs frères cultivateurs. Pourquoi ne solliciterait-on pas le patriotisme de SIM. les industriels qui, eux non plus, dans l'intérêt général , comme dans le leur pïx)pre , ne refuseraient pas de tendre une main secourable à la Mère-industrie , sans h prospérité de laquelle les autres ne sauraient fleurir ; quinze à vingt joUmées par an d'une certaine portion de leurs ouvriers fourniraient assez de bras à nos campagnes pour Taccomplissement des travaux les plus pressants.

Il faut bien le dire , la force d'inertie et la routine ont encore un tel pouvoir chez les gens de la campagne que les machines , qui pourraient être pour eux d'utiles et puis^ sants auxiliaires , ne sont que peu ou point recherchées. Leur prix élevé , il est vrai , est aussi un obstacle , nous l'avoQ^

déjà dit ; mais l'association pourrait le surmonter facilement. Pourquoi les communes , qui en ont les moyens , ne feraientr elles pas racquisition de rouleaux perfectionnés , de moissonneuses , de faucheuses , de faneuses , de houes à cheval , de scarificateurs , de semoirs ? Elles les donneraient à bail à quelque efttrepreneur qui , tout en faisant les affaires de la localité , ferait également les siennes. Par l'emploi des machines on pourrait supprimer bien des bétes de travail et les remplacer par des bétes de rente ; et alors quels immenses résultats pour les produits en lait et en viande !

Tenue et fioucATioN du bétail.

Nos agriculteurs se livrent généralement à l'élevage , soit en faisant naître les élèves , pour les vendre après le sevrage , soit en achetant des élèves sevrés, pour continuer l'élevage jusqu'à l'âge adulte. Malheureusement les bons principes, qui seuls peuvent procurer tout le succès désirable à cette industrie, la plus difficile, la plus lucrative, la plus importante, sont loin d'être connus ou sont encore bien mal compris. C'est que nos campagnards manquent de connaissances spéciales nécessaires ou suffisantes ei^ zootechnie . en hygiène , en histoire naturelle ; l'enseignement élémentaire de ces matières est encore à créer dans nos écoles rurales; nous voudrions voir l'enseignement de l'agriculture pratiqué dès l'école primaire jusqu'à l'école polytechnique.

La suppression des parcours , pour les convertir en terres arables, en 1848, a été un bien, un progrès pour l'agriculture, on ne saurait le nier ; mais on a opéré avec trop de précipitation et souvent très-illogiquement ; on a poussé le principe à outrance , jusqu'à l'absolu toutes les fois que l'exécution de la mesure a été remise à des agents mal éclairés et ne connaissant pas assez les besoins de nos populations. Il ne fallait pas être si exclusif. Nous ne croyons pas qu'on puisse pratiquer convenablement l'élevage sans le parcours : pour la santé , la rusticité des animaux , il faut l'air , la liberté , le soleil , Tespace jusqu'à Tâge de deux ans à 30 mois ; quant aux bêtes de travail et de rente, elles doivent être exclues des parcours , si ce n'est pour cause de santé. Dans certaines localités I il y avait moyen de conserver des surfaces com-

munales trop rebelles à la charrue et très-propres au pareours; il faudra bien y revenir.

Nous sommes loin de rejeter le perfectionnement des races d'animaux par des croisements bien compris , au moyan de reproducteurs étrangers améliorés ; mais nous estimons que l'amélioration d'une race par elle-même , quand elle possède des qualités bien reconnues , la sélecMon , est ce qu*il y a de plus sage , de plus facile , de moins dispendieux. La nature a imprimé à tous les êtres, plantes et animaux ^ qui naissent dans tdles ou telles contrées des caractères qui leur sont propres « et c'est par l'influence d'un bon ou d'un mauvais régime que toutes les espèces se perfectionnent ou se dété^ riorent. Pourquoi aussi , malgré toutes les dépenses et tous les efforts des gouvernements qui se sont succédé en France , les espèces domestiques , à l'exception de la race ovine , sont-elles si peu avancées au point de vue du perfectionnement ? Ce sont les accouplements mal assortis , les changements fréquents de système et principalement le mauvais régime suivi dans l'alimentation des élèves qui en sont les principales causes. On ne fait pas consommer assez de grains aux jeunes animaux.

Dans nos cantons , chaupie commune subventionne un particulier chargé de l'entretien d'un ou de deux taureaux , cela est bien ; mais l'autorité supérieure ne devrait approuver qu'à condition que les reproducteurs fussent des animaux d'élite acceptés par un vétérinaire instruit , qui les reconnaîtrait aptes à perfectionner l'espèce tenue dans la localité. Nous dirons encore à ce sujet , dans l'intérêt des mœurs publia ques, de la décence « et même aussi pour leur meilleure ré* ussite y que \es saillies devraient avoir lieu à huis^los , H non en pleine rue , devant Fécole ou près de la porte de r& glise , ainsi que hélas j on le voit trop souvent dans nos villages.

