MON ANNIVERSAIRE
Air ; Des Amazones.
Triste Heraclite, en pleurant ta naissance , Tu maudissais souvent le créateur, Et tu disais : Ah ! de mon existence , Le premier jour fut mon premier malheur. Heureusement je n'ai pas ta folie ; Moi, je bénis le jour qu'on m'a donné. J'y tiens très-fort , etgaîmentje m'écrie : Ah ! quel malheur si je n'étais pas né!
Je m'en souviens , la noble bienfaisance ,
Mère adorée , était ton seul désir.
Et lutîherchais en tous lieux l'indigence
Comn^je en tous lieux on cherche le plaisir.
Quoiqu'entre nous grande soit la distance ,
J'ai soulagé plus d'un infortuné,
Et quand un seul me devrait l'existence;
Ah ! quel malheur si je n'étais pas né!
Le siècle marche, et , depuis ma naissance ,
On a bien fait un million de lois :
Au lieu d'un roi , j'en ai vu mille en France ;
J'ai vu proscrire el rétablir les croix.
Saisissant tout par le côté comique ,
Riant toujours el jamais étonné,
J'ai vu trente ans la lanterne magique ,
Ah 1 quel malheur si je n'étais pas né.
On le conçoit , l'existence m'est chère , Par tant de nœuds je m'y trouve enlacé ! Oncle , mari , frère , père et grand-père , Fut-on jamais si doucement placé!
De plus en plus, chaque jour, je m'enivre Des plaisirs purs d'un hymen fortuné ; Je dis , sentant tout le bonheur de vivre , Ah ! quel malheur si je n'étais pas né.
Sachez, messieurs , que notre ménagère, Dont , par bonheur , je ne suis point haï , Veut aujourd'hui , pour mon anniversaire , Nous faire à tous goûter son vin d'Aï. En savourant , en buvant à plein verre Ce jus divin qui vous est destiné , Regardez -la; vous me direz , j'espère , Ah ! quel malheur si tu n'étais pas né.