LE CHAUDRONNIER DE LIÈGE
11 lui écrit la lettre que voici.:
« Mon cher Béranger,
» J'ai rhonneur et le plaisir de vous accuser récep- » tion de votre honorée du & courant et vous remercie y> de vos témoignages de bonté ; mais une seule chose » me peine, c'est de voir qu'une fatalité imprévue vous » a fait essuyer des pertes d'argent qui, d'après ce que » je puis comprendre par mon gros bon sens, vous ont » fait quitter votre habitation champêtre de Passy. Mais » comme vous ne craignez pas d'épancher votre cœur » dans le mien, permettez-moi à mon tour d'agir envers » vous comme je sais que vous agiriez envers moi dans » la même circonstance. (J'arrive au but sans dé- » tour, comme cela se pratique chez les hommes de » notre trempe, et j'espère que je ne blesserai pas votre » délicatesse.) Recevez ce billet de cent francs, il vous » portera bonheur, car c'est de l'argent bien acquis, et » je vous jure qu'il n'y aura jamais que vous et moi » qui le saurons ; et si la bonté de votre grand cœur vous »»a mis dans une position fâcheuse, venez habiter Liège, » vous partagerez avec ma famille le pain de l'indépen- » dance que je gagne en travaillant; vous goûterez le » vrai bonheur incognito, et Liège est un très-beau » pays, vous ne vous y ennuierez pas. Nous avons aussi y> nos bois, nos montagnes, nos cascades, nos rivières » aux cours capricieux , serpentant dans de très-beaux » vallons, qui rappellent aux touristes la Suisse et les » bords du Rhin en miniature ; en un mot , notre pays » est très-pittoresque. Nos mœurs, nos coutumes, sont ^ les mômes (ju'en France, et vous serez près d'un ami