‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 25 sur 522 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

de Richelieu l'avait reçu avec honneur. Cette Église d'Angleterre traite Aurelius comme son véritable libérateur, et dit qu'elle a presque oublié les chaînes dont elle aurait été accablée, si elle n'était obligée de faire une partie de son triomphe en reconnaissant publiquement que c'est lui qui les a brisées. Elle raconte la double captivité sous laquelle elle a gémi si longtemps, étant accablée d'une part par les lois du royaume, que la bonté et la clémence de leur roi adoucit de jour en jour; mais encore plus par la captivité intérieure et domestique des ennemis qui étaient cachés dans son sein et qui y répandaient leurs hérésies. Après avoir donné à cet illustre inconnu tous les éloges imaginables, la lettre de cette Eglise reconnaissante, finit par ces paroles magnifiques : « Que Dieu vous conserve, grand Aurelius, et reconnaissez que cette Église n'a rien de plus agréable et de plus cher que les travaux dont vous vous êtes acquis, non seulement l'Eglise anglicane, mais aussi toute l'Eglise universelle ; car c'est à vous et à de semblables athlètes de l'Église qu'il faut attribuer l'obligation qu'elle vous a de ce que la hiérarchie instituée par J.-C. se trouve dans un état florissant, et on vous est redevable de ce que la dignité sainte des évéques n'est pas tout à fait foulée au.K pieds, etc. »

Cet éloge doit l'emporter au-dessus de tous les autres, quoique des personnes de toutes conditions aient conspiré en ce temps-là à parler d'Aurelius avec admiration, comme il paraît par une lettre de M. de Balzac*, qui n'étant pas théologien de profession, n'a pas laissé de lui rendre un témoignage glorieux.

Mais toutes ces marques d'honneur ne sont nullement comparables à la gratitude de tout le clergé de France envers ce généreux défenseur de la hiérarchie. Car dans l'assemblée générale qui se tint à Paris en l'an 1635, M. d'Escoubleau de Sourdis*, archevêque de Bordeaux, président, le S'w^ jour d'octobre de relevée, en examinant les comptes de l'an 1633, on alloua au sieur Morel, marchand libraire et

1. Il s'agit ici du célèbre académicieD Jean-Louis Guez de Balzac (1594-1654).

2. Henri d'Escoubleau de Sourdis (1594-1645), évoque de Maillezais en 1623, puis archevêque de Bordeaux. Ce prélat fut un des approbateurs de la Fréquente Communion d'Arnauld.

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imprimeur, l'article de la dépense qu'il avait faite pour l'indemniser des frais de l'impression du dernier volume mis en lumière sous le nom de Petrus Aurelius, et le procès verbal de ce jour porte : « Que la compagnie : attendu les avantages que l'Église a reçus des livres imprimés sous le nom de Petrus Aurelius et du mérite singulier de celui qui les a composés, témoigne qu'elle désirerait le connaître et ^ui rendre les témoignages de l'estime qu'elle fait de sa doctrine. »

Mais le résultat d'une autre délibération du 8 novembre fut encore plus glorieux à ce savant théologien; car la délibération de ce jour contient : « que la compagnie, voulant témoigner l'estime qu'elle fait de la doctrine de Petrus Aurelius, du service qu'il a rendu à l'Eglise, et la gratitude qu'elle en a, elle a député MM. de Vaux et Marchier vers M. Filesac*, doyen de la Faculté de théologie, croyant qu'étant très affectionné à la dignité de l'Eglise et à l'épiscopat, pour l'autorité duquel il s'est toujours montré zélé, et en a dignement et doctement écrit, il pourra avoir quelque correspondance avec une personne qui est animée d'un semblable zèle, et douée d'un excellent savoir. Et la compagnie leur a donné charge de lui dire qu'elle estime extraordinairement le zèle que Petrus Aurelius a témoigné à la défense de l'ordre de l'Église, et la rare doctrine qu'il a fait paraître dans les livres qu'il a écrits sur ce sujet, qu'elle désirerait bien de lui marquer sa reconnaissance, soit en lui donnant une pension annuelle, ou en usant de quelque autre gratification en son endroit, s'il l'avait agréable et qu'elle eût adresse pour la lui faire tenir; et de prier ledit sieur de Filesac de le lui faire savoir s'il avait quelque correspondance avec lui.

Ces députés s'étant acquittés de cette importante commission, rapportèrent à l'assemblée le vendredi 9° jour de novembre, le même seigneur archevêque de Bordeaux président: « que suivant le commandement qu'ils avaient eu

1. Jean Filesac (1550-1638). curé de Saint-Jeaa eu Grève, recteur de rUniversité, puis doyea de la Faculté de théologie. 11 avait succédé comme syndic à Richer contre lequel il s'était déclaré. Mais dans la suite, il écrivit des ouvrages analogues à ceux de Richer, notamment un Traité sur Vaulorilé des évêques.

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