‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 244 sur 510 · LIVRE Xt · texte numérisé non relu

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de le faire imprimer à Paris par le sieur Puget, et il parut en public, avec privilège du roi, dès les premiers jours du mois de janvier de cette année 1654.

Il est vrai que iM. Morel, l'un des censeurs des livres, avait fait tous ses efforts chez M. le chancelier pour le décrier et tâcher d'en empêcher le privilège, jusqu'à soutenir que c'était un ouvrage supposé et faussement attribué à saint Augustin par ceux qu'il appelait jansénistes, et qu'il le prouverait sans difficulté. Mais il fut confondu sur ce sujet par M. de Priésac, savant conseiller d'État, qui lui fit voir par le style, par la manière de raisonner, par le tour des arguments, par l'explication du sens de l'Écriture et par l'usage et l'application que l'auteur en faisait, qu'il était impossible de l'attribuer à un autre qu'à saint Augustin sans faire paraître ou une extrême ignorance, ou une prodigieuse malice. Cette petite tempête s'apaisa : M. Morel fut contraint de garder le silence sur ce point, et M. le chancelier reçut agréablement les exemplaires qui devaient être fournis à sa bibUothèque.

Le P. Vignier l'avait dédié à M. le cardinal de Retz, non seulement parce qu'il le considérait comme coadjuteur de l'archevêque de Paris qui l'avait souvent exhorté à l'édition de cet ouvrage, mais aussi par la vue des obligations qu'il avait au P. de Gondi, son père, l'un des principaux ornements de leur congrégation. Les Jésuites ne manquèrent point de l'attaquer par cet endroit; ils tirèrent avantage de la disgrâce dans laquelle le cardinal était tombé pour entreprendre par leurs intrigues la suppression de ce livre, que des personnes équitables auraient envisagé comme un trésor. Ils pubUèrent qu'il y avait dans l'épître rliminaire de cet ouvrage un éloge injurieux au roi et à jon conseil, qui par l'exagération du mérite de ce prélat faisait voir à tout le monde l'injustice que l'on commettait en retenant prisonnier. Et quoiqu'il n'y eût rien dans tout (e corps de la lettre qui donnât aucun fondement à cette

iposture, et que la seule lecture justifiât le P. Vignier le cette fausse accusation, les Jésuites ne laissèrent pas de

mtenir leur calomnie chez le roi, chez la reine et dans

lute la cour, ayant attiré à eux les ennemis de ce cardinal [tles flatteurs du premier ministre qui assurèrent qu'il n'y

rai t rien de plus injurieux à Sa Majesté. M. le cardinal

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Mazarin se laissa persuader que la chose était ainsi, et au lieu de faire venir le livre, qui était dans sa bibliothèque, pour s'en instruire par ses yeux, il prit la calommie pour une vérité constante, et employa l'autorité du roi pour ordonner au libraire d'en faire cesser la vente. Sous ce prétexte, les partisans de Molina joints aux Jésuites tâchèrent de se prévaloir de l'occasion pour décrier cet ouvrage, qui était la ruine entière de la nouveauté de leur doctrine; ils publièrent partout que c'était une fourberie de ceux qu'ils appelaient jansénistes, qui voulaient faire passer leurs erreurs sous l'autorité de saint Augustin, et ne le pouvant faire par les ouvrages qui étaient entre les mains de tout le monde, ils lui supposaient un faux ouvrage où ils les avaient semées dans presque toutes les pages, n'y ayant rien de plus contraire à la constitution que tout ce qu'ils faisaient dire à saint Augustin. Mais comme ils avaient affaire à des personnes très éclairées et très sages de la congrégation de l'Oratoire, et entre autres au P. Senault, qui n'avait pas moins de crédit auprès du roi et de la reine qu'eux-mêmes, cet ouvrage trouva des protecteurs aussi éclairés et aussi puissants qu'il avait eu des calomniateurs passionnés. Ces célèbres prêtres de l'Oratoire découvrirent sans emportement et sans chaleur qu'il n'y avait rien de nouveau, sinon le corps de l'ouvrage que saint Augustin avait composé contre les ennemis de la grâce de J. G., et particulièrement contre Julien ; que tout ce que le P. Vignier avait dit de M. le cardinal de Retz dans l'épître liminaire était sans affectation et sans dessein d'offenser le roi ni aucun autre, l'auteur étant trop bien instruit de son devoir envers Sa Majesté. Car pour le fond des sentiments de ce prêtre, leur confrère, qui pouvaient avoir rapport avec la constitution, il n'y avait rien de plus contraire à la vérité que ce qu'on avançait contre lui, selon que tous les ennemis de cet ouvrage pouvaient le reconnaître par la lecture de la préface, dans laquelle le P. Vignier prenait à tâche [de démontrer] qu'il n'était nullement dans l'opinion des disciples de saint Augustin; qu'il était fort éloigné de la pensée de favoriser les erreurs qui avaient été condamnées, n'ayant eu pour but que de rendre cet ouvrage public pour la gloire de Dieu et pour Thonneur de ce saint docteur de l'Église. Cette réplique réduisit les Jésuites à l'impuissance de ré-

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