LIVRE XXXI
incommodités, se voulait procurer la gloire de terminer cette grande contestation qui partageait l'Église depuis tant d'années, et que c'était la plus belle porte par où il pouvait sortir de son emploi. Ils ajoutaient que le P. Ferrier étant son intime à lui, il le voulait faire connaître à la cour par ce traité, afin que sa capacité étant plus connue qu'elle ne l'avait été jusqu'à ce temps-là, ces conférences lui fissent acquérir le mérite de devenir son successeur pour la conduite de la conscience de S. M., ce qui se trouva véritable par l'événement.
Quelques autres se persuadaient que le mouvement qui avait causé un changement si subit venait de la part du pape et de ses officiers qui avaient déclaré, disaient-ils, au général des Jésuites qu'on accommodât cette affaire, parce qu'on ne voulait plus être dans la peine de souffrir tous les jours de nouvelles contradictions, mais qu'on désirait de la compagnie de ces Pères que comme elle avait engagé mal à propos l'autorité du Saint Siège, elle était obligée de l'en tirer avec le plus de sagesse qui lui serait possible.
Il y en avait de plus éclairés qui disaient que les Jésuites s'étant aperçus que les quarante hérésies de compte fait dont on avait d'abord accusé Jansénius étant réduites à une seule question de fait qui n'était pas d'une nature à devenir jamais un point de droit, ce qui les rendait ridicules à toute l'Église, le prétexte d'en faire cesser les différends leur ouvrait infailliblement les moyens de recommencer toute la dispute sous prétexte de ces conférences.
Tels furent les jugements que l'on porta sur cette négociation, qui paraissait d'autant plus surprenante que les Jésuites en étaient les principaux promoteurs en un temps où leur grand crédit dans la cour de Rome et celle de France leur donnait l'avantage extérieur de tenir leurs ennemis sous leurs pieds.
Pour entrer dans la relation particulière de ce traité, il y a sujet de regretter que M. Arnauld n'ait pas continué le Journal qu'il en avait commencélui-même,etqui ne contient qu'une partie de ce qui se passa pendant le mois de janvier, car si la sincérité a été le caractère de ce docteur, elle n'ajamais été plus visible que dans toute la suite de ce traité, et c'est ce qui oblige de se servir ici plutôt de ses paroles que de vouloir en emprunter d'autres :
Janvier 16G3.
Mercredi 3. — On nous donna avis que M. de Comminges
était arrivé ^..
Cet écrit étant d'une importance extrême pour la décision des différends de l'Église et n'ayant jamais été imprimé, doit ici trouver sa place.
Ce jour-là même 9 janvier, M. d'Andilly qui voyait depuis longtemps avec beaucoup de souffrance où était l'Eglise de Beauvais, écrivit pour la première fois de cette affaire à M. Hermant, en lui donnant avis de ce qui se passait à Paris :
« Il faudrait la vive voix pour vous dire le particulier d'une chose si surprenante qu'elle m'avait [paru] un songe. Mais on ne saurait douter maintenant qu'elle ne soit fort réelle. Les Jésuites ont proposé à M. de Comminges d'en venir à un accommodement. Il écouta cela au commencement comme une proposition faite en l'air. Mais la suite a fait voir que c'était tout de bon, car le roi a mandé M. de Comminges. Il est arrivé et les choses paraissent être en fort bon état.
« Vous direz tout ceci à M. de Beauvais, et l'assurerez que M. Arnauld et nos autres amis sont si gens de bien qu'ils aimeraient mieux mourir que de faire pour acquérir leur repos la moindre petite chose qui pût leur être préjudiciable.
« Il serait inutile de vous dire qu'il ne faut point parler de tout cela. Les parties adverses le publieront si bon leur semble, mais c'est aux autres à demeurer dans le silence. J'ajoute que ce qu'il y a de meilleur dans cette affaire est que M. de Comminges est si homme de bien, que si elle ne réussit pas, il rendra sans doute témoignage à la vérité. Et ce qu'il y a principalement à faire est de prier extrêmement Dieu. Je suis tout à vous. »
Ce fut encore ce jour-là même que M. d'Andilly ayant
1. Ce Journal d'Arnaald a été imprimé dans ses Œuvres (édition Paris-Lausanne 1778, t. XXI, p. 549 et suivantes), sous le titre de : Récit de ce qui s'est passé dans raccommodement de 1663. Ce premier fragment finit dans ce chapitre d'Hermant par ces mots : « Le mardi 9, je travaillai à faire un mémoire pour montrer que c'est une prétention insoutenable de dire que la grâce efficace par elle-même ait été condamnée par les dernières constitutions.