LA COCARDE TRICOLORE
1830. — J'ai entendu souvent agiter la question de savoir si Casimir Périer avait réellement voulu la révolution de Juillet et le changement de dynastie ; un fait dont je garantis l'authenticité pourra dissiper tous les doutes.
Le vendredi 30 juillet (la date est importante), lorsque M. de La Fayette avait prononcé à l'Hôtelde- Ville le fameux il est trop tard ^ Casimir Périer rencontra dans la rue Neuve-du-Luxembourg un officier de sa connaissance , qui avait une énorme cocarde tricolore : «Y pensez-vous, lui dit-il ; pourquoi » cette cocarde? Savez-vous quil y a tout une ré- » volution dans ces couleurs - là ? — Je l'espère » bien, » lui répondit l'officier en le quittant brusquement. 11 me paraît démontré que Casimir Périer avait alors le ferme projet d'accepter le département des finances que Charles X lui avait confié la veille en composant le ministère Morlemart. Pourquoi ce ministère ne s'est- il pas formé? C'est ce qu'on saura un jour.
Qu'on ne croie pas au reste que je veuille faire l'apologie de Casimir l^érier ; ses principes n'étaient pas les miens , et son opposition systématique pendant quinze ans a ébranlé la puissance morale du gouvernement des Bourbons. J'ai voulu seulement éclaircir un point d'histoire, et je répète avec assu-
ance : Casimir Périer ne voulait pas la révolution le Juillet.