CHAPITRE XVII
Lettre pastorale de M. l'évêque d'Angélopolis à la tète d'un traité De la connaissance de la bonté et de la miséricorde de Dieu. — Deux lettres écrites au P. Annat contre le livre de Jansenius a thomistis condemnatus. — Remontrance chrétienne à M. l'abbé Ollier, contre un sermon qu'il avait prêché à Saint-Sulpice.
Le 2" jour de février, M. de Palafox*, évêque d'Angélopolis, célèbre par les persécutions que les Jésuites lui ont faites dans les Indes, fit imprimer à Madrid une lettre pastorale en espagnol à la tête d'un traité : J)e la Connaissance
1. Godeau, évêque de Grasse et de Vence, quitta Grasse en 1653, et l'évêque nommé alors, Louis de Bernage, fut sacré le 25 janvier 1654.
2. Jean de Palafox (1600 1659), évêque d'Angélopolis en Amérique, fut obligé de se retirer devant l'hostilité des Jésuites, et devint évêque d'Osma en Espagne où il mourut en odeur de sainteté.
de ta bonté et de la miséricorde de Dieu, qui n'était qu'une paraphrase d'un écrit de M. l'abbé Le Roy. Le sort de ce livre fut merveilleux, et nous verrons dans la suite, par la différente manière dont il fut reçu de temps en temps, ce que peuvent les préjugés sur l'esprit des hommes.
Il parut en ce temps-là deux lettres adressées au P. Annat, provincial des Jésuites de la province de France, sur l'écrit qui a pour titre : Jansenius a tkomistis condemnatus, que ce Père venait de donner au public sous son nom, et que M. Hallier avait produit à Rome sous le sien. La première de ces deux lettres, datée du 7 février, était sur cette bizarre conduite de deux personnes autrefois extrêmement opposées, et depuis unies par le lien du molinisme pour s'attribuer en même temps le même écrit, l'un à Rome en le présentant au pape et aux consulteurs, et l'autre à Paris.
La seconde, datée du 12 du même mois, était sur la préface du P. Annat qui venait d'être ajoutée à la tête de cet ouvrage. M. Taignier était l'auteur de ces deux lettres, et elles avaient été revues et mises en cette forme par un de ses amis plus particuliers.
M. de Saint-Amour, après avoir loué dans son Journal ces deux lettres dont il ne connaissait pas l'auteur, déclare qu'il est si fort ennemi des moindres fautes qui échappent même innocemment contre la vérité, qu'il ne peut s'empêcher d'en corriger une qu'il avait remarquée dans la page 23 de la seconde de ces deux lettres. C'est dans la page 23, où il est parlé de l'audience que le pape avait donnée à M. de La Lane et à ses collègues en passant dans son antichambre, le 21® jour du mois de décembre précédent, lorsqu'ils lui présentèrent leurs écritures et leurs deux mémoriaux italiens de ce temps-là, comme d'une audience qui avait duré Vespace d'un temps très notable. Il reconnaît que le pape ne fit qiie s'arrêter un moment à eux, et autant qu'il fallut pour recevoir leurs écrits et leur dire les deux mots qu'il leur dit quand il les lui présentèrent. Et il dit que cet auteur lui pardonnera bien s'il dit qu'il fallait que les mémoires sur lesquels il parlait ainsi dans sa seconde lettre ne fussent pas assez exacts. Voilà la manière noble et sincère dont il faut corriger franchement ses fautes et celles de ses amis.
M. Sinnich, docteur de Louvain, fit imprimer en ce temps-