‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 99 sur 154 · HOMMAGE A DELILLE · texte numérisé non relu

HOMMAGE A DELILLE

Si la solennité touchante, ' Qu'au vrai talent Tamitié vient offrir,

Me plaît , me séduit et m'enchante , C'est par le charme heureux du souvenir; Il me ramène à cette aimable époque , Où par le double attrait d'un plaisir réciproque

(i) M. Michaud de Villette , ami de M. Delille, et qui avait imprimé toutes ses œuvres , ayant voulu célébrer h la campagne l'inauguration du buste de ce grand poète , avait invité à cette fête littéraire M. Michaud, son frère, Thistorien des Croisades ^ et M. de Feletz , auquel ses excellens articles de critique ont ouvert les portes de l'Académie. Madame Delille présidait à cette solennité ; j'étais aussi du nombre des élus. A peine arrivé , je m'enfermai une heure , et j'écrivis ces vers, que je prononçai au moment de l'inauguration.

L'imiiiorlel qu'on fêle aujourd'hui , Nous allirant dans sa simple demeure,

Ne nous laissait penser qu'à lui

Et nous faisait oublier l'heure.

Là , je voyais , ici , j'aime à revoir

Son Antigone, son amie, Qui par plaisir bien plus que par devoir, Pour prolonger ses jours , aurait donné sa vie. Là , je voyais aussi le successeur fameux

Des Etienne et des Baskerville ,

Qui, dans un art ingénieux , De tous ses devanciers fut le rival habile. Là , je voyais encor ce publiciste aimable

Qui joint la finesse au bon ton , Et , nous rendant la critique agréable , Nous fait lire et relire un petit feuilleton. Là , je voyais enfin cet auteur dont la gloire

A consacré tous les travaux , Et qui nous prouve à tous ce qu'on a peine à croire, Que l'on peut à la fois rédiger des journaux

Et très-bien écrire Fhistoire.

Nous l'aimions tous , celui que regrellent nos cœiu î

Quand le sort jaloux nous en prive , De son rare talent , zélés admirateurs ,

Que notre amitié lui survive ;

Son buste adoucit nos regrets ,

Son nom nous rappelle sa gloire,

Et c'est en contemplant »es iraiu

— 3i3 — Qu'il est plus doux encor d'honorer sa mémoire.

Vainement un sot détracteur, Dans le bizarre accès de sa fougue indiscrète ,

A voulu flétrir ce poêle

Du nom de versificateur.

De la sublime poésie ,

Possédant les nombreux secrets ,

N'a-t-il pas avec énergie Chanlé l'amour heureux , la sombre jalousie, Le crime , la vertu , le bonheur, les regrets?

Il sait tout exprimer, tout peindre, Il joint le tacl au goût et la grâce à l'esprit ; On sent ce qu'il éprouve , on voit ce qu'il décrit , Et , suns viser au bul , il parvient à l'atteindre; Sous ses heureuses mains la plume est un pinceau , La pensée une image et le vers un tableau. A ses mânes sacrés notre amour doit un gage ;

Pour honorer ce poêle enchanteur,

Songeons qu'il faut que notre hommage Soit doux comme ses vers et pur comme son cœur.

Delille a chanté le village ;

Il a souvent chanté les fleurs; Il les aimait , et , dans plus d'un ouvrage , Son si vie en relraca les brillantes couleurs :

De fleurs entourons son image.

Donnez le mvrte des amours , Donnez des verls lauriers la couronne immortelle, Donnez surtout des lys , poui' celui qui toujours

Au malheur demeura fidèle....

Et nous, de cet homme excellent Qui conservons la mémoire si chère , Qui l'avons vu de près et pour qui son talent S'embellissait encor de son beau caractère ; Promettons bien de venir en ces lieux

Célébrer cet anniversaire , Et disons en versant des pleurs délicieux :

Honneur au brillant interprète

De l'esprit et de la raison, Qui, recevant du ciel l'influence secrète, Fut rival de Virgile et vainqueur de Milton.

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