XXXVI HISTOIRE DB LA GOMPAGNIB
VOUS avez Tait depuis la séance de novembre. Entre autres communications et lectures , nous n'aurons garde d'oublier les articles de M. Eugène de Beaurepaire sur le Liber dtumus , édité et commenté par Tun de nos aimés directeurs, M. Eugène de Rozière ; de M. Gervais, sur la question toujours pendante de Vascia ; de H. Cauvet , sur la curieuse brochure de notre infatigable bibliophile M. Renard , auquel vos suffrages unanimes confieront demain la garde de notre bibliothèque ; de M. Charles Hettier, de M. Féron de Longcamp et de M. Le Rioult de Neuville, que nous devons remercier d'une façon toute particulière pour Texcellente Notice sur les SouterrainS'Refuges du Pays^'Auge, qui mérite de fixer Fattention des antiquaires et des archéologues; enfin, de M. Roessler, Factif et intelligent secrétaire de la Société /lavraise d'Études diverses; nous ne saurions trop louer le zèle et le talent qu'il met à lire et à analyser, pour nous, les savants ouvrages qui nous viennent de la Russie et de toutes les parties de la docte Allemagne. Cette dernière livraison contiendra sans doute le compte-rendu du congrès de Copenhague , dont nous avons eu la primeur, grâce au très-intéressant compte-rendu de M. Roessler.
Mais là ne se bornent pas nos travaux, j'allais dire les exploits de notre Société. En eflTet, chaque année, depuis que l'un des ministres de l'Instruction publique , un Normand qui figure sur nos listes, M. Rouland, adoptant l'idée féconde de M. de Caumont , le fondateur de notre Société et le fondateur des Congrès scientifiques^ a institué, en 1860, les solennels Congrès des délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne, où se réunissent les forces vives de l'intelligence française , naguères disséminées sans cohésion et partant sans vertu , depuis , dis-je , que ces assises pacifiques de la science et de l'érudition sont organisées , notre Compagnie envoie chaque année une vaillante députation de ses délégués qui ne reviennent jamais sans les honneurs du combat. Comme les années précédentes , elle a été dignement représentée aux assises solennelles de la Sorbonne. Dix-neuf de ses membres titulaires ou correspondants y ont figuré, c'està-dire qu'ils y ont été appréciés et applaudis. Entre autres , et à leur tête, comme toujours, notre secrétaire, H. Charma, non content de payer de sa personne,' en lisant pour son propre compte, à la section d'archéologie , un résumé des fouilles pratiquées à Conteville , sur l'emplacement
ANNÉE AC/LDÉmqvE 1868-1 869, xxxvii
de la bataille des Duues , qu'il avait rédigé , comme il le savait Taire en maître qui retrouve son bien partout , d'après les notes et les renseignements de M. Tabbé Le Cointe, le savant curé de Cormelles, et de plus, en relisant à la section d'histoire et de philologie sa Théorie des facultés de Câme^ lecture qui a donné l'occasion d'une joute courtoise des plus applaudies entre M. Charma et M. Jeannet, professeur de philosophie à la faculté de Montpellier ; non content de cette double lecture , M. Charma se présentait tantôt à l'une, tantôt à l'autre section pour lire et défendre au besoin les mémoires de nos confrères absents. Rien n'est plus respectable ni plus touchant que cette vaillance de zèle pour soutenir , au mépris de sa fatigue et de ses forces épuisées , l'honneur de la Société , qui semblait ne vivre qu'en lui , bien qu'elle eût, en ce champclos de nobles luttes du travail , de nombreux et de dignes représentants, tels que MM. Léon Puiseux , Gaston Le Hardy , Joly , le baron Dunot de Saint-Maclou qui se firent apprécier et vivement applaudir pour des travaux qui contribueront à la richesse de nos Mémoires. Je n'aurai garde d'oublier M. Caillemer, que nous revendiquons comme nôtre, lui qui, tout nourri des fortes études juridiques de notre Faculté si renommée, porte à la Faculté de Grenoble les glorieuses traditions de notre célèbre École de droit de Caen.
M. Doigueaux, l'un de nos correspondants, a su révéler un consciencieux observateur de plus, à propos des outils de l'âge de pierre découverts aux environs de Nemours. La sagacité de ses observations, la netteté et l'exactitude de ses descriptions de hachettes , de pointes de flèches , de couteaux, de canifs et autres instruments tranchants, le feront consulter dans le grand travail d'ensemble, qui devra un jour résumer toutes les explorations de la science autéhistorique, quand on aura suffisamment bien exploré, fouillé et compris enfin ces archives de la pierre, ces catacombes antédiluviennes dont M. Boucher de Perthes à entr'ouvert la porte. Question ardue ; beaucoup eu parlent ; chacun en dit trop, personne n'en dit assez : Multimvlta, quisque plura^ nemo satis. En attendant la solution, remontons donc sur notre sol connu, très-connu même du Yal-des- Dunes , dont nos confrères , MM. les abbés Noël et Le Cointe voudront bien surveiller les explorations prochaines ; car les découvertes déjà faites sont de nature à encourager de nouvelles recherches.
