‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 13 sur 522 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

persécutée dans le deuil d'une veuve qui a perdu son époux, et des enfants qui pleurent la mort de leur père, Urbain VHP ne put considérer ce délaissement de tant de fidèles sans en ressentir jusqu'au fond de ses entrailles une très vive douleur.

Ce fut ce qui l'obligea de lui donner promptement un successeur, comme il le témoigne lui-même par sa bulle du 4 février 1625, et il jeta les yeux pour cet effet sur la personne de Messire Richard Smith*, évêque de Chalcédoine, qui était un homme de mérite à qui Dieu a fait la grâce de défendre la cause de l'Église, jusques dans son extrême vieillesse, par des écrits qui seront des monuments éternels de sa foi et de son zèle. Il crut même, pour l'autoriser davantage, lui devoir donner la qualité d'ordinaire, et il en rapporta les motifs dans l'acte authentique de sa mission.

Mais autant que son arrivée en Angleterre combla de consolation et de joie les peuples de cet île, qui soupiraient depuis tant d'années après ce rafraîchissement, autant blessa-t-elle les jésuites, qui étant accoutumés àl'anarchie, ou pour mieux dire à la domination sur ce troupeau affligé, ne pouvaient souffrir la cessation d'une souveraineté spirituelle qui leur était si douce et si agréable, et qui leur faisait moissonner de grands avantages temporels. Il y avait déjà trente ans qu'ils tâchaient de détourner ce coup par des artifices et des prétextes qui leur avaient réussi jusques alors ; mais comme ils virent que le pape avait en cela plus d'égard au besoin des peuples qu'à contenter leur ambition, ils firent entrer dans leur parti quelques réguliers qui, étant liés avec eux par les mêmes intérêts, s'unirent audessein qu'ils avaient de ruiner la mission de M. l'évêque de Chalcédoine. Le zèle que ce prélat avait pour la discipline de l'Église et pour lasécurité de son peuple redoubla encore leur indignation. Car comme il suivit le mouvement de

1. Maffeo Barberini, né en 1558, succéda à Grégoire XV en 1623, condamna le livre de Jausénius en 1642 et mourut en 164i.

2. Richard Smith (1366-1 653), évêque de Chalcédoine, s'efforça de continuer en Angleterre l'œuvre de Bishop; mais poursuivi par la haine des réguliers, il se réfugia en France, fut d'abord accueilli par Richelieu, qui lui donna une abbaye, puis dépouillé par Mazaria: il mourut dans le dénuement le plus complet.

Pie V*, en ne permettant aux réguliers d'entendre les confessions des fidèles qu'après avoir reçu son approbation en qualité de leur ordinaire, ils regardèrent cette obligation comme un joug insupportable.

Ils étaient accoutumés à l'indépendance par une trop longue habitude pour pouvoir consentir à cet affaiblissement de leur liberté. Ils voyaient avec douleur diminuer de jour en jource grand crédit qui les avaitrendus si longtemps les maîtres absolus des catholiques, et le nombre des présents qu'ils en avaient reçus depuis tant d'années n'était plus si grand qu'à l'ordinaire, comme leur provincial même le déclara de bonne foi dans une lettre qu'il écrivit alors à cet évéque.

Ils voulurent donc, à quelque prix que ce fût, se délivrer de cet embarras, et cherchèrent dans leur politique tous les moyens imaginables d'éloigner d'eux ce prélat qui leur paraissait trop vigilant, et de ne pas souffrir plus longtemps en Angleterre aucun vestige d'épiscopat, quoique les catholiques n'en eussent jamais eu tant besoin quedansle temps de leur affliction générale. Et au lieu de considérer que les anciens évêquesse travestissaientautrefois pendant de semblables conjonctures, et violaient en quelque manière, par un pur motif de leur charité pastorale, la discipline des saints canons qui restreint l'autorité de chaque prélat dans les bornes de son diocèse; au lieu de suivre l'exemple de saint Eusèbe de Samosate, et quelques autres qui en ont usé ainsi, ils ne s'appliquèrentqu'àcherchertous lesmoyens imaginables de réduire cet homme apostolique à ne pouvoir plus demeurer davantage avec liberté dans une île qu'ils considéraient comme leur conquête.

Pour cet effet, ils tâchèrentde soulever les catholiques, de donner des sens captieux à la bulle du pape pour en empêcher Teffet, de fournir des difficultés à ceux qu'ils avaient dessein d'engager dans leur parti, et de réunir les laïques au corps des réguliers révoltés, sans être touchés de la piété et de la charité apostoliques de cet évêque si zélé, qui visitait à pied tous les catholiques renfermés dans l'étenduede cette grande île, et qui allait de ville en ville, et de bourgade

1. Michel Ghisleri (1504-1572), pape sous le nom de Pie V de 1566 à 1572, fut canonisé par Clément XI en 1713.

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