‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 95 sur 101 · DE LA PEINTURE SUR VERRE · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE SUR VERRE

L*histoire de la peinture sur verre se rattache à celle de Tarchitecture : pendant long-temps , on

6fi« ARCHITECTUIIB RKLIGIKUSC

avait revêtu les nrarailles de peintures à fresque et de mosaïques ^ lorsque Fidéë vini d'imiter ces mêmes peintures sur les vitres* De là cette trans* parence si agréable , cet effet surprenant , produit dans certaines églises gothiques , et , pour ainsi dire , cette teinte religieuse qui résulte de la variété des couleurs présentées à Tioeil.

LNisage des vitraux peints contribua certainement à faire adopter celui des grandes fienétres^qui devinrent communes à la fin du XIII^ • siècle; car la peinture^ voilant la lumière^permit de pratiquer de vastes ouvertures sans donner trop de jour, tandis qu'auparavant , pour conserver aux grands 41ifices cet air sombre qui leur convient si bien , il avait fallu employer des fenêtres étroites et lais&et beaucoup de massifs. Cest ainsi que j dans le même temps , la peinture sur verre se perfectionna 9 et les édifices prirent une légèreté tdle que leurs murailles furent pour ainsi dire transparentes.

On ne sait pas positivement quelle est Pofigine de la peinture sur verre^,' ni dans quel pajri elle fut inventée ( i ) ; plusieurs antiquaires pan-

(i) Dans IX*. siècle, les TÎtraut peÎDti étaieot en astge tu Italie, car Léon III fit Titrer régliie de Saint-Jean de Latraa avec du Terre de difierentef couleun. Fleûry , ). XLVI.

sent qu'elle a pris naissance en France ; on peut dire au moins avec certitude qu'il n*y a pas de contrëe où elle ait été plus cultivée et mieux appre'ciëe (i) ; la Normandie surtout a été richement décorée de ces tableaux translucides , et la ville de Rouen en conserve encore de précieux restes. M. Langlois,littérateur et artiste distingué, les a fait connaître par les gr^^ures et Inintéressant mémoire qu'il a publiés deruièrement sur les vitraux peints.

Dans rXI^. siècle , on n'employait que rarement et partiellemeiy les vitres coloriées : on n^y voyait point encore de personnages ; mais seulement de^ pièces de verre peint taillées de différentes manières , et formant une mosaïque transparente , par la variété de leurs vives couleurs (9).

Dès la fin du XII^. siècle , on commença à trouver , au milieu de ces mosaïques , quelques petites figures , et même des scènes entières ,

(1) Plotîeiirs peintres sar ferre obtinrent des priTiléset de Charles V, de Charles Vi , de Charles VII et de Charles YlII. ( Mém. de M. Hyacinthe Langlois , sur les Titraux de Rouen. )

(9). Sur la tapisserie de la reine Mathilde il y a deux egli^rs où Ton a cherché à rendre l'effet des vitraux peints dans TXl** aiècle > en employant alterûatirement de la laine bleue et de U bine rouge. ( Obserration communiquée par M. Lambert. )

^64 ARCHlTECTCRfi RELIGIEUSE

dessiaëes et encadrées dans des espèces de mé^ dallions ( i ) ^ mais on y remarque une grande barbarie de dessin.

L^art fit des progrès bien marques sous le règne de St. -Louis ; néanmoins on trouve encore un dessin sec et roide , des formes Inarticulées et sans relief^ des têtes naïves , mais grossières, informes et sans expression (a). Les vitraux de la cathédrale de Rouen , que M. Langlois a pubb'és et rapptk*tés au règne de Philippe -le - Hardi , se distinguent par la confusion des objets qu'il représentent.

