‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 370 sur 440 · Une page et demie blanche au ms · texte numérisé non relu

Une page et demie blanche au ms

je ne suis plus dans ce senlimont, et je pense qu'il sera avantageux d'écrire quand on le pourra faire de cette sorte. Mais c'est à vous seul. Monseigneur, à qui cet avantage est réservé. Dieu ne donne pas les mêmes grâces à tout le monde, et il y a aussi peu de prélats qui lui soient fidèles comme vous dans le ministère où il [les] appelle; et la vigueur, la générosité, la force, la constance et la fermeté qui paraissent dans votre conduite et qui accompagnent toutes vos actions avec tant de discrétion et tant de prudence sont à la vérité des vertus épiscopales, mais elles ne sont pas communes à tous les évêques. et il y en a peu qui pussent ou qui voulussent vous imiter. Pour moi, je ne souhaite rien avec tant de passion, et je ne m'estime que par le désir que j'en ressens, et par l'honneur que j'ai de mériter votre approbation et votre amitié. Ce n'est pas qu'il nous soit avantageux à l'égard du monde de paraître dans une grande union. Ceux de nos frères qui sont à la cour et qui veulent gouverner l'Église à leur mode traitent cela de cabale. Mais qu'ils disent ce qu'ils voudront, je crois que c'est l'esprit de Dieu qui vous pousse et vous anime, et qui vous fait agir, et je ne pense pas que ce soit s'en éloigner d'être uni avec vous comme je prétends l'être inviolablement toute ma vie. Que ces Messieurs fassent encore tel jugement qu'ils voudront de vos lettres, et je ne doute pas qu'ils n'en jugent selon leur inclination et selon leur caprice ; mais je suis assuré qu'il ne se peut rien de plus fort ni de plus précis. Et c'est une merveilleuse adresse d'avoir pu dire dans celle pour M. le nonce tout ce qui ne se pouvait pas écrire au pape ni au roi, et qui est pourtant tout à fait juste et conforme à la vérité et à la sincérité. Voilà, Monseigneur, mes sentiments et mes pensées, que je vous déclare avec liberté, m'imaginant que vous ne le trouverez pas mauvais. Après cela, il ne me reste qu'à prier Dieu qu'il vous augmente ses grâces, qu'il répande ses bénédictions sur votre personne sacrée et sur votre ouvrage, et à vous demander part en vos prières, aussi bien qu'en l'honneur de votre bienveillance, et à vous supplier de me croire à toute épreuve, etc. »

M. de Beauvais reçut encore en ce même mois une conso- [ lation sensible par une autre lettre que M. d'Alet lui

écrivit sur les deux qu'il avait écrites au pape et au roi touchant les affaires de l'Église. Voici ce qu'il lui mandait :

« Monseigneur,

« Je ne puis vous exprimer la consolation et l'édification que j'ai reçues de vos lettres au pape et au roi, dont i^ vous a plu me donner la communication par les copies que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer. Je les ai lues et relues par plusieurs et diverses fois, et me suis persuadé qu'elles seraient utiles, tant au service de l'Église en général, et dans l'état des affaires où elle se rencontre, comme aussi pour vous justifier de la conduite que vous avez tenue dans celles qu'on vous a suscitées par les intrigues de quelques ecclésiastiques de votre diocèse. Vous y avez, ce me semble, gardé les protestations que vous y faites aux deux puissances souveraines à qui vous les adressez, savoir la liberté vraiment épiscopale pour ne rien dissimuler de la sincérité de vos intentions et des obligations dans lesquelles vous êtes à raison de votre charge, et le respect que vous devez à leur autorité, pour ôter tout sujet de soupçonner que vous ayez passé dans l'excès. Toute personne bien équitable et sans préoccupation en jugera de même, ce me semble. Je ne m'étends [pas] dans ce discours pour faire vos éloges, que votre modestie ne pourrait pas souffrir, mais pour vous en dire mes sentiijients avec sincérité, et pour rendre seulement témoignage à la vérité connue. Que si, à raison des affaires publiques qui appliquent l'esprit des puissances ailleurs, on ne fait pas présentement toute la réflexion sur le poids de vos raisons et de vos remontrances qui serait à désirer dans des affaires de cette importance, le temps viendra, comme vous dites, Monseigneur, qu'on reprendra les matières interrompues, pour l'éclaircissement desquelles vos deux letlres ne donnent pas peu de jour et de lumière. Pour ce qui me regarde, je tâcherai de profiter des encouragements qu'il vous plait de me donner, tant par la force de vos discours que [par] celle de vos exemples. Et si bien (sic) je ne puis atteindre à la perfection de cet original, je tâcherai de l'imiter à proportion de ma faiblesse. J'ai grand besoin. Monseigneur, qu'il vous plaise d'y ajouter le secours de vos prières vers celui qui est toute notre lumière et notre force. Je suis en lui de

toute rétendue de mon affection, et avec tout le respect que je dois,

« iMonseigneur, << Votre très humble et très obéissant serviteur, « Nicolas, évéque d'Alet.

