LÉPROSERIES ET MALADRERIES
ElSr ISTOI^Idl^NDIB ,
Par m. RENAULT,
Présîdenl de la Société des Antiquaire» de M>niiandie«
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Tous ceux qui s'occupent d'études historiques connaissent, et en particulier les lecteurs des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, un travail de M. Lechaudé-d'Anisy, publié par la Société et intitulé : Recherches sur les léproseries et maladeries dites vulgairement maladreries^ qui existaient en Normandie (1). Dans ce travail, l'auteur a signalé 219 léproseries ou maladeries. Nos lectures et nos recherches nous ont révélé l'existence de beaucoup d'autres léproserieç que notre travail a pour but de faire connaître, en ajoutant aussi quelques nouveaux renseignements à ceux fournis par M. Lechaudé-d'Ânisy sur plusieurs des léproseries ou maladeries dont il s'est occupé.
La lèpre, cette affreuse et cruelle maladie, a porté indistinctement les noms latins de Lepra, Misellaria, et en vieux français ceux de Mesel ou Mesiax. Les maisons ou hôpitaux destinés à recevoir les lépreux se nommèrent Léproseries, Maladeries, Maladreries, et furent presque toujours placées sous l'invocation de sainte Madeleine. On les mettait généralement en dehors des villes et des boui^s, dans des lieux écartés et bien aérés.
(i) Voir les Mémoires de la Société^ t. XVII, p. i&O.
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€'èsl une erreur de croire que la lèpre ait été apportée d*Orient à la suite des Croisades : beaucoup de léproseries existaient avant cette époque. La lèpre se trouve liée à T histoire des Hébreux ; car nous voyons cette nation en être affligée durant Ba longue captivité en Egypte^ et remporter après sa délivrance* Les lois de Moïse nous montrent Ttaorfeur que ce mot ÎDsiHrait au peuple, puisqu'elles commandaient de séquestrer les malheureux qui en étaient atteints.
Au yp siècle, le nombre des lépreux répandus dans les Gaules était déjà assez considérable pour appeler sur eux Fattentiou des conciles provinciaux ; c'est ainsi que le concile d'Orléans, tenu dans le Vr siècle, impose aux évêques l'obligation de visiter les lépreux et de les assister des revenus de l'Église ; que celui de Lyou^ tenu en 585, les leur recommande pareillelement, > afin que l'Église leur fournisse le nécessaire, et qu'ils ne puissent t avoir aucun prétexte pour se mêler avec les autres hommes. »
Plusieurs papes et beaucoup d'évêques, parmi lesquels se distinguèrent dans notre province ceux d'Âvrancbes, de Goutances et de Lisieux, prirent un soin tout particulier des lépreux, et rendirent des ordonnances qui révèlent l'esprit de charité qui les animait pour les malheureux, objet de leur sollicitude évangélique.
Les rituels des XIY* et XY" siècles contiennent aussi des dispositions relatives aux lépreux, et on y voit de combien de cérémonies consolantes l'Église entourait leur séquestration. Un rituel de Paris nous fait connaître les formes qu'on observait dans cette circonstance. Le prêtre allait chercher le malade processionnellement dans sa maison et le conduisait à l'église , où l'on célébrait la messe. Ge n'était point la messe des morts et la pompe des funérailles ; un tel usage fut expressément défendu dès le XV siècle. On célébrait la messe du jour ou celle du Saint-Esprit , avec l'oraison pro infirma ^ ou bien encore une messe spéciale dont les pensées étaient appropriées à la circonstance. L'introït se composait de ce verset du psaume 37 : Sagittœ tuœ infixœ sunt mihi. . . humiliatm eum nimis.
L'épitre était fournie par le chapitre v du quatrième livre des Rois , qui rappelle la guérison de Naaman , par Elisée.
L'évangile était ouvert au passage où se trouve racontée ta guérison des lépreux de Samarie.
Le graduel, Toflertoire, la communion, les oraisons étaient aussi conformes au sujet.
La messe terminée, le lépreux était conduit en procession, au chant des litanies, à la demeure qui lui avait été préparée. On lui faisait certaines défenses, communes à tous les lépreux, comme celles d'approcher des personnes, de toucher à rien de ce qu'ils marchandaient pour acheter, sinon avec une verge ou un bdton ; d'entrer soit dans les églises, moulins, fours et tavernes, soit dans les assemblées ou marchés, de boire ou se laver en aucune fontaine ou ruisseau. Ils devaient toujours se tenir au-dessous du vent quand ils parlaient à quelqu'un, et sonner leur tartavelle ou crécel pour avertir les passants. Après ces défenses faites au lépreux , le prêtre bénissait sa maison, son mobilier et se retirait, en laissant par ses exhortations du baume sur cette douleur , comme TÉglise en a pour toutes les blessures. Ainsi, il n'est donc pas vrai qu'au XII* siècle les lépreux fussent conduits à leur retraite par des prêtres psalmodiant l'Office des Morts, puis dépouillés de leurs vêtements pour revêtir, avec une robe d'uniforme noire, la livrée de cette mort anticipée.
Les monastères, en général, montraient de la bienveillance pour les lépreux. Les religieux de Giteaux faisaient cependant exception : ils renvoyaient dejureles novices qui se trouvaient atteints de la lèpre, et ne toléraient jamais le séjour des lépreux aux environs des maisons de leur ordre.
Les lois civiles, d'accord en cela avec celles de l'Eglise, se préoccupèrent aussi des lépreux, et les Capitulaires de nos rois nous indiquent les mesures adoptées pour arrêter autant que possible les ravages de la lèpre. Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, fit établir plusieurs léproseries dans cette province, et stimula les libéralités de ses peuples pour fonder de pareils établissements, qui y devinrent si nombreux que chaque ville, chaque bourg, et même des villages un peu importants, avaient leur léproserie ou maladrerie. On vit souvent plusieurs villages se réunir pour en avoir une qui leur était commune. Louis YIII , par son testament fait en l'année 1225, légua cent sous de rente, environ Sli livres de notre monnaie actuelle , à chacune des deux mille léproseries de son royaume.
