‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 72 sur 154 · UNE VISITE DE VRINCESSE · texte numérisé non relu

UNE VISITE DE VRINCESSE

1827. — Dans le courant de leté de 1827, la santé de madame la maréchale Oudinot donna pendant un mois les plus graves inquiétudes h sa famille et à ses amis ; elle fut une semaine entière entre la vie et la raorl. Madame la duchesse de Beriy voulut lui donner une preuve de son vif intérêt et de son affection sincère, en venant lui rendre visite. Des gens qui blâment tout ont paru surpris de cette marque de déférence ; j'avoue que je n'y vois rien que de trèssimple ; une distinction de ce genre honore à la fois celle qui l'accorde et celle qui la reçoit. De pareilles

faveurs perdraient sans doute de leur prix si elles étaient prodiguées, mais on trouve rarement des personnes qui puissent les justifier aussi bien que madame la duchesse de Reggio. Pendant quatorze années qu'elle a occupé la première place dans la maison de Madame , toutes ses actions , toutes ses paroles, ont été ce quelles devaient être. Née pour les vertus privées et pour les charmes de la vie intime, elle a toujours su concilier les devoirs paisibles de la famille avec ceux de la vie orageuse des cours. Sa tenue parfaite, son tpn exquis, son inaltérable réserve, étaient aussi bien appréciés du roi, de Monsieur, de madame la Dauphine et des princes , que de madame la duchesse de Berry. Les grands dignitaires , les ecclésiastiques , les magistrats , les officiers , les gens de lettres , les artistes , les marchands , en un mot tous ceux qui avaient des rapports avec madame de Reggio, conservaient le plus agréable souvenir de sa politesse de bon goût et de ses manières pleines de noblesse et d'aisance. Aujourd'hui qu'elle vit dans la retraite et que, concentrée dans son intérieur, elle est en quelque sorte étrangère au monde , c'est un bonheur pour moi de rendre justice à son beau caractère et à ses qualités précieuses. Ceux qui la connaissent conviendront que j'ai dit la vérité, et qu'on ne saurait trouver un modèle plus accompli de la vertu sans faste, de la dignité modeste et de la raison gracieuse.

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