LE RICHE IGNORANT
1798. — On conçoit que plusieurs de ceux qui ont improvisé une fortune dans les fournitures ou dans les spéculations de Tagiotage, n'ayant pu acheter avec leurs millions l'esprit et les connaissances qui leur manquaient , aient dû parfois proférer de lourdes sottises. Un de ces messieurs, que je voyais souvent, arriva un jour chez lui à un dîner prié , quand tout le monde était à table. Pour s'excuser de cette inconvenance, il dit a sa femme : « Chère amie, je demande » pardon à la société de m'élrefail attendre , mais c'é- » lait pour une affaire importante : j'ai été ce matin à » une vente de livres , et même on va apporter l'ou- » vrage qui est à moi. — Quel est cet ouvrage? de- » mandai-je à Tamphytrion. — Oh ! c'est la Henriade » en soixante-douze volumes. » Le brave homme avait acheté le Voltaire de Beaumarchais en soixante-douze volumes; le premier qui lui était tombé sous la main avait été la Henriade^ et il s'était dispensé de regarder les autres.
Quelques jours après, le même richard, qui devait accompagner des dames au spectacle , et qui vou-
lait arriver de bonne heure , impatienté de ce qu'on ne lui annonçait pas sa voilure, sonne avec vivacité son domestique, et lui dit : « Allons donc, Lapierre, » voyez voir si les chevaux sont 7nis, »
TROiSlEMK EPOQUE