‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 196 sur 522 · LIVRE ITT · texte numérisé non relu

LIVRE ITT

par le peu de soin qu'ils avaient de flatter leur Société. C'est ce que fit cet auteur par des paroles foudroyantes ; nous croyons nécessaire de les rapporter, afin que la postérité sache jusqu'où la passion a transporté les Jésuites :

« Grands, à qui Dieu a donnné la puissance de juger les hommes, vous savez mieux que moi, et votre piété en est un témoignage public, que la première justice est celle qui se rend à Dieu. Ouvrez les yeux au malheur qui menace autant l'État que la religion, puisque jamais le changement de l'un n'arrive sans la ruine de l'autre. Quand vous entendez nommer les jansénistes, les cyranistes, les arnauldistes, tremblez, et dites que ce sont des pestes de religion et d'Etat qu'il faut étouffer en leur naissance. Que le pire de tous les remèdes c'est de temporiser avec l'hérésie naissante; qu'il n'est plus temps de dissimuler, puisque Rome a tonné sur leurs têtes criminelles, donnant le signal pour avertir les princes chrétiens que l'Église est attaquée au cœur et qu'il faut joindre la foudre au tonnerre, et l'épée royale avec celle de/l'Eglise, pour exterminer ce malheur de nos jours. »

Il n'y avait ni énigme ni obscurité dans tout ce discours. L'auteur de celte cruelle invective, que Ton croyait être le P. Séguin', jésuite, frère du premier médecin de la reine, s'expliquait assez nettement pour n'avoir pas besoin de commentaire. Il demandait le sang et la vie, non seulement de M. Arnauld, mais aussi de tous les approbateurs de son livre et de tous ceux qui, selon les Jésuites mêmes, en étaient les admirateurs; et s'il en eût été cru, cela aurait fait un grand carnage, car ils étaient en grand nombre. Mais ces grands à qui il mettait l'épée royale à la main ne voulurent pas s'en servir contre un si grand nombre d'innocents. Ils n'employèrent leur autorité qu'à faire arrêter le libraire qui avait imprimé ce libelle séditieux, et les Jésuites, qui ne respiraient que la vengeance, se virent réduits à avoir besoin de tout leur crédit pour se garantir eux-mêmes du supplice qu'ils avaient mérité en enseignant dans leur collège de Clermont une doctrine parricide.

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