‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 167 sur 522 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Visite du collège de Macmoutier par M. de Saint-Amour, recteur do l'Université. Vérités académiques.

Quoique M. de Saint-Amour eût perdu une puissante protection par la mort de Louis le Juste, de glorieuse mémoire, qui l'honorait de sa bienveillance çt qui avait la bonté de prendre quelque intérêt dans le succès de ses études, il ne ralentit rien néanmoins de sa première géné-

1. Ms. : M et qu'il fallait lui faire du bien pour pouvoir servir l'Églisç », faute évidente.

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rosité, et quoique les j«?8uites ne poursuivissent pas la requête qu'ils avaient présentée au conseil par les maiqs de leurs disciples, il crut être engagé assez avant daps ce combat pour ruiner les préjugés dont plusieurs s'étaient laissé prévenir en leur faveur.

Ce fut la matière d'un livre que l'on publia pour lors, au commencement de l'été de la même année, polis le nom de : Vi'rités académiques, ou réfutation des préjugés populaires dont se servent les jésuites contre V Université de Paris. M. Hallier avait encore inspiré le projet de cet ouvrage et Ton n'avait encore nul soupçon de sa liaison avec ces Pères.

On entreprenait d'y faire voir, par des raisops générales et particulières, leurs manquements dans les petites classes de grammaire, fondés sur le trop grand nombre d'écoliers, dont il leur était impossible de prendre un soin suffisant, quand même ils voudraient s'y appliquer, et sur la qualité des maîtres qui ne se chargeaient de ces enaplpis que pour passer à de plus grands; au lieu que les professeurs de l'Université de Paris passaient pour l'ordinaire toute leur vie dans ces exercices.

On y montrait leurs défauts dans leurs classes des lettres humaines, dans leur manière d'enseigner la philosophie, la théologie scholaslique, et on représentait combien leurs sentiments sont dangereux dans la théologie morale.

On y prouvait aussi qu'il n'est point siir de commettre la conscience des jeunes gens à la conduite de ces Pères, et on faisait des réflexions générales sur les directions des consciences dont ils font un de leurs principaux emplois.

On examinait leur succès dans le ministère de la prédication, et par cette occasion, on justifiait les prédicateurs de l'Université de Paris.

On faisait voir qu'ils ne peuvent tirer aucun avantage de la grande quantité de leurs livres. Enfin pour détruire un préjugé capital dont l'apparence surprend la plupart du monde, on montrait qu'ils ne peuvent se vaater raisonnablement d'enseigner gratuitement la jeunesse.

Ce dernier chapitre donnant occasion de parler de leur manière d'agir pour s'enrichir par toutes sortes de moyens, on rapportait sur ce sujet ce qui s'était passé dans la visite du collège de Marmoutier, que M. de Saint-Amour y avait faite, le 8 avril de la même année, assisté de IH. Michel

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Charles, commissaire au Chàlelet. Car au lieu qu'ils avaient enlevé ce collège à l'Université de Paris et aux religieux Bénédictins, sous prétexte de l'usage qu'ils en voulaient faire pour la commodité de leur collège de Clermont, il s'était trouvé qu ils en avaient loué toutes les chambres à des personnes de ménages; que les appartements des religieux étaient occupés par un très grand nombre de femmes et d'artisans qui en avaient fait des boutiques; que par une étrange profanation, la chapelle même de ce collège était devenue une boutique de menuisier, et que le chœur de cette chapelle était changé en un grenier à foin.

Cette revue générale que fît l'Université dans tout l'ordre des jésuites par ce livre des Vérités Académiques les perça jusqu'au cœur. Ils profitèrent même en quelque chose des avis qu'on leur donnait, et à l'ouverture de leurs classes, on vit dans leur collège de Bordeaux un de leurs plus anciens Pères qu'ils avaient nommé depuis peu pour y faire la sixième, afin que cet homme vénérable par sa barbe blanche réfutât, par sa seule vue, l'auteur de cet ouvrage qui leur avait reproché de ne destiner que de jeunes ^ens à cet emploi. Il joignit même une harangue composée dans ce dessein. Mais cette réformation a eu peu de suite, et ils ne s'en sont servis que quand ils ont voulu humilier quelqu'un de leurs Pères.

Ils entreprirent même d'y répondre, mais ils le firent d'une manière si pleine de fiel, et en même temps si ridicule et si capable de les exposer au mépris de tous les honnêtes gens qu'ils en rougirent eux-mêmes et supprimèrent cette réponse. Ce qui n'empêcha pas néanmoins que l'Université de Paris, qui en avait recouvré un exemplaire, n'en fil imprimer un échantillon dans un autre de ses ouvrages. Comme il est assez agréable, et peut servir à faire connaître leur génie, il ne sera pas inutile de mettre ici ce ridicule lambeau :

« Je vous salue, disait cet auteur, beau titre, beau frontispice des vérités, je vous salue. Mais pourquoi me choquez-vous en me flattant, me rebutez-vous en m'attirant, et ne faites-vous que des tromperies de vos promesses? Ah si j'avais en main les institutions chrétiennes, mais d'un Calvin, les cathéchèses catholiques, mais d'un Luther, les boucliers de la foi, mais d'un Du Moulin, la théologie ortho-

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