‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 200 sur 522 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

M. Aroauld publie son livre de la Tradition de l'Église, et le dédie

à la reine.

Ce n'était pas seulement la flétrissure de M. Arnauld que les Jésuites avait recherchée en tâchant de l'éloigner du royaume, et comme ils avaient appris qu'ayant été traité si injustement dans le livre du P. Pétau et par un si grand nombre de libelles, il se disposait à se défendre, ils avaient eu en vue de l'obliger d'aller à trois cents lieues de Paris afin de lui faire tomber la plume des mains, et de le reléguer en un lieu où il n'aurait plus la liberté de répondre à toutes leurs injures et leurs calomnies. Mais Dieu ruina par sa providence l'eff'et de cette conjuration, et lorsqu'ils croyaient avoir fait avorter l'ouvrage auquel ils savaient bien qu'il travaillait pour y répondre, ils apprirent avec

beaucoup de douleur qu'il était entièrement achevé. Car on en tirait la dernière feuille dans le temps que ce voyage de Rome commençait à faire un si grand éclat, et il parut quelques jours après, avec ce titre : La Tradition de l^ Eglise sur le sujet de la Pénitence et de la Communion, représentée dans les plus excellents ouvrages des Pères Grecs et Latins et des auteurs célèbres de ces derniers siècles, traduits en français par M. Antoine Arnauld, etc.

Le livre était adressé à la reine régente par une épître très modeste, très éloquente et très solide, et aussi digne de la gravité d'un théologien que de la majesté d'une souveraine. M. Arnauld s'y justifiait fortement des accusations que le P. Petau, jésuite, avait faites contre lui dans sa lettre à cette princesse, en lui reprochant déformer une nouvelle cabale, d'introduire une secte de pénitenciers, pleine de témérité ; de vouloir détruire le royaume de J.-C, par des erreurs et des attentats; d'ouvrir l'entrée aux factions et aux schismes, et d'avancer des maximes scandaleuses qui sont autant contraires à l'Etat qu'à l'Église catholique.

11 représentait à Sa Majesté l'injustice du P. Petau, qui n'étant qu'un particulier, voulait que son jugement l'emportât sur l'approbation de seize évéques et de vingt docteurs de Sorbonne qui, ne considérant pas la personne de M. Arnauld, mais les saints Pères, les papes, et les conciles dont il n'avait fait que représenter les sentiments avec une exacte fidélité, avaient approuvé son ouvrage avec éloges. Et sur ce que ce jésuite avait rapporté des exemples qui n'avaient rien de semblable au sujet dont il s'agissait, par lesquels il prétendait montrer que quelques papes et des conciles généraux, étant surprispar les artifices et les déguisements de quelques hérétiques, avaient approuvé des erreurs, M. Arnauld montrait que si cette preuve était suffisante pour justifier l'entreprise du P. Petau, il s'ensuivrait qu'il serait encore permis aux particuliers d'écrire contre le livre de la Fréquente Communion, et de le condamner d'erreur et d'hérésie, quand même le Pape et un concile de toute l'ÉgUse l'auraient approuvé; et il ne doutait nullement que Sa Majesté ne reconnût jusqu'où peuvent aller les pernicieuses conséquences de ce désordre.

Après avoir détruit ensuite le raisonnement du P. Petau, qui voulait rendre suspect le livre de la Fréquente Commu-

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