‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 15 sur 522 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

livres, dont il n'avait ouï parler que très légèrement par un bruit confus, et que ce serait d'eux-mêmes qu'il voudrait en apprendre l'auteur.

Le clergé de Franco, ne se payant pas d'une si méchante monnaie, dit que la chose était d'une assez grande conséquence pour obliger ce provincial à interrompre ses exercices pour quelque temps. De sorte que le provincial voyant qu'il lui était impossible de fuir davantage, prit enfin le parti de se présenter devant eux, mais ce ne fut que pour leur dire que le livre de Smith était l'ouvrage d'un de leur société, mais qu'ils n'avaient nulle part à l'Apologie. Il les pria de ne rien prononcer contre eux, puisqu'il s'agissait de livres composés hors du royaume, dont ils n'avaient pu être informés qu'avec peine, et qu'ils attendaient dans peu de temps le sentiment du pape sur cette matière. Et comme une réponse si peu raisonnable et si insolente ne pouvait satisfaire ces prélats, ce jésuite dit entre ses dents en s'en allant, que s'ils passaient plus outre dans cette affaire, ils verraient encore dans la suite d'autres choses plus considérables, et que la dernière erreur serait pire que la première ; ce furent ses propres paroles.

Le discours si téméraire de ce provincial pouvait être pris raisonnablement pour un aveu et pour une reconnaissance expresse de la vérité du fait de ces livres, et il n'y avait plus lieu de douter que c'était l'ouvrage de leur compagnie. Néanmoins le clergé, se contentant de la condamnation des livres, et de la condamnation des erreurs qui y étaient soutenues, sans en marquer les auteurs, adressa sur ce sujet à tous les autres évéques du royaume une lettre circulaire datée du 10 février, dans laquelle ils répondent à leurs confrères, que la charité épiscopale n'a point de bornes, quoique leur juridiction ait des limites, et leur exposent le but de ces livres qui ne tendent pas seulement à ruiner l'autorité épiscopale et le sacrement de la confirmation, mais à renverser même entièrement la hiérarchie, c'est-à-dire la chose du monde la plus auguste qui soit sur la terre, sans épargner même le successeur de saint Pierre. Ils prononcèrent ensuite leur censure contre ces deux livres, déclarant qufe dans le premier il y a un très grand nombre de propositions fausses, présomptueuses, téméraires, contraires à l'institution des curés qui est si an-

cienne, et pernicieuses au salut du peuple chrétien et des personnes simples; qu'il y en a aussi plusieurs erronées, injurieuses à l'ordre sacré des évêques, et qui semblent n'avoir été écrites que pour ruiner entièrement la hiérarchie, ou pour la troubler; que l'on y en trouve aussi quelquesunes de contraires à la parole de Dieu, qui est toute sainte et toute sacrée, et à l'autorité des conciles œcuméniques, et qui insinuent l'hérésie à ceux qui les lisent, si elles ne l'exposent point ouvertement.

Ces prélats attribuent aussi ces mêmes qualifications au second de ces deux livres, reconnaissant que toutes ces choses s'y rencontrent encore plus grossièrement que dans le premier, et que les blasphèmes que l'on y lit sont plus simples et moins déguisés; mais ils déclarent de plus qu'il s'y trouve aussi plusieurs propositions dangereuses, séditieuses, impies, qui ont un très grand penchant vers l'anarchie et confusion de tout ordre, comme les partisans mêmes et les amis de l'auteur seront obligés de le reconnaître, s'ils aiment l'honneur de J.-C. et .de la vérité catholique, ils ajoutent qu'il y en a aussi plusieurs schismatiques, blasphématoires^ très injurieuses au sacrement de confirmation, et qui ruinent l'autorité du pape, qui est après J.-C. le souverain père de tous les fidèles. Enfin, ils déclarent qu'il y en a quelques-unes où l'on abuse de la parole de Dieu en la détournant à des sens impies, et qui sont manifestement hérétiques, et que ces prélats témoignent ne pouvoir rapporter sans gémissement'.

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