Pour donner une idée nette de Pétat de ce genre de peinture dans le XIII^. siècle , il me semble indispensable decitei^le passage suivant, tiré du traité de la pemture sur verre ^ par Pierre Levieil (3).

a On vit paraître, dit-il, dans le XUI^. siècki « sur les vitres , beaucoup de sujets tirés de n Pancien testament ou des actes du patron dn « lieu y d^un goût conforme à b manière de

(i) II est bon de remarqjier le rapport qui existe entre la •culptare et la peinture sur verre. Nous avons dit plus bant qu'à peine on trouve quelques demi-reliefs dans TXI*. aiècle ( pl« 1 , fig. 5, 6 ) , et qu'au contraire les statues se multiplièrent à la fin du XII*. et an XIII*. siècle. De même , dans la peinture y on ne trouve de figures sur les vitres , que depuis la même époque.

(s) Mémoire de M. Langlois , sur la peinture sur verre.

(3) Le même passage est rapporté dans l 'ouvrage de M. Langloit.

DU MOYHJI AGE. 665

m dessiner de ce temps-là ; d'abord un simple

« trait sans ombre , comme dans le siècle prë-

« cèdent. On essaya ensuite d^j fonner quel*

« ques hachures , qui donnèrent plus de relief

€ aux draperies ; ces vi res étaient ordinairement

« retenues dans des vitraux de fer dWe seule

A et même forme , ou séparés en plusieurs

Il parties par des meneaux de pierre • Ces tableaux^

« dont la figure et la superficie étaient souvent

« différentes dans les mômes vitraux , rondes ou

m ovales I posées en losanges ou coupées à

« pans , étaient , quant à la partie historique ,

« appliqués sur un fond de vitres , composées

« de pièces de rapport de toutes couleurs j dW

« dessin varié et d'un assez bel efiet , qui ^ par

« Tordre et la disposition des 4>ièces , et par

« le mélange heureux et bien entendu de ces

« couleurs brillantes , formaient une mosaïque

« transparente et très-gracieuse à la vue ; Tex-

n acte symétrie qui règne dans cet assemblage ^

« celte correspondance et le jeu des parties y

« donnent au corps de Pouvrage ^ cet ensemble

« qui séduit le spectateur , plus arrêté par le

« charmant effet de ces fonds , que par les ta-

« bleaux qu'ils entourent. •

Dans le XI V^. siècle^ la peinture sur verre se perfectionna ; on donna aux figures une plus

666 IKCHITSCTURB RtLIâlEUSI

grande extension, qui fut favorisée par la laideur des fenêtres f et on abandonna l'usage de les encadrer dans des médaillons ou des cercles , et on les isola dans les^compartiments des fenêtres* Hais ce fut surtout à la fin du XV®. siècle et dans le XVI®. que Ton peignit les plus beaux vitraux , que le dessin acquit de la correction y et que les personnages eurent de la grâce et de grandes proporti<fiis ; à cette ^oque, on figura beaucoup de dais et de tabelmacles sur les vitres , et quelquefois on en couronna les personnages*

On trouve maintenant en Normancfie fort peu de vitres peintes anttfrieores au XV®. siècle;oatre les belles peintures de Rouen et des environs j dé^ entes par M. Langlois , on peut encore rapporter à h fin du XVC on au XVIe. siècle , c'esl-à^ dire^au temps du gothique tertiaire , celles des églises de la Couture à Bemay ( Eure ) , de Saint-Jacques j de Litieux , de Pont*-rÉvêque , de Notre-Dame de Gaen j de Notre-Dame de Saint«L6 y de Téglise de Carentan y etc.

DE L'ORGUf.

Les orgues I placées dans nos églises dès le XII®. siècle , ne peuvent être passées soas silence. Ces iaslrqments gigantesques doivent

DU M0T£1I AQZ. 667

dciter l^admiraiioa générale : il est facile à^y recoimallre le même g^nie qui a prëdidé à la crëatioQ de rarchitecture gQihiqpe; même com* plicaiioQ • piême exaltation. Les faibles vihralions d^an^ lyre et les sons de la flûte faisaient les délices des anciens ; un instrument énorme, qui réunit tous les instruments en un seul ^ qui imite également bien les sons ipspirés par l'amour et la volupté , les éclats du tonnerre et les n^ugissements de la tempête , peut k peine exprimer Tinfini dont Pâme des chrétiens est^ remplie ; la lyre n'avait que sept cordes , la flûte . que sept tons > Torgue renferme sept et huit mille tuyaux , c^est un oi^hestre entier doi^t la riche harmonie remplit toute Tenceinle d^ plus vastes églises.