Il y a 30 à 40 ans , l'élevage était encore moins bien entendu , ou n'avait point ou que peu d'égard aux vraies qualités des reproducteurs ; les animaux étaient mal hiveiiiés , et, dansla belle saison, ils étaient presque réduits aux ressource^ que leur offraient les communaux et la vaine-pâture ; l'espèce bovine était petite, légère, peu productive en lait et

Nous avoM appris qu'il a été poorvo à cet incoovéïiietit, par un arrêté 4e W. le Préfet , il ne s'agirait que de tenir la main à son ezécutioo*

en viande. Tandis qne aujourd'hui les plus beaux bœufs et le plus grand nombre de ceux qui sont conduits dans les abattoirs du Locle et de la Chaux-de-Fonds , sortent des étables et des pâturages de notre arrondissement. Aussi la différence de prix est-elle considérable.

/I y a 40 ans. Aujourd'hui.

Une vache valait .... 140 fr. •. , 200 fr.

Un bœuf de charrue , , . 240 . . • , 350 id. de boucherie, , . 300 , , . , 480

La consommation de la viande peut être évaluée à 80 ki** logrammes par ménage ; depuis 40 ans l'accroissement de cette consommation peut être portée à 30 pour ""/o. On calcule que le prix de la viande s*est élevé aussi d'environ 30 pour Vo-

L espèce chevaline a beaucoup gagné également en valeur vénale.

/I y a 40 ans, • ActueïUment.

Le prix d'un cheval allait à . 380 fr. . . à SOO fr, id. d'un poulain de six mois 120 » • , 200

Il est difficile de prévoir exactement quel avenir est réservé «hez nous à l'espèce chevaline. L'industrie, si développée dans ce pays, nécessitera toujours Tentretien de beaucoup de chevaux. L'agriculture nécessairenaent devra les conserver et les préférer, comme bêtes d'attelage, pour la qualité de leurs fumiers, dans les contrées à terres argileuses, compactes et humides ; dans les territoires très-étendus , éloignés des bâtiments ruraux , pour 1<» transports et surtout pour les récoltes qui toujours doivent être faites avec célérité. . Comme cheval de guerre , pour Fartillerie , • le train des équipages; pour le trait léger, pour omnibus et service de chemin de fer , nos chevaux , si bien musclés , robustes , ardents et dociles , seront toujours recherchés ; leur élevage sera donc toujours avantageux.

Nous sipalons avec plaisir un progrès considéraUe dans la construction des bâtiments ruraux. Il fut un temps oh

ils étaient fort mal établis et d'une bien mauvaise distribution' Les étables et les écuries étaient basses , obscures « sans aération , étroites , insuflfisantes. Aujourd'hui ces établissements sont mieux appropriés à leur destination , plus vastes » de dimensions bien proportionnées , bien disposés pour la ventilation , au moyen de cheminées d'appel ; vous en rencontrez de plafonnés , bien tirés en blanc , pavage sur une douce déclivité, propre à faciliter l'écoulement aes liquides fertilisants dans des fosses à purin , sans fatiguer les membres des animaux. La tenue y est bien meilleure aussi ; les fumiers , au lieu de séjourner pendant des semaines entières sous les animaux , qui haletaient , par les chaleurs dans des miasmes délétères , sont enlevés chaque jour. Bétes et gens avaient à souffrir des émanations ammoniacales.

A l'extérieur , les tas de fumiers ne sont plus exposés à l'ardeur du soleil et de manière à perdre la moitié de leur volume , leurs principes utiles , comme dans un temps , où les eaux pluviales les lavaient et entraînaient ce qu'ils contenaient de plus précieux. Les purins, presque partout, sont conservés soigneusement et employés en temps opportun : on a reconnu généralement la richesse de cette sorte d'engrais. Abandonnés ^u hasard, ils se répandaient sur la voie publique , infectaient l'atmosphère et favorisaient l'insalubrité des villages. On trouve maintenant beaucoup de fumiers abrités sous des hangars , derrière des murs , avec pompes servant à les humecter pendant les chaleurs de l'été. Quant aux purins qui salissaient les rues , infectaient l'air , certaines mesures de police ont produit un excellent effet sur l'hygiène publique et sur la fertilité des terres. En général, les étables et les écuries sont mieux tenues , et l'on peut , à cet égard, citer le canton d'Audincourt comme se distinguant avantageusement de ceux de l'arrondissement ; nous avons dû le constater souvent dans nos courses agricoles , et il est certaines communes oii les vieilles constructions auront bientôt fait place aux nouvelles* — Que la demeure des animaux s'y prête plus ou moins bien ^ la stabulation est ici gé«nérale ; les bénéfices de cette pratique sont appréciés pour les attelages . et pour les vaches laitières , la somme des résidtats avantageux qu'elle a procurée à notre agrîcidture est considérable. Faisons des vœux pour que, dans le code rural, qui nous est promis depuis si longtemps , la vaine pâture , cet usage digne des temps de barbarie , bonne tout au plus dans

la première période* de l'agriculture , je veux dire la période pastorale ou pacagère , soit à jamais abolie.

