LIVRE XI
leur chapelle de Saint-Louis*. Ce jésuite, qui avait succédé [au Père Bonnefons dans cet emploi, ne jouait pas moins la comédie que lui, et ayant en vue de faire concevoir de bonne heure une grande horreur des disciples de saint Augustin aux jeunes enfants, qui gardent ordinairement toute leur vie les impressions qu'on leur a données dans cet âge tendre, il ne cessait de leur dire que le prétendu jansénisme contenait un poison plus mortel que toutes les autres hérésies ensemble, et était quelque chose tout autrement dangereux que le calvinisme.
Un jour, après avoir fait des demandes pitoyables aux plus hardis de ces enfants, il leur demanda nettement quel était le plus dangereux d'être janséniste ou d'être calviniste ; et sur ce qu'ils lui répondirent selon leur papier que c'était d'être janséniste, il leur donna mille éloges pour un sentiment si juste et si équitable. Comme si l'anéantissement des sacrements les plus augustes, l'abolition des vœux, la destruction de la hiérarchie, l'établissement du libertinage, et tous les autres chefs si horribles de la secte de Calvin étaient un moindre mal que de nier ou de douter que cinq propositions fussent dans le livre d'un évêque! Et sur cela ce catéchiste bateleur, après avoir fait une infinité d'exclamations satiriques et avoir dit :« Allons la flûte, » on entendait sonner une flûte qui faisait retentir d'airs de triomphe toute cette église de Saint-Louis*. Ces jeunes enfants, que la douceur de cette harmonie avaient mis en belle humeur, sautaient d'allégresse, et les Pères qui assistaient à cette action s'en divertissaient de leur côté.
Les curés qui avaient déjà commencé des poursuites contre lui pour de semblables emportements, et obtenu un décret d'ajournement personnel, crurent que cette insolence les obligeait à renouveler leurs procédures, et si les puissances temporelles, qui sont le soutien le plus ordinaire de leur compagnie, ne fussent intervenues afin de détourner le coup, son triomphe se serait changé en confusion, et ce farceur spirituel aurait servi d'exemple à tous ceux qui
1. Dans la rue Saint-Antoiae ; le lycée Charlemagae occupe les anciens bâtiments du collège, devenu plus tard la maison professe des Jésuiles; l'église actuelle de Saint-Paul-Saint-Louis, construite sous Louis XIll, en était la chapelle.