Les anciens paraissent avoir conno deux espèces d'orgues (1)1 le^ orgues hydrauliques et les orgues pneumatiques ; les unes et les antres n^ont pu jouer que par le moyen d'un fluide aériforme , qui , dans les premières, devait être excité par une chuté d'eau comme dans nos for-

(t) J-ai pabé, dans l'excellf^t oaTrage de don Badoa dé Gellea tar la facture d'orgues , plu sieurs des faits que je rapporte ici ; je dois des remcTclmeats à M. le Aoi , professeur de DOitque â Gaen , et compositeur distingué , qui a en la complaisance da me procurer cet ouvrage.

668 AnCHlTBCTVRB RBLIGTEVSJI

ges y on pir nn courant d'eau qui fiiUait toorner une roue qui elle-même donnait le mouvement à une manivelle iuconùne y ou plutôt par la vapeurde Peau bouillante comme dans nos pompes à feu y ou en&n par des soufflets que Peau faisait mouvoir (i). '

L'orgue hydraulique, qui est le plus ancien , est iout*à-fait inconnu ; on en croit Finvention antérieure à Tère chrétienne. La description que Vitruve en a donnée est inintelligible ; pro« probablement ' il n'avait jamais vu ce dont il parlait.

L'orgue pneumatique est moins ancien , mais on n'en connaît point l'inventeur ; on sait seulement qu'il j en eut dans le V^. siècle ^ car St.-Augustin en parie ; il est à prânmer que la seule différence qui exista d'abord entre ces deux espèces d'orgues | était dans la manière de faire raisonner les tuyaux. Dans l'orgue hydraulique , l'eau était nécessaire ; dans l'orgue pneumatique, on employa des soufflets sans le secours de l'eau , afin d'éviter les grands inconvénienU qui résultaient de l'humidité.

On sait fort peu de chose sur les ot^e^ soit

(i) De toQtet c«f rappotîtioiu , il n'y a gaèru ^c fas desx deniièret d'admîMiblc».

DU MOTKJf AOS. ^ 66gt

hydraulique , soit paeamatiqaei dans les premiers siècles du moyen âge. Lliistoire fait mention d^un orgue hydraulique que Louis-Ie-De'boDnaife fit construire dans son palais à Aix-Ia-^hapelle ^ par un prêtre venitieu, nommé Georges (i) : l'historien ajoute que cet orgue fut construit à la manière des Grecs , d^oà Ton peut croire que Tosage s^en était perdu en Occident et sVtait conservé en Orient. Je pense que la plupart des orgues hydrauliques raisonnaient au moyen de la vapeur de Teau chaude y qui , après avoir été comprimée dans une espèce de grand sommier^ s'échappait ensuite par des tuyaux , dès que les touches faisaient ouvrir les soupapes qui les tenaient houchés (a). Je me fonde sur Tautorité de Guillaume de Malmesbury, écrivain du XII^. siècle ; il nous apprend que de son temps on se servait encore d'un orgue hydraulique dans une église d'Angletene. Il dit positivement que cette orgue raisonnait au moyen de la vapeur

(i) Hic est Georgiut veneticni qui de patriflFuft ad ImpentofeiD Tenit , et in Aquensi paittio, orgaonm , qiiod giscè hydraula Tocatar « mirificâ trte compoauit. Egfainard , de tnnalatioDe 8, S. Martyr. Pctri et MarcelU. Gap. 16.

