LIVRE XT
les choses aux dernières extrémités, et qu'il ne doutait quasi plus que nous ne fussions à la veille de voir un schisme dans l'Église pour leur opinion ; qu'il fallait l'éviter autant que l'on pourrait et souffrir plutôt toutes choses, que de blesser en rien du monde l'unité de l'Église, qui est Jésus-Christ même ; mais qu'il ne fallait rien oublier pour défendre la vérité que saint Augustin appelle le roi de ce royaume divin.
Ceux qui aimaient sincèrement la paix de l'Église ne pouvaient s'empêcher de déplorer la conduite que l'on tenait, puisqu'au lieu de chercher les voies naturelles de décider une question de fait, qui eût été de faire une exacte discussion des passages de Jansénius sur lesquels on prétendait établir comme de lui les cinq propositions condamnées, on voulait les lui attribuer sans examen, comme s'il n'eût jamais fait de livre, ou comme si celui qu'il avait fait et sur lequel on avait déjà tant écrit devait être effacé pour jamais de la mémoire des hommes dès que les évêques assemblés au Louvre auraient écrit une lettre au pape et une autre à leurs confrères dans les différentes provinces du royaume pour leur mander qu'ils l'avaient jugé digne de leur condamnation, sans avoir jugé qu'il méritait un examen conforme à l'importance de la matière.
Mais il est difficile de dire s'il y a eu jamais un plus grand avilissement de la dignité épiscopale que celui qui paraissait visiblement en cette rencontre. Car quand on considérait qu'un cardinal, aussi indifférent à saint Augustin, à Jansénius et à toutes sortes de questions théologiques que l'était le cardinal Mazarin, et qui, n'ayant nul autre rang dans l'Église que celui de simple tonsuré qui le mettait en état de posséder une infinité de bénéfices et celui du cardinalat, présidait à tout le clergé de France pour faire plus que le pape et décider par des intérêts politiques un fait auquel Sa Sainteté n'avait pas touché dans sa bulle, [et] formait les suffrages des évêques et des successeurs des apôtres par une seule parole, par un simple geste, par un clin d'œil, il était impossible de ne pas déplorer l'esclavage où se trouvait toute l'église gallicane.