LIVRE XXVII
louange ce Révérend Père dont ils venaient de censurer la conduite.
M. de *** manda qu'il avait un sensible déplaisir du peu de courage des grands-vicaires, qui avaient abandonné leur propre cause et celle d'une infinité de personnes innocentes sur une folle appréhension qu'on leur avait inspirée contre toute apparence de vérité ; que tout ce que la cour exigeait d'eux était qu'ils donnassent contentement à M. le nonce, ce qui leur eût été le plus facile du monde s'ils se fussent contentés de faire un mandement en termes de civilité et de respect pour expliquer le premier sans en ruiner les restrictions essentielles, et que cela étant, Rome les aurait embrassés comme ses enfants ; que ni M. le nonce, ni le P. Annat, ni M. de Toulouse ne s'attendaient point aune victoire si triomphante ; qu'il savait de bonne part qu'on se fût contenté à la cour de cette satisfaction civile, parce qu'on avait déclaré à M. de Toulouse qu'il disposât si bien toutes choses qu'on ne revînt plus à redemander que l'on poussât de nouveau les gens, parce qu'on ne voulait pas avoir toujours des gens à pousser. Que c'était sur cela que cet archevêque, s'étant uni avec M. le nonce, était venu à Paris pour faire ses derniers efforts dans cette affaire afin de sauver son formulaire; que pour peu que ces grandsvicaires eussent tenu ferme, M. le nonce aurait reçu leur satisfaction et laissé le formulaire sans s'en mettre autrement en peine ; qu'après cela il ne fallait rien attendre de la cour, sinon qu'elle laisserait une liberté entière à M. le nonce, aux évêques et aux Jésuites d'user de leur victoire comme il leur plairait, et de pousser l'affaire jusqu'aux extrémités, voyant que les grands-vicaires avaient été capables d'une si grande frayeur sur des menaces.
M. Joysel avoua à ses amis qu'avant cette désertion des grands-vicaires ceux de son parti ne savaient où ils en étaient; mais que depuis cette chute, dans un temps où la cause de leurs adversaires était sur le point d'être gagnée, il n'y avait plus rien de gâté.
Aussi M. le doyen en fut tellement confus qu'il n'osa ouvrir la bouche pour parler de son mandement dans l'assemblée des curés qui se tint au commencement de ce mois, de peur que quelqu'un d'eux ne s'élevât contre lui
pour lui reprocher sa lâcheté. Il alla néanmoins à Port- Royal pour faire savoir aux religieuses comment ils avaient été forcés de signer le mandement que M. le nonce leur avait présenté, et leur en parla d'une manière peu conforme à la disposition de ces généreuses filles, qui ne craignaient que d'offenser Dieu et de blesser leur conscience en trahissant la vérité et la justice, sans se conduire par les vues basses et humaines qui sont les règles de l'intérêt. Il leur dit que c'était une véritable violence qu'on leur avait faite, en les menaçant de les exiler hors du royaume ; que c'était une chose bien terrible à un homme de son âge, qui était chargé de neveux et de nièces dont il était l'unique appui, leur tenant lieu de père, de mère, d'oncle et de tuteur, et qu'il n'avait pu se résoudre à les abandonner, ce qu'il eût fallu faire nécessairement s'il eût demeuré ferme dans sa première résolution ; mais que pour ce qui était du fond [de] l'acte, comme il avait été extorqué par violence, ils ne prétendaient pour cela contraindre et gêner les consciences, ni obliger personne à croire le fait comme un article de foi, nia le condamner comme une hérésie, et qu'il fallait laisser passer cet orage en patience sans faire de bruit ni d'éclat. Il promettait en cela plus qu'il ne devait tenir, et ne prévoyait pas que, s'étant mis dans la dépendance de la cour, on pousserait la chose aussi loin qu'elle pourrait aller, sans le consulter en nulle manière.
On publiait en ce temps-là que l'accommodement de M. le cardinal de Retz était fait en se démettant de son archevêché pour l'abbaye de Saint-Denis et quelques autres abbayes, avec une somme d'argent très considérable pour payer ses dettes, qui lui devait tenir lieu de restitution des fruits de son archevêché, dont on l'avait empêché de jouir jusqu'alors. On disait que cet accommodement n'avait point été négocié avec la cour par aucun des amis de ce cardinal, mais par une personne très considérable qui n'avait aucun rapport ni avec les ministres ni avec lui, et qu'on avait engagé M. de Rodez dans cette négociation, par l'espérance qu'on lui avait donnée qu'il pourrait devenir lui-même archevêque de Paris par cet accommodement. Il fondait espérance sur ce que le roi lui avait dit qu'il voulait suivre l'exemple de l'empereur Charles V, qui avait fait son précepteur cardinal et pape, et il ne se promettait rien moins