AUX CHEFS DU MILITAIRE DES PROVINCES
Ce n'est point la grande représentation, depuis une heure après midi, que je vous demande. Tant mieux si l'on trouve des gens puissants qui en imposent par une magnificence qui fait honneur au service et du bien au pays. Mais c'est depuis onze heures jusqu'à midi, à la parade, que je désire la décence, la tranquillité, l'exactitude, la sévérité, l'air pénétré ou enthousiaste, et tout l'apparat possible des cérémonies militaires. Que les honneurs et les dignités y soient bien
' II faut ctierctier de la pratique où l'on peut. Si la Russie est en guerre, il faut demander la permission d'y aller. C'est là que l'on apprend qu'il n'y a rien d'impossible. S'il y a dans quelque autre pays des camps , de grands simulacres de guerre, et surtout des sièges, il faut tâcher de les aller voir. On a beau faire tout ce que je dis, apprendre chez soi tout ce qu'on veut, la guerre arrive : on sait tout, hors ce qu'on doit savoir. Au commencement de la guerre de sept ans je fus commandé avec des ouvriers pour faire faire une flèche. J'étais nourri de tous les auteurs militaires. Je ne savais pas comment on faisait une fascine, et sans un vieux bas oflicier de ma compagnie, je n'en serais jamais venu à bout.
;î» fable.
observes. Que les fanfares, la musique et la beauté des habits de ceux qui la composent, des plumes sur les bonnets des soldats, et tous les ornements dont l'on est susceptible, attirent les curieux à cette espèce de culte religieux du dieu des armées. Que nos mystères ne soient pas cachés. J'aime à voir les généraux au milieu d'un cercle de braves et brillants militaires, qui sont entourés eux-mêmes par tous les habitants d'une ville, ou des tentes voisines si l'on est en campagne. J'aime, dis-je, à voir ainsi les chefs, avec toute la pompe possible, y descendre de cheval, donner leurs ordres, entrer dans tous les détails, recevoir les rapports, accepter les plaintes, questionner, louer les uns tout haut, gronder les autres tout bas, annoncer les grâces qu'ils auront procurées à ceux qui en méritent, animer par d'excellents propos, tenus d'un air militaire, peut-être de sévérité, s'il y en a sujet par hasard ; et sans cela, de gaieté ou de bonté. 11 faut toujours que les chefs d'une armée ou d'une garnison fassent effet ; car si un seul jour ils n'inspirent pas, en se montrant, h crainte, la confiance ou l'amitié, les voilà nuls pour toujours. Que chacun choisisse de ces trois choses ce qui va le mieux à sa physionomie. Un rien fixe, détermine, amène, ou repousse, ou ramène les esprits. La figure et la manière dont on s'habille, ou monte à cheval, contribuent même à ces sortes de succès auprès de ses inférieurs. Si parmi ceux-ci il y a un officier général qui mérite d'avoir la tête lavée , il ne faut pas que ce soit d'une manière à le faire mépriser, mais à donner aux autres la crainte d'en avoir autant, et donner idée de sa fermeté et de sa justice : on n'osera pas jiour cela manquer de respect au général grondé. Il n'y a rien pour le bien-être et l'éclat du premier service de l'Europe que ne doivent faire tous ceux qui ont l'honneur d'être à la tête de puissantes armées.