Des travaux de dessèchements et de défrichements entrepris par les religieux, la condition du peuple modifiée à son avantage, finirent par
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diminuer les effets de la lèpre, et ameDèrent successivement Tabaudon de presque toutes les ilmladi^eries ou léproseries rurales. D'abord, et le pins souvent, les dotations de ces ét^blisserafiânts furent réunies aux revenus de la cure; mais Louis XIY, ûptès avoir donné une nouvelle destination aux établissements que les lépreux avaient occupés, rendit, en 1696 , une ordonnance qui réunit les léproseriôs aux hôpitaux ou autres établissements les plus voisins des lieux où elles étaient situées.
On a trouvé deâ pierres tcHâbales recouvrant les restes de lépreux. Elles représentaient tes pauvres meseaut la tête nue, les mains jointes, et vêtus de leur robe ^rrée d'une ceinture d'où pendait la claquette ou crécd, ce signe distinctif de leur condition, qui les accompagnait jusqu'au tombeau. Dans des lieux destinés à leur sépultui^, on a découvert aussi des vases funéraires encorci remplis de charbons, anciennes cassolettes des funérailles chrétiennes du tnoyen-âge, des vases à eau bénite et surtout à encens, ainsi que des médailles d'une grande variété.
Abbeville (Maladrerie d'). — L'ancienne maiadrerie d'Abbeville était assise dans la paroisse de Benneville-sur^Fécarop, archidiaconé du Grand- Caux , doyenné de Yalmont, diocèse de Rouen. Elle a été unie à l'hôpital général du Havre, D. Toubsaints-Duplessis, Description de la Hauie-Nor^ mandie, t. 1", p. '^G? et 691.
Angervillr-la-Martel (Léproserie d'). — L'ancienne chapelle-léproserie d'Angerville-la-Martel était assise dans le doyenné de Yalmont, au diocèse de Rouen. Dans le XY' siècle, cette léproserie se nommait la chapelle ou léproserie des Sts-lnnocents d'Epreville, et plus tard la chapelle des Sts-lnnocents de la Croix -de-Pierre. Le seigneur du lieu y présentait. Ses revenus, lors de sa suppression, furent réunis à l'hôpital de Graînvîlle-la-Teibtnrîère. Duplessid, t. i'% p. 2?7.
Annbvill£-bn-Sairb (Léproserie d'^. — La chapelle-léproserie d'Anneville-en-Saire était assise dans le doyenné de Saire, archidiaconé du Gotentin, au diocèse de Coutances. Nous la trouvons ainsi mentionnée dans le livre blanc de Tévêché : « Ibi est alîB capella omnium sanctorumque « nmi est anneta ecclesiae pn» leprosis parochiœ. Capellanus dicte rapelle • « omnes fructus percipit et habet curam dicte capelle et leprosorum. >
110 NOUVELLES DÉGODVBRTE^
Appeville-Annebaut (Léproserie d'). — L'ancieDue léproserie d'Appevilie-Aiinebaut était assise dans le doyenné de Pont-Audemer, archidiaconé du Petit-Caux, diocèse de Rouen. Appeville-Annebaut fait partie aujourd'hui du canton de Montfort-sur-Risle (Eure), diocèse d'Évreux.
Cette léproserie Tut sans doute fondée par un des comtes de Montfort, au retour de Tune des croisades du XP ou XIP siècle ; elle était placée sous le vocable de Ste Marguerite et près d'une fontaine dite la Fontaineavs-Malades. Cette léproserie portait aussi le nom de VOrtier, parce que ses bâtiments et sa chapelle de Ste-Marguerite dépendaient du fief de rOrtier. Le roi , les chanoines de Cléry et les seigneurs d'Annebaut présentaient successivement à cette chapelle. On Ut dans le pouillé d'Eude « Rigaud : « In leprosaria de urticeto est quaedam capella , ad quam ref ceptus fuit Johannes dictus archiepiscopus , ad presentationem domini « régis Francia»... Bulletin monumental^ t. XX, p. 264. — Menu et notes de M. Aug. Le Prévost svr le département de l'Eure , t. 1", p. 128. — Duplessis, t. Il, p. 412. Canel, Essai sur Pont-Audemer, t. II, p. 290.
Arthies (Léproserie d') , — L'ancienne léproserie d'Arthies était assise dans l'archidiaconé du Yexin français, doyenné de Magni, qui jadis faisait partie du diocèse de Rouen, et appartient aujourd'hui à celui de Versailles. L'existence de cette léproserie nous est révélée par un passage du registre des visites pastorales de l'archevêque de Rouen, Eude Rigaud, dans lequel on lit, à la date de l'année 1255 : Jordanus persona leprosarie de Arthies.
Auberville-la-Campagne (Léproserie d'). — L'ancienne léproserie d'Auberville-la-Campagne, près de la chaussée de Lilleboune, était assise dans le doyenné de Yalmont ; elle était sous le vocable de S. Amadour ou de S. Amateur, et dépendait de l'abbaye de Yalasse. Lors de sa suppression, l'hospice de Caudebec hérita de ses biens et revenus. Duplessis, t. P% p. 629.
Aumale (Léproserie d'). — L'ancienne léproserie d'Aumale était assise dans le doyenné de ce nom, archidiaconé d'Eu, diocèse de Rouen. On lit dans le registre des visites pastorales d'Eude Rigaud, que ce prélat con-