Ce n*est pas que je prétende qu'il n'y ait , snr ces divers points , rien à reprocher à beaucoup de nos cultivateurs. Souvent Fincurie les maintient dans la mauvaise routine ; mais plus souvent les moyens pécuniaires sont un obstacle à l'incitation ou ià l'adoption des bons procédés.

Encore , nous ferons remarquer que beaucoup d'bébergeages et constructions attribués à la culture sont devenus insuffisants depuis que les terres ])roduisent plus ; mais le campagnard recule devant la bâtisse , surtout lorsque ses enfants sont nombreux ; en ce cas , nous sommes assez dispos^ à l'approuver , car les bâtiments ab^rbent beaucoup de capitaux et rapportent peu ; il en faut le moins possible. Comme dans certaines parties de la France , nous pourrions par économie établir des meules pour les céréales et pour les fourrages ; mais dans notre pays , si accidenté, le t,emps est d'ordinaire peu constant, les pluies sont fréquentes, ce système serait moins facilement praticable.

Pour ce qui touche la question si grave , si sérieuse et si difficile de la division de la propriété , du morcellement des terres , nous exposerons ce qui existe au milieu de nous. Les terres sont très-divisées ; à l'exception de quelques fermes assez considérables, qous n'avons que de fort modestes exploitations ; mais au moins les prolétaires sont rares , l'aisance est commune. On peut facilement se convaincre, en parcourant nos cantons , que jusqu'à présent les petites cultures ne le cèdent en rien aux grandes par la manière dont les terres sont tenues et par les produits qu'elles offrent. On nous dira , et ce raisonnement est fort juste , que la grande culture seule peut attirer les capacités agricoles , en leur offrant un vaste champ d'opérations qui puisse récompenser leurs efforts , et en permettant en même temps d'opérer de larges améliorations. Sans être très-avancés, nous avons fait des progrès réels , et c'est surtout depuis l'heureuse révolution de 1789. Dès cette époque le nombre des propriétaires s'est singulièrement multiplié. Les vastes domaines se sont morcelés. Tout paysan a tenu à posséder un peu de terre ; il faut s'en réjouir pour bien des motifs que ce n'est pas ici le lieu d'énumérer. Il cultive bien mieux et avec beaucoup plus d'ardeur la terre qui lui appartient et qu'il espère étendre encore et iransmettre à ses enfants que pour le compte d'autrui. Eï

jamais grands ou petits fermiers , à moins d'êtfe mis dans ïes circonstances voulues, dans leur intérêt ^ comme dans celui des bailleurs, ne cultiveront les champs comme les propriétaires eux-mêmes ; cela est bien connu et ceh est dans le cœur de Fhomme.

On a pensé aussi que la grande culture seule pouvait employer les instruments nouveaux , se livrer à l'amélioration des animaux perfectionnés , varier les assolements , en augmenter le nombre. Quoi qu'il en soit des diverses opinions émises sur le morcellement du sol , nous estimons que dans cette contrée, où le parcellaire est très-divisé, on trouve plus de bien-être que dans beaucoup d'autre^ où les domaines occupent de vastes étendues. Nous finirons par avancer que si l'esprit d'association bien compris entrait dans les idées des petits propriétaires pouf les attelages , pour les instruments aratoires perfectionnés, pour certaines parties de l'économie domestique , ils verraient promptèment prospérer leur position matérielle , leur bien-être moral ^ tout en s'épargnant bien des sueurs , se mettraient à même d'entreprendre de sérieux et grands travaux d'amendement et d'amélioration , et par suite de fournir à la consommation de plus grandes masses de denrées, à des prix modérés et suffisamment rémunérateurs^

L'agriculture ^ bien que progressive chez nous , est encore bien loin d'avoir atteint le degré de perfectionnement auquel elle est parvenue dans certains Etats. Le drainage, pour lequel le Trésor s'est imposé un lourd sacrifice ^ et les atitres perfectionnements qui sont en voie de s*accomplir en France , augmenteront infailliblement assez la production pour que ce beau pays devienne le meilleur grenier de l'Angleterre (quoi qu'en dise lord Malmesbury) ^ et n'ait que rarement à tirer lui -même de l'étranger.

La différence moyenne entre fa production et la consommation est peu considérable ; selon les calculs des bonnes statistiques , elle n'atteint pas 2 pour ""lo ; la moindre amélioration dans la culttn'e la comblerait facilement.

Vous aimerez sans doute , Messieurs , connaître comment se sont réparties , depuis 41 ans , les années d'exportation et d'importation.

Voici des chiffres extraits d'un excellent travail de M^ Frédéric de Coninck ancien négociant au Havre*

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