XII AVERTISSEMENT
de ses commentaires, cette phrase qui rappelle Faveu de Samazan : « Je prie ceux qui les liront de ne les prendre poinct comme escripts de la main d'un escrivain, mais d'ung vieux soldat et encore gascon, qui a escript sa vie à la vérité. » On pressent dans ce court Avis au lecteur le souffle généreux qui anime les récits des Mémoires et cette ardeur toute militaire, toute gasconne, que ni Tàge ni tant de guerres n'avaient pu affaiblir; car, remarquez-le, au moment où d'Antras se disait si gaillardement prêt « merci Dieu » à faire encore bon service à son roi et à son pays, il avait pour le moins une soixantaine d'années. Monluc, un peu plus âgé, regrettait de n'avoir pas « dix bons ans dans le ventre » pour user son bâton de maréchal.
Est-il besoin de faire ressortir le caractère touchant de ces trois épigraphes sur les vieux amis? On en retrouvera l'écho dans ces Mémoires; qu'on lise ces pages où Jean d'Antras parle de ses vieux amis de Gascogne, de ses compagnons d'armes morts à la guerre, et surtout du baron de Montesquiou, on y sent battre, sous la cuirasse du soldat, le cœur chaud et dévoué de Fami.
Il n'est pas jusqu'à cette citation d'Ovide qui n'ait son prix. Ce souvenir classique nous rappelle le collège d'Auch, dirigé avec tant de célébrité par les pères Jésuites, où d'Antras fit des études sérieuses, on le voit, puisque à soixante ans il savait encore assez bien les règles de la prosodie pour substituer un vers de sa façon au vers si connu de l'élégant poète : Donec eris felix, multos numerahis ami- COS. L'épigraphe qui vient après n'est que la traduction du proverbe : Amici veteres, vina vêlera, velus aurum ! Les chasseurs ajoutent à cette énumération les vieux chiens, et les bibUophiles, les vieux hvres.