‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 102 sur 522 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

sait agir comme un homme qui ne demandait simplement qu'un écrit qui pût servir de quelque couverture '. Et ce fut ce qui porta M. de Saint-Cyran à faire mention du Concile de Trente, pour le contenter en quelque chose.

Après qu'il eut cessé d'écrire, M. Lescot lui fit quelque difficulté sur la doctrine, en tant qu'elle est distinguée de la discipline, M. de Cyran lui ayant répondu en peu de mots ce qu'il fallait, et voulant toujours ôter les scrupules, il ajouta que si il voulait, il distinguerait en cet écrit ces deux choses, et à l'instant il écrivit quatre ou cinq mots sur une des lignes, mais parce que cela faisait quelque difformité, il s'offrit à copier le tout, ce qu'il fit fort promptement. Voilà de quelle manière fut dressée la déclaration que l'on vient de rapporter.

Cette addition du Concile de Trente donna occasion à M. de Saint-Cyran de lui dire, sur ce qui s'était passé l'année précédente, qu'il lui était arrivé la même chose qu'il avait autrefois ouï dire à M. le cardinal du Perron, que se trouvant pressé sur la matière du pape par feu M. l'avocat général Servin', qui l'était venu voir, et ne lui voulant pas répondre si fortement qu'il eût pu, de peur de le fâcher, il eut une telle émotion de la contrainte qu'il se fit qu'il en eut la fièvre la nuit suivante ; qu'il pouvaitdire demême qu'ayant eu dessein de s'humilier beaucoup, il s'était retenu comme par force en parlant du Concile de Trente, dans lequel il voyait clairement que toute la discipline ancienne touchant la pénitence était contenue, ce que M. Lescot écouta sans dire un seul mot.

M. de Saint-Cyran lui dit aussi que jamais homme n'avait été accusé plus injustement que lui de n'approuver pas le Concile de Trente, et que néanmoins c'était une chose admirable que tous les accusateurs étaient gens de bien et dévots, qu'il les connaissait tous, tant les visibles que les invisibles, mais qu'il ne se plaignait de personne, et que s'il le voulait faire, il ne se plaindrait que d'un seul. Et sur ce, M. Lescot lui demanda si ce n'était parle P. Joseph (il était mort le 8 décembre 1638), il lui dit que non, mais que c'était le P. de Condreu, général de l'Oratoire.

1. Ms. : Ce qui faisait qu'il se retirait aussitôt. — Supprimé, et sans doute avec raison.

2. Louis Servin qu'il ne faut pas confondre avec Servien (1555-1626).

Mais pour détourner le discours il ajouta qu'il avait toujours déclaré qu'il était prisonnier de Dieu ; qu'il l'était effectivement avec grande justice, et qu'il lui devait beaucoup plus que cela. Que Dieu lui avait peut-être voulu donner le moyen de lui payer ce qu'il lui devait ; que cette pensée lui avait toujours fait prendre sa prison comme une des plus grandes faveurs qu'il lui eût jamais faites; qu'il l'avait quelque fois supportée avec joie et toujours avec résolution d'y être autant qu'il lui plairait, ne voulant être délivré que par lui ; qu'il était tellement à Dieu, qu'il ne lui restait après sa prison que de rencontrer quelque sujet de lui donner sa vie, même sur un échafaud.

M. Lescot lui dit sur ce sujet : Vous savez que M. le cardinal a toujours eu de l'inclination pour vous, et ajouta quelqu'autre chose d'un ton assez bas, ce qui fit que M. de Saint-Cyran ne l'entendit point, ne prêtant pas beaucoup l'oreille à tout cela, et se contentant de lui répondre avec modération et retenue, de peur de s'avancer trop, ou de ne pas trouver des paroles assez agréables et respectueuses, parce qu'il était toujours dans sa vigueur, et dans une liberté intérieure qui lui élevait l'esprit ; c'est ce qui lui fit dire en peu de mots qu'il n'avait jamais mieux connu qu'en cette rencontre la différence qu'il y a entre l'obéissance chrétiennne et celle des religions* ; que l'une ne regarde ordinairement que le seul supérieur, mais que l'autre, s'attachant premièrement à celui qui a la puissance principale, s'étend ensuite jusqu'au moindre de ses valets. Après cette protestation, il se tint ensuite dans un silence plein de respect sur cette matière.

En parlant de sa prison et de la disposition à la bien supporter, il fut dit que cela n'empêcherait pas qu'il n'eût beaucoup pâli, surtout par ses veilles, et M. Lescot lui ayant demandé si elles duraient encore, il lui répondit que sans cela, il eût voulu toujours être où il était.

Ce docteur s'enquit aussi pourquoi il ne sortait point; il répondit qu'il y avait sept semaines qu'il n'était sorti de sa chambre que fort peu, ajoutant que le carême l'avait rendu malade, quoiqu'il l'eût violé, en mangeant trop peu de chair à cause de l'aversion qu'il en avait; et qu'il pouvait juger

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