LETTRES DU PRINCE HE U6NE
Ce qai n'est que fermeté de la part d'ane femme est souvent entêtement de la part d'un homme. Ce qui n'est qa'indulgence , paresse , ou facilité dans l'une, est faiblesse dans l'autre. Que d'accessoires et de petites choses qu'on ne remarque pas , contribuent à des résultats importants! La belle tunique de velours nacarat brodée que porte Votre Majesté fait plus d'effet que des bottes et une écharpe; vos cinq gros cailloux de diamants , placés dans les cheveux éblouissent plus qu'un chapeau toujours ridiculement grand ou ridiculement petit. Votre belle main électrise depuis la sentinelle qui la baise , jusqu'aux Héraclius et aux Gherai. La main peut-être sèche et décharnée du grand homme ne me ferait pas éprouver le même enthousiame, et l'adulateur le plus prompt à la saisir s'y casseroit le nez.
Si un fils de Charles VI avait présenté son petit archiduc nouveauné aux Hongrois, aurait-il inspiré ce beau mouvement qui fit tirer le sabre pour une jeune, belle et infortunée princesse de vingt-quatre ans, comme l'était notre grande Marie-Thérèse ?
Je le répète encore, Votre Majesté Impériale aurait eu la tête trop vivo si elle avait été un homme. Dieu sait et fait bien ce qu'il fait. Remerciez-le, Madame, d'être une femme plus qu'une femme et qu'un homme tout ensemble. Remerciez-le dans les soixante langues du Caucase, le turc de la Crimée, le persan des environs de la mer Caspienne , le chinois des environs de la grande muraille , le grec de vos Qrecs , et non celui de votre rit , qui n'est que du sclavon, l'allemand des temples de Stettin , le français de l'Église vallonné, et le latin de l'Église romaine. Que Votre Majesté Impériale daigne croire celui qui est son parrain, son peintre et son historien tout à la fois, en ta nommant Catherine le Grand.