(3) Les antres suppositions qu'on a faites me paraissent fort pc« croyables. Comment penser en effet que l'on ait eu dans une «gUse des niisseaux et des chAtes d'eau pour faîie nou^vir dM .onosr

G7O IBGHITEGTURK RELIGIECSS

d'eau , et que les tuyaui en Paient de cuivrer voici ses propres expressions ) elles méritent d^ètre connues.

« Extant etiam apud îllam eccleslam organa « hydraulica , ubi mirum in modum aquœ cal^ « factse violentia ventus eznergens imptet con- « cavitatem barbiti , et per multiforalites trantf situs senes fistalac modulâtes clamores émit- « tunt (i). a

Les orgues hydrauliques furent très-rares dans les ëgUses , et inconnues en Occident jusqu'au Vni®. siècle ; en effet , lorsque Pempereur Constantin Copronjrme envoya un orgue au roi Pépin , en 757 , et même , lorsque Gharlemagne en reçut un autre de Pempereur Curopalate j on les regardait comme des instruments nouvellement invente's, et inconnus en France jusquV • lors.

Le premier orgue à soufflets sans le secours de Peau , ou orgue pneumatique , qui paraisse avoir été en usage dans les églises j est celui

que Louis-le-Dëbonnaire fit placer dans celle d^Âix-4a-Chapelle : il était différent de Porgue

(1) Villelm. Malmetb* apud Ducange , ad Tocem. Oi^dod» Il réftvlle de ee paMa^-qa'il devailyavoir un Xoaraeao voîiin de l*orgae pour réduire coatinaellement l'eau k l'état de rapevr.

Dli M0T£1!« A6K. '67 1

hjrdraulique , dont on se servait dans 1^ p/dais impërial , et avait été construit par le même prêtre vénitien. Walafride Strabon observant que G!et ouvrage était un de ceux dont la Grèce se vantait d^être en possession , donne à en-tendre que cVtait un orgue pareil à celui que Gharlemagoe avait reçu en pre'sent de l'empereur d^Orient, et qui ëtait à soufflets (i).

- c In queis prascipuè jactabatGraecia se se « Organa rex magnas , non inter maxima ponit.

Vart de faire de pareilles orgues se propagea assez promptement ; trente ou quarante ans après la mort de Louis-le-Dëbonnaîre , rAllémagne fournit à Rome des orgues et des facteurs, comme on rapprend par une lettre du pape Jean, Vm y mort en 882 , à Annon^ ëvêque de Fnsingue dans

(s) 11 est certmin que cet orgue était bien imparfait , et il faut croire qae l'enthoasiasme poétique eotratoe Walafride Strabon au-delà dn Trai , lorsqu'il dit que l'harmonie de l'orgue d'Aïs- < |a*Gbapelle était si ravissaote , qu'un femme perdit la TÎe dana les transports qu'elle éprouva en l'entendant pour la premier* fois.

Duke melos tantum Tanas delndere mentes Gœpit 9 ut una suis decedeos sensibns ipsam Fvmina perdiderit Tocnm dulcedine Yitam.

6ja laCHITECTITRE RKtI&IBUSE

la haute Bavière : Nous vous prions ( dit-4l ) de nous envoyer le meilleur orgue a^ec un artiste capable de le bien gouifemer. L'art de faire des orgues passa biealôt après de Rome dans tout le reste de l'Italie. Des lettres de Gerbcrt j qui se trouvent dans le 4«* tome des annales de Mabillon , pages 54* et 4^ 9 prou-* vent que, dans le X®. siècle , les orgues d'Italie avaient de la réputation , et qu'elles étaient connues en France ; mais le premier orgue de ce royaume ^ dont on ait une connaissance bien assurée , ne remonte pas au-delà du Xlle. siècle : alors il y en avait un en Normandie ^ dans IVglise de Tabbaje de Fécamp. Baudri ^ évêquev de Dol , écrivant aux religieux de cette abbaye^ témoigne la satisfaction qu'il a eue de l'entendre : une courte description qu'il en fait , apprend que c'était un orgue à soufflets comme les nôtres. De plus, il prend la défense de l'orgue contre certaines gens qui , n'étant pas * en état de s'en procurer de semblables , trouvaient mal qu'on en eut introduit l'usage dans les églises (i).

(1) L'iotroductioD de» orgues dans les églises ewnja quelques difficultés tu XI1«. sièdle. Leur sQn bruyant, eucore peu agréable , et les distractions qu'il causait aux fidèles , éUieot proba> blenent la cause principale de l'opposition qui eut lieu.

m MOTBIf A6K. 675

L'usage des orgues a commence plutôt eu Angleterre quW France ; je pourrais apporter plusieurs autorites pour le prouver ; mais il me suffira de citer quelques vers de Wolstan ^ moine de Westminster, en l'hornsur d'Elfage , ëvéque de cette église , vers le milieu du X^. siècle : ces vers nous apprennent qu'il y avait un orgue considérable dans Téglise de Westminster , et ils nous autorisent à penser que les soufflets de cet orgue étaient bien grossiers f et sa mécanique bien informe ; que les conduits laissaient échapper bien du vent , puisqu'il y a voit vingt-six soufflets pour quatre cents tuyaux que contenait cet orgue , et qu'aujourd'hui on fait jouer un orgue de trois mille tuyaux avec quatre ou cinq soufflets ; mais ce qui est plus étonnant j c'est qu'il fallait soixante-dix hommes vigoureux pour mettre en mouvement les vingtsix soufflets de Westminster ; le vent était reçti dans une grande caisse ou sommier , d'où il se distribuait aux quatre cents tuyaux par autant de trous. Voici les vers de Wolstan :

Bisseni suprà sociantur in ordine folles , laferiùsque Jacent quatuor atqne decem , Quos agitant validi septuaginta viri Brachia versantes, multo et sudore madeater*

r>j4 AACUIT&CTORS RSLIOIEUSB

Cerlatim que tuot quisque moret todott ^ Tiribus ut totis impellant flamilla sursùm » Et rugiat pleno capM referta riau , Soia quadraginUs quaD*»u8linet ordine musai (i).

Il ne paraît pas que Ton ait connu les registres avant le XVII«. siècle (a) , et Ton peut se figurer combien il y avait de confusion dans les sons, puisque tous les Jeux devaient parler en même temps : il y avait autant de soupapes que de tons , et un clavier destine à les faire ouvrir à volonté ; mais ce clavier était fort grossier dans le commencement (5) , il n'avait d'abord

(i) WoIbUd. Apud DuciDge.

(s) On appelle registres d'un oigne des pièces mobilet , oéntgées dans le sommier, qui bouchent on déboachenCronTeitort des tuyaux, de manière à donner passage an vent, ou à Tintercepter, selon la volonté de l'organiste. C'est par ce moyen qu'on lait raisonner un jeu d'orgnes, tandis qu'an antre se tait, et que Ton parrient à varier beaucoup les sons en mélangeant différemment les jeux.

(3) Le clavier est une des plos heureuset inventions de l'esprit hnmaîn » nne de celles qni font nécessairement révolution dans nn art. En eltet , cette machine bien simple mit un grand nombre de sons pour ainsi dire sons les doigts du musicien, qui produisit toute la série des accords au moyen de ses deux mains. Elle avait le double avantage de présenter à ses yeux tous les intervalles de Téchelle harmonique ,'en même temps qu'elle en reproduisait les sons à son oseille. De là ces nosiTelIcs conceptions qui vinrent enrichir la musique précisément à l'époque où le clavier se perrecîionna. Tous les grands compositeurs étaient ofganistes aux XV«. , XVI'., XVIl*. et XVllI*. siècles. Et si ,

