‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 198 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Ce prélat, qui dans le flegme d'un homme sage ne laissait pas d'avoir la générosité d'un grand évêque, aurait cru en cette occasion être un prévaricateur de la vérité et de la cause de l'épiscopat s'il eût souffert ce nouvel excès avec une patience lâche. Il aimait la paix et n'avait nul ressentiment des injures personnelles; mais l'amour de la justice et la générosité qu'il avait fait paraître dans les charges de la robe où il avait été successivement conseiller au Parlement de Rennes et ensuite au grand conseil, maître des requêtes de l'hôtel du Roi et conseiller d'Etat, ne l'avait point abandonné depuis qu'il était monté sur le siège épiscopal de l'église de Beauvais, dans lequel il se voyait successeur de deux de ses oncles. Au contraire, la fermeté naturelle qui était en lui avait été sanctifiée en sa personne par le caractère épiscopal^ et elle ne paraissait jamais plus grande que quand il se voyait engagé d'en donner des marques publiques dans les rencontres où sa dignité se trouvait si visiblement méprisée.

Ce fut ce qui lui fit prendre le dessein de réprimer ce nouvel excès de son chapitre par une lettre pastorale qu'il adressa à ses très chers frères les curés et vicaires de son diocèse, et qu'il data du 12 de novembre de la même année *.

Cette lettre pastorale couvrit d'une si grande confusion le doyen et les chanoines de Beauvais par la ruine de leur misérable écrit qu'ils n'osèrent plus rien produire en public. Mais comme elle ne changea point leur cœur, ils redoublèrent leurs intrigues avec les Jésuites, qui leur promirent tout ce qui dépendait d'eux pour pousser 'jusqu'aux dernières extrémités une affaire dans laquelle ces bons Pères prenaient la principale part, ils répandaient plus que jamais leurs calomnies contre la personne de ce généreux prélat et contre son séminaire, dont ils ne pouvaient souffrir la discipline, ne prévoyant pas qu'ils seraient réduits à y venir un jour retenir des places pour leurs neveux par la bénédiction que Dieu donnerait à cet ouvrage de piété.

I Entre les docteurs les plus attachés au parti de Molina, M. Chapelas, docteur de la maison de Navarre et curé de

\. Imprimé, 15 p. in-i^. « Voyez l'imprimé, » <lit la copie.

300 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

jeunesse aussi bien que M. Cornet, se signala hautement par ses invectives contre cette lettre pastorale, accusant de témérité M. l'évêque de Beauvais, pour ne s'être pas conformé à tant de cardinaux et tant d'évêques qui avaient procuré la publication de la constitution du pape sans aucune distinction du sens.

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