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Nous n'épuiserons certes pas la noinenclature des lectures inscrites au tableau et qui ont été faites ou eussent pu Têtre par tous nos délégués , puisqu'elles sont indiquées dans notre Bulletin, p. 259, au MonUeur universel, au Jmmal officiel et dans les divers organes de notre presse normande ; mais u'oublioos pas de signaler la notice de M. de Formeville ,
l'un de Yos anciens secrétaires, sur Y Evêché-Gomté de Ldsieux, qu'il étudie depuis qu'il étudie» c'est-à-dire depuis sa jeunesse, et durant toute sa carrière de magistrat. Combien le vtmes-nous» alors qu'il était con^ seiller à la Cour impériale, venir consulter un à un, tous les poudreux dossiers de son évêcbé de Lisieux, qui n'étaient pourtant point encore classés. Un si constant labeur nous assure , nous l'espérons de tout cœur, un exegi monwkentum durable.
Mais c'eo est assez de nos travaux et de nos efforts , quand on va à la peine on peut aller « oMi Guerdon, » à la récompense. — Elle ne nous a pas foit défaut. Elle nous vient de tous côtés et sous toutes les formes : — Le nom des savants de tous pays, qui sollicitent l'honneur de vous appartenir, prouve l'estime où l'on tient notre Compagnie. — Les aUocatloas que nous accordent ie Conseil général et le Ministre de riostructiou publique, attestent à la fois leur généreuse bienveillance et la considération dont nous jouissons. J'ai eu l'occasion de voir , au Mi-* •nistère , les notes que le Comité des Sociétés savantes donne aux diverses Compagnies de la province, et c'est avec bonheur que Je puis vous dire que la Société des Antiquaires de Normandie est au premier rang pour l'histoire. Honneurs soient donc rendus plus particulièrement à nos historiens : à MM. Hippolyte Dassin et Léon Puiseux , dont les lectures ont autant de succès en pleine Sorbonne que dans nos séances publiques et privées.
Aussi , Messieurs , nous estimons-nous heureux d'avoir cette aanée mène fait un peu violence à la modestie de quelques-uns de nos oonfrèros. Lorsque M. le Recteur nous demandait à quelle branche d'études spé-* ciales se rattachait plus particulièrement la compétence de notre âo«ciété) pour la formation du jury auquel devait être soumis l'examen des ouvrages envoyés au Goncouns impérial,, orgattisé dans chacun des seiae ressorts académitques de l'finpire, aiii de décerner le prix de mille francs à l'ouvrage jugé ie meilleur sur «quelque point à^ arehéoloffû^ A^hisioire fwlitique ou littéraire , ou de science^ nos confrères, trop
ANNIÎE AGADÉMIQUE 1S68-1869. XXXIX
modestes seloa nous, voulaieDt répondre que la Société n'avait compé-* tence que pour V archéologie.— ^ais après mûre délibération, la Société^ relisant l'art. 1" de ses statuts de 1823, de 1844 et de 1856, invariable sur ce point qu'elle s'occupe de la recherche des antiquités et des études relatives à t histoire nationale; considérant aussi Tensemble des travaux historiques, qui ont si fortement établi sa réputation, crut pouvoir, saii& présomption aucune, se déclarer compétente à envoyer un délégué au jury du concours ù! histoire politique ou littéraire.
En conséquence, sur Tinvitation de M. le Recteur, elle élut au scrutin secret son honorable président , M. le conseiller Renault, comme délégué spécial pour faire partie du Jury.— Deux de nos confrères prirent part au; concours oii dix-sept candidats entrèrent en lice; et le 16 novembre, dans cette même salle, où M. Demolombe, Téminent doyen de la Faculté de Droit, daigne nous offrir une graciease hospitalité, dont nous Le remer*cions avec respect et gratitude, vous avez pu entendre Tun de nos confrères , dont la verdeur semble se raviver , d'année en année , exposer les divers titres des principaux candidats , résumer ou plutôt développer la décision de la Commission et vous dire que des membres du jury eussent décerné le prix à notre confrère M. Gaston Le Hardy, si deux autres concurrents ne lui eussent enlevé toute chance de succès. Les justes et très-légitimes éloges que M. Julien Travers a donnés à l'ouvrage que le jury tout entier eût voulu couronner aussi, s'il y avait eu deux couronnes, vous donnent, Messieurs, l'idée de la perfection et du mérite hors ligne de l'ouvrage de notre cher confrère » M. Léon Puiseux, qui obtint le prix.
Ce succès purement intellectuel, fruit d'une vie toute vouée au travail,, dut particulièrement réjouir le cœur de notre savant ami; car il emportait, comme couronnement suprême de ses bonheurs successifs, cet adieu de la ville de Caen , oh il avait bien droit de cité , après^ un séjour de près de trente années exclusivement consacrées à l'étude de son passé, comme à l'enseignement de la jeunesse de notre beau lycée, source et théâtre de ses succès les plus chers. Aussi, rappelons^ pous avec quelle joie et quelle émotion contenue il se voyait , à l'on» verture de la séance du 13 aofit dernier, entouré par chacun de noua s'empressant de le féliciter cordialement de la distinction , dont le Mi-