‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 182 sur 522 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

fut tout autrement frappé d'indignation quand on les vit jointes dans un même corps. Aussi les Jésuites en furent irrités au dernier point, et firent voir par la multitude et la contradiction de leurs réponses l'extrême embarras où ils se trouvaient réduits, ne pouvant se justifier que par des récriminations mal fondées, ou par des injures atroces contre ceux qu'ils croyaient avoir eu quelque part à cette compilation.

Après une si rude décharge, ils se virent encore poussés fort vivement par l'Université de Paris. La première apologie qu'elle avait produite pour sa défense, au commencement du carême, avait été mieux reçue qu'ils n'eussent voulu ; et on en avait fait plusieurs éditions en fort peu de temps. Le P. delà Haye ', qui avait enseigné la philosophie parmi eux, avait entrepris d'y répondre; il était frère de M. de la Haye Ventelay, ambassadeur pour Sa Majesté à Conslantinople, et l'inquiétude de son esprit a paru depuis ce temps-Là par le moyen qu'il a trouvé de quitter l'habit de jésuite en se faisant évêque in parlibus infidelium, quoiqu'il n'ait jamais quitté ni l'esprit de sa compagnie ni le zèle de leur mauvaise doctrine.

L'ouvrage de ce jésuite, qui avait pour litre : Réponse au livre intitulé Apologie pour V Université de Paris, etc., était plus faible que l'on n'aurait pu se l'imaginer, et ne mettait sa force que dans les injures et les invectives contre le corps et les particuliers. Il avait ramassé de toutes parts tout ce qui était capable de flétrir la réputation des personnes les plus célèbres dont il était composé depuis son établissement. 11 renouvelait la mémoire des différends qu'il avait eus avec les religieux mendiants, quand ils y avaient voulu être incorporés; il avait même l'impudence de rappeler le souvenir de ce qui s'était passé à Paris, pendant la Ligue, par la faction de quelques docteurs particuliers qui avaient chassé leurs confrères, ne pouvant souffrir leur fidélité pour le service du roi ; et il ne considérait point que les Jésuites étaient alors l'âme de cette machine, et que la Ligue ayant été formée dans leur maison de Saint- Louis, c'étaient eux qui en remuaient tous les ressorts. Enfin

1. Jacques de la Haye, entré chez les Jésuites en 1633, les quitta pour suivre son frère à Gonstantinople ; il fut créé archevêque de Nicée.

cet auteur eût aussi bien fait de demeurer dans le silence que de s'attirer une réplique vigoureuse dont il avait fourni la matière.

L'Université n'avait pas perdu de temps pour repousser l'injure que les jésuites lui faisaient, et le libelle du P. de la Haye n'ayant paru qu'au mois de septembre, elle publia sa seconde Apologie dès le commencement de décembre, peu de temps après la satisfaction du P. Nouet.

Jusqu'à ce temps-là, on avait toujours entretenu une assez étroite correspondance avec M. Hallier, et il avait même d'abord fourni quelques mémoires pour cette seconde Apologie, que l'on a encore écrits de sa main, comme il avait fait aussi pour la Théologie morale. Mais comme on commença à s'apercevoir qu'il aurait pu agir avec plus de sincérité qu'il ne faisait, et que la chaleur dont il avait donné des marques pour les droits de l'Université pouvait aussi bien être un effet d'une passion personnelle, et de quelques intérêts secrets que d'un véritable zèle pour le bien public, on se détacha de lui insensiblement, sans en venir néanmoins à une entière rupture, que l'on tâche toujours d'éviter quand on se conduit par un motif de charité, et par les règles de la justice, de la bienséance et de l'honneur. On ne laissa pas même de l'assister encore et d'empêcher qu'il ne fût accablé par ceux qu'il avait irrités par ses écrits pour la hiérarchie.

M. Louis de Saint-Amour, qui avait agi avec beaucoup de vigueur et de zèle pendant toute cette entreprise des Jésuites sur les droits et sur les degrés de l'Université de Paris, ayant quitté le rectorat en ce temps-là, eut pour successeur M. François Du Moustier*, natif d'Amiens, qui avait acquis beaucoup de réputation par les paranymphes qu'il avait faits aux Jacobins en 1632, et au collège de Navarre en 1636, où il avait aussi enseigné assez longtemps les lettres humaines. Il ne venait presque que d'en sortir, et de se retirer dans la maison des Cholets, dont il était boursier, lorsque l'Université, qui avait besoin d'un homme de cœur et de tête, reconnaissant ces deux qualités en sa personne, le nomma recteur dans cette importante conjoncture. Il

1. François du Moustier^ recteur de l'Université en 1644, puis professeur royal d'éloquence au Collège de France, mourut en 1661.

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