LIVRE XXXIV
du monde, sans exception, qui est avec autant de respect de vénération et de passion,
« Monseigneur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur et confrère,
« Henry, évêque d*Angers. »
H fallait quelque chose de plus que des civilités de cette nature pour consoler M. de Comminges de l'affliction profonde que lui causait le mauvais traitement qu'il venait de recevoir. Il reçut néanmoins agréablement cette lettre, et lorsqu'il en envoya la réponse à M. d'Andilly, le 10 octobre, il l'accompagna de ce billet :
« Je vous envoie la réponse à la très obligeante lettre de M. d'Angers. On m'a encore retenu, et je suis encore dans ce beau lieu où on vous souhaite à tous moments, et où je rencontrai en y arrivant devant-hier, l'illustre greffier, ce qui en vérité me donne une des plus sensibles joies que je puisse recevoir. J'ai écrit une lettre que je laisserai à M. de Belleville pour vous la faire voir, qui peut-être ne vous déplaira pas, au moins pour les choses qu'elle contient. Je pars demain sans remise pour mon grand voyage. Je ne sais quand la Providence me donnera la joie de vous embrasser. Mais quoi qui {sic) arrive, et quelque distance qu'il y ait entre nous, mon cœur me fera toujours être avec vous. Croyez-le, s*il vous plaît, car en vérité, on ne peut aimer plus tendrement et avec plus d'attachement que je vous aime. Je prétends que ce mot vaut mieux que tous les grands mots de respect, de vénération, etc. »
La lettre dont il parlait, et dont il laissa une copie à M. d*Andilly, était celle qu'il avait écrite à M. l'archevêque de Paris, et qui était demeurée secrète jusqu'ici. Voici celle qu'il écrivait à M. d'Angers :
<r Monseigneur, u Je mériterais bien plutôt une réprimande que les louanges que vous me donnez, et sans doute qu'une afl'aire aussi bonne, et qui a paru si proche de sa conclusion, aurait été heureusement achevée si elle avait été en d'autres mains que dans les miennes. Mais vous me voulez consoler,
536 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
monseigneur, et me donnez du courage pour une autre occasion. Je profiterai toujours avec beaucoup de joie des lumières qui me viendront de vous, parce que j'en connais la pureté. Je vous supplie donc de ne pas [me] refuser celle de vos conseils, et de croire que je suis avec beaucoup de respect,
« Monseigneur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur et confrère,
« Gilbert, évéque de Comminges. »
On apprit en ce temps-là que dans l'entretien que ce prélat avait eu avec le roi dans le rapport qu'il lui avait fait de sa négociation, sur ce qu'il se plaignait que le pape n'avait [pas] daigné lui répondre. Sa Majesté lui dit que son mandement en était la cause, et qu*il n'en recevrait point de let- 1res jusqu'à ce qu'il l'eût révoqué. A quoi M. de Comminges répondit : a Sire, il n'y a que deux choses dans mon mandement ; la première, que je reçois la bulle sans que cela puisse porter préjudice au droit qu'ont [les évéques de juger] les causes de la foi en première instance. La seconde est que je prétends qu'elle ne doit point porter préjudice à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas; et c'est ce que je ne révoquerai jamais, et je perdrai plutôt mon évéché que de me désister de ces deux choses. » Cette générosité était digne des louanges que M. d'Angers lui donnait dans son compliment; mais M. de Comminges était à plaindre d'avoir tant de confiance aux Jésuites, qui l'avaient porté à écrire à Rome où ils étaient assurés qu'il ne serait pas bien reçu, et qui eurent encore pour lui assez de dureté pour lui faire dire par le roi une chose si fâcheuse. Ce qui fait voir de plus en plus la mauvaise foi de ces Pères dans tout ce traité de paix, où ils ne cherchaient que des chutes et des précipices pour les défenseurs de la grâce de J.-C, puisque s'ils eussent recherché l'accommodement avec quelque sorte de sincérité, ils n'eussent pas choisi pour entremetteur cet illustre évéque, qui s'était attiré l'indignation du Saint-Siège pour avoir défendu l'honneur de son caractère et rendu témoignage à la vérité.
M. d'Angers, qui lui avait rendu ce devoir de civilité par sa lettre, s'animait lui-même à la patience par ce billet qu'il