LIVRE IV
quence, il lui répondit que ces autorités des Pères avaient été vues et pesées dans l'Inquisition, qu'on les avait expliquées et entendues de l'égalité dans l'apostolat, et non dans la primauté qui n'appartient qu'à saint Pierre, et qu'au reste bien loin de regarder ce point d'histoire et cette opinion comme une chose peu importante,, on avait cru au contraire que ce n'était pas sans dessein que les Français s'opiniâtraient à sa défense, et qu'on craignait à Rome qu'elle ne tendit à l'établissement d'un patriarche, qui se dirait successeur de saint Paul, comme celui de Rome se dit successeur de saint Pierre, et qui prétendrait être égal à celui de Rome, comme ces livres disent que saint Paul l'était de saint Pierre.
M. Bourgeois lui répliqua qu'il était certain qu'on ne pensait, non plus en France qu'en Italie, à faire deux papes ; qu'il avait la même assurance de l'auteur de cet écrit; et que si jamais quelques princes formaient en France ou ailleurs le malheureux dessein de faire un schisme dans l'Église, et de se séparer de son chef visible, l'évêque de Rome, ils emploieraient pour cela d'autres canons que ceux des Pères et des conciles; que si on avait cru que cet auteur eût eu en vue de favoriser cette pensée schismatique, on aurait dû en même temps le tenir pour le plus extravagant de tous les hommes, puisque rien n'est plus propre à détruire invinciblement cette pensée, que ce qu'il dit lui-même, que ces deux apôtres n'ont eu qu'un même siège, un même trône, une même église, et une même autorité, et que la Providence de Dieu, qui veille sans cesse sur l'unité de l'Église, les avait appelés à soi par le martyre en un même jour, afin que leur autorité se recueillît tout entière par leurs successeurs, les évêques de Rome, et qu'ils eussent l'avantage d'être assis, comme ils le sont encore, el le seront toujours jusqu'à la fin des siècles, dans le trône et la chaire unique de saint Pierre et de saint Paul, les princes des apôtres.
Et sur ce que ce commissaire lui avait dit que ce n'était plus le temps de disputer, mais de se soumettre, M. Bourgeois lui répliqua qu'il avait un très sensible regret de n'être arrivé qu'après la décision de cette dispute, parce qu'après avoir étudié fort à fond cette matière, s'il eût pu être entendu, il leur eût peut-être dit des
choses capables de leur faire suspendre leur jugement; que ces deux petits livres n'avaient fait qu'effleurer la question; qu'il y avait bien d'autres choses à dire sur ce sujet, et bien d'autres autorités à produire, même des plus savants docteurs et des pluscélèbres cardinaux de l'Église romaine, que celles qui sont alléguées dans ces cahiers, et qu'enfin, la seule autorité du grand saint Grégoire pape, qui les appelle tous deux princes des apôtres, suffisait pour persuader à qui que ce soit qu'il a reconnu en eux une égalité, non dans l'apostolat seulement, mais même dans la principauté et dans la primauté des apôtres.
La confiance avec laquelle M. Bourgeois lui dit ces choses si fortes ne le blessa nullement, et comme il tâcha de joindre à cette vigueur quelques témoignages de respect et de soumission, et même quelques excuses de sa trop grande liberté, ce commissaire lui dit qu'il lui faisait plaisir d'en user ainsi; qu'il le priait de continuer à lui parler avec la même ouverture d'esprit et de cœur dans les autres entretiens qu'ils pourraient avoir à l'avenir; et que s'il lui apportait dans leur première entrevue quelques-unes de ces autorités des Pères et des cardinaