LES BRIQUES ÉMAILLÉES
DU GHiTEiU DE DUGET;
Par m, Eugène de BEAUREPAIRE ,
Membre de la Société.
Il y a déjà long-temps que les travaux des archéologues français et anglais ont appelé l'attention sur les carrelages de couleur ^i ont disparu presque partout avec une si regrettable rapidité. Depuis quelques années , de nouvelles investigations ont été entreprises; et ont donné lieu à des études plus sérieuses et plus approfondies. Les recherches de MM. Ed. de Barthélémy , Deschamps de Pas , Petrus Scbmidt , Ramé et Fleury , ont éclairé , d'une manière à peu près complète , ce système d'ornementation qui remplaça , pour le moyen-âge , les mosaïques gallo-romaines, et qui enrichit les parvis des églises et les salles des châteaux de ces peintures étranges où se retrouvaient les scènes de la Bible , les dessins géométriques et les blasons féodaux. Peut-être serait-il temps de procéder à une classification générale de ces produits céramiques en Normandie et de tenter ainsi , pour notre pays , ce que M. Fleury vfent d'exécuter pour le sien avec un si légitime succès.
Malheureusement il est souvent fort difficile, à l'inspection seule du dessin, de déterminer avec certitude l'âge d'un carrelage ornementé. Comme l'a fort bien remarqué M. de Barthélémy , les types anciens se sont reproduits à diverses époques d'une manière pour ainsi dire indéfinie , et cette seule observation suffit pour faire apprécier tout à la fois les difficultés que présente un classement sérieux et l'intérêt qui s'attachera toujours aux carreaux dont la date n'est susceptible d'aucune-contestatîon. A ce point de vue, rien n'est à négliger, et les briques d'origine récente, malgré leur mauvais conditionnement, ne sont point indignes d'auention. Leur rareté les
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signale, d*aiUeurs, d'une manière toute particulière à l'étude des archéologues.
Au XVII'. siècle , en effet , la fabrication de3 briques ornées était en pleine décadence ; les produits de cet art dégénéré étaient en petit nombre , et la légèreté des glaçures qui les recouvraient ne leur permettait pas de lutter de durée avec les solides incrustations des Ages précédents. Aussi, tandis que les pavés des Xni% et XIY*. siècles, malgré la date éloignée de leur confection, offraient encore à T usage une résistance remarquable ^ les pavés du XYIP. siècle , à peine posés , s'écaillaient rapidement et voyaient , en quelques an^ nées, s'effacer leurs reliefs et leurs couleurs. Aujourd'hui, la destruction est à peu près complète, et il serait difficile de citer, en Basse -Normandie, un carrelage du XYir. siècle, d'une conservation à peu près satisfaisante. Geu]L du château de Ducey n'ont point échappé à la loi générale. Toutefois , il est encore possible, en rapprochant les unes des autres certaines briques moins effacées , de s'en faire une idée , au moins approximative.
Le château des Montgommery , situé sur les bords de la Sélune , eu avant d'immenses prairies^ a déjà été plusieurs fois visité et décrit, et malgré son état de délabrement, les souvenirs qu'il évoque expliquent parfaitement l'intérêt dont il a été l'objet Son architecture conserve un certain cachet de grandeur et de richesse. Les cheminées des grands appartements, avec leurs colonnes de. marbre, leurs emblèmes et leurs trophées, sont véritablement fastueuses. Les poutrelles des plafonds sont couvertes de reliefs en carton- pierre et de cuivreries dorées, et, le long des murailles, s'étendent de médiocres et prétentieuses grisailles* Chose singulière ! dans cette demeure d'un Montgommery, rien ne révèle ni les idées religieuses du calviniste , ni les habitudes de l'homme de guerre. Le tableau de la cheminée de la pièce dite le Grand- Premier, représentant une ville dévorée par l'incendie et un guerrier, en costume antic|ue , l'épée à la main avec la devise : Marie, non fmuna» nous ramène, il est vrai, aux prises de villes et aux nombreux incendies allumés par Gabriel V\ de Montgommer); mais cette peinture sur calcaire, qui n'est qu'une allégorie bien pâle de kl vie du chef militaire du calvinisme en Basse-Normandie , disparaît ou s'efface au milieu des sujets galants et mythologiques qui surabondent. Dans un cabinet voisin , on aperçoit une femme nue , à moitié endormie , devant laquelle voltige un enfant ailé tenant une rose à la main; et, au