« Ce jour de saint Nicolas, notre commun patron. »

Dieu formait insensiblement une étroite union entre ces trois prélats pour défendre son Eglise, et pour faire voir par leur conduite la vérité de ce qu'il a dit par l'organe du Sage : qu'un triple cordon se rompt difficilement. M. de Beauvais avait soutenu longtemps lui seul toute la tempête, y ayant plutôt été engagé par l'horreur de l'injustice et par une nécessité pressante de défendre sa Juridiction que par le désir de défendre les vérités dont il s'agissait dans l'Église. Au lieu de trouver de la protection dans le clergé contre les entreprises de quelques-uns de ses chanoines révoltés, ses propres confrères s'étaient fait un honneur de maintenir ceux qui l'accablaient, et qu'ils étaient obligés de réprimer, si les inclinations de la cour ne leur eussent pas tenu lieu d'une souveraine loi. M. d'Angers s'était enfin déclaré pour la bonne cause, et M. d'Alet, qui avait cru longtemps que le parti de la soumission aveugle était le meilleur, avait reçu pour récompense de sa piété un accroissement de lumière qui lui avait fait changer de sentiment, et qui l'exposa ensuite lui-même à la persécution. On peut remarquer, par tous ces incidents, que la vérité seule, la justice et la charité unissaient ces trois évêques, et que rien ne fut jamais si éloigné de cabale que la correspondance de ces trois prélats.

Au commencement du même mois de décembre, M. d'Angers avait reçu un témoignage avantageux de la part de M. le cardinal Grimaldi par cette lettre :

« Monsieur, « Je me sens infiniment obligé, non seulement à la bonté que vous avez de m'honorer de votre souvenir, mais encore d'être persuadé que tout ce qui vous touche m'est extraordinairement cher. D'un côté vous me faites justice, et de l'autre je ne saurais assez vous en remercier. J'ai lu les réponses que vous avez faites aux dernières lettres du roi et de M. le nonce. Elles sont d'un tel poids et d'une telle

force, et concertées avec laiilde prudence que je ne pense pas qu'on y puiî;se trouver à redire. Je vous supplie très humblement de me continuer l'honneur de votre amitié et de me croire, toute la vie, « Monsieur,

« Votre très aflFectionné serviteur, « H. cardinal Grimaldi. »

A Aix, ce 2 décembre 1662.

M. de Vence, qui était le lien du commerce de ces deux prélats, avait déjà mandé à M. d'Andilly que M. le cardinal Grimaldi était disposé à perdre plutôt son archevêché qu'à consentir à l'injustice qui se commettait par l'exaction des signatures du formulaire.

Le même M. de Vence avait aussi beaucoup de part aux applaudissements que recevaient les prélats généreux, quoiqu'ayant fait souscrire le formulaire, sa générosité ne fût pas fort dangereuse. Il se trouva fort honoré d'une lettre que M'"^ de Longueville lui avait adressée sur celle qu'il venait d'écrire au roi, et il lui lit cette réponse :

« Madame,

« La lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire m'a donné une confusion que je ne vous puis exprimer. Car qu'est-ce pour un évêque que d'écrire au roi avec quelque liberté ses sentiments sur une matière aussi importante pour la paix de l Kglise qu'est celle dont il s'agit maintenant? C'est faire son devoir^ et le faire avec toute sûreté, car le roi est trop pieux et trop bon pour faire courir aucun danger à ceux qui en usent de la sorte. Il faut bien que s'exposant par cette liberté à souffrir la persécution de leurs adversaires, ils y aient été contraints par la force de la vérité qu'ils n'ont pu abandonner. Ne louez donc pas tant. Madame, ce que j'ai fait, de peur que les louanges d'une personne qui vous ressemble ne me fassent perdre la récompense que vous dites que Dieu me donnera. L'amour-propre se nourrit de viandes bien moins délicates que n'est votre approbation. Je ne mérite pas de rien faire pour la gloire de Dieu et pour la défense de sa vérité. Il en est le maître, et il sait à quel point il veut permettre qu'elle soit attaquée. Je suis assuré qu'il ne la laissera jamais accabler tout à fait. Je le remercie des grâces dont il comble

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