‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 249 sur 440 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lettre de M. de Vence à M, d'Andilly, et de la communauté des religieuses de Port-Royal à M. le doyen de Paris. Le roi fait une nouvelle création des chevaliers de ses ordres.

M. de Vence, qui était uni avec M. d'Andilly par le lien d'une très étroite et très ancienne amitié, commençait ordinairement toutes les années par des souhaits qu'il faisait en sa faveur et pour l'heureux succès des affaires de l'Église. Voici la lettre qu'il lui écrivit le 1" jour de l'année 1662 :

« Voici une nouvelle année que nous commençons. Dieu veuille qu'elle nous serve pour gagner l'éternité. C'est l'usage que nous devons faire du temps, et la bonté de Dieu est admirable, voulant qu'avec les minutes qui coulent si vite nous puissions acheter un repos qui ne finira point. Sans cette espérance, la vie serait ennuyeuse en tout temps, mais elle serait insupportable en celui-ci, que nous pouvons dire à Dieu : Salvumme fac, DeuSy quoniam defecit sanctus,et deminutœ sunt veritates a fîliis hominum. Je suis très indigne de la défendre, et plaise à Notre Seigneur, que je ne prophétise pas comme Caïphe, qui erat Pontifex anni illius. C'est peu de soutenir la vérité, si on ne vit selon la vérité, laquelle nous doit délivrer premièrement d'erreur, et après de l'amour du monde et de toutes ses convoitises. Il est vrai que régulièrement la délivrance du cœur suit celle de l'esprit, et que quand l'un est affligé de cette cécité que saint Augustin appelle pénale, l'autre doit être rempli de convoitises illicites : Spargens pœnales excitationes super illicitas cupiditates. Certes si nous considérons les ennemis et les persécuteurs de la vérité, nous reconnaîtrons que leur volonté n'est guère nette des mauvaises affections du

siècle, et que leur captivité fait leur aveuglement ou malicieux ou volontaire. Demandons à Dieu qu'il les illumine, et attendons en paix qu'il fasse ce changement. Fxspecla dominum, viriliter âge, et confortetur cor tuum. Je suis tellement consolé des marques qu'il vous plaît de me donner de votre affection que je crains d'y avoir trop de complaisance. Priez Dieu pour moi, que je fasse un bon usage du temps cette année pour éviter de tomber dans la nuit, in qud nemo poterit operari. Je salue vos saintes hôtesses, et je leur demande qu'elles se souviennent de mes périls et de mes misères devant leur époux. »

Les religieuses de Port-Royal, dont il parlait, redoublaient leurs gémissements et leurs soupirs devant Dieu, qui était toute leur ressource. Mais comme elles eussent cru le tenter si elles eussent négligé les moyens humains en s'adressant à celui qui avait été le témoin, et qui devait régulièrement être le juge de leur innocence, toute leur communauté sollicita encore une fois la justice de M. le doyen de Notre Dame par cette lettre, qu'elle lui écrivit le l*"" jour de la même année :

« Monsieur, « Ce que nous apprenons tous les jours de vos bontés, etc . ' (Voyez l'imprimé.)

Ce jour-là même le roi tint chapitre, dans l'église des Grands Augustins de Paris, et donna l'ordre de commandeurs du Saint-Esprit à quelques prélats, dont plusieurs avaient tâché de mériter cet honneur par leur grand zèle contre la secte imaginaire du jansénisme. . Ceux à qui il conféra cette dignité furent Messire de Neuville Villeroy, archevêque et comte de Lyon, primat des Gaules; Messire François Adhémarde Monteil de Grignan*, archevêque d'Arles ; Messire Georges d'Aubusson de la Feuillade, archevêque d'Embrun ; Messire François de Harlay de Champvalon, archevêque de Rouen; Messire Léo-

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