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qn'une octave d'â.endue ; les touchés , dé cinq il six pouces de large , citaient si dures qu'on ne les touchait qu'à coups de poing. On ajouta ensuite une octave j et les touches n'eurent plus que trois pouces de large. Vers le commencement du XIII^. siècle , on commença à faire la gamme chromatique ; le premier clavier chromatique n'eut que deux octaves , peu à peu on augmenta le nombre des touches et on les fit moios

larges , on plaça plusieurs claviers.

nous voulons remonter à des temps plus reculés , à l'époqne on Gui Darrezo et peut-être d'autres encore inventaient le eontrèpoint y nous serons encore portés i croire qne , malgré sa grossièreté , l'orgue a fait naître l'idée de cette belle invention , qui suffirait seule pour illustrer le moyen âge. C'est donc à la musique religieuse, et peut-être aux babitndes contemplatives, inspirées par le cbristiaoisme » que l'on doit la musique moderne » si savante et si agréable en même temps , et l'orgue est un instrument classique.

Hais telle est notre nature » que la sensibilité de noa sensations s'émousse et que nous perdons celle espèce d'enthousiasme qui fait le cbarme dés arts , dès que nous jouissons davantage. On pourrait comparer notre sensibilité physique et morak* à une corde tendue que chaque vibratio^ tend à reUcher. Ces réflexions découlent des faits historiques. £n Grèce , la musique , toute fimple qu'elle était, avait une influence étonnante , puisqu'une corde ajoutée à la.Iyra était un attentat à la morale, un changement introduit dans le gouvernement. Chez nous #. au contraire , il faut un orchestre tout entier pour nous émouvoir ; tl - nous faut les admirables combinaisons d\inc mélodie et d'une harmonie inconnue aux anciens; et combien de fois encore n'entendons-Doos pas avec froideur les. éloquentes composition» de notre école moderne i

6^6 ARCBinCTVJIB RELIGIKUSK

On ignore complètemeot la qnandlë de jeax dont les orgues étaient composées aux diffërentes ëpoqnes que nous venons de mentionner ^ on ne sait pas non plus quel son chacun d'eux rendait ; cependant y Torgue imitait la flûte , le bruit du tonnerre , et le son perçant de la cimbale.

Ce grand et bel instrument , que Pon regarde à ju^ titre comme comme le plus harmonieux de tous , ne commença à être bien perfectionné que dans le XV®. siècle ; c'est alors qu^il devint commun dans nos temples , c'est à cette époque qu'on régla les proportions des tuyaux , que les jeux furent clioi5iis et heureusement combinés y et que le clavier put être touché avec les doigts (i).

Nous voyons par ce qui précède que l'orgue^ comme toutes les grandes inventions de Tesprit humain, a été Pou vrage d'un grand nombre d'artistes , qui ont successivement contribué à le porter au degré de perfection où nous le voyons

(i) Ces deuils paniMtent peut-être bien longB ; nèanmoîar j'e«père .que cette digretsion ne déplaira pis ; car rhistoîre de l'orgue est presque inconnue , et peu de personnes, même à présent, ont eu la curiosité de' TÎsiter l'intérieur d'un orgue. Onr trouve cependant un mécanisme bien curieui. Lorsque je tu cette macliioe pour la première fois, je fus telleûaent saisi d'admi ^ ration que je touIub en connaître la facture.

DU MOTElf 1GE« 677

anjourdliai ; il embrasse maintenant toute Retendue des sons perceptibles à Toreille.

Dans les ëglises, on plaça les orgues au-dessus de la grande porte de Touest , ou de côte , dans Tune des chapelles de la croisde , et quelquefois même dans la nef , tout près du chœur ; cela était plus commode pour IWganiste^qui est obligé dMcouter le chant pour jouer lorsqu^il le doit ; mais on finit par placer presque invariablement les orgues au-dessus de la grande porte , où elles étaient agréables à Tœil , par Leurs riches boiseries j et la sjmétrie de leurs tuyaux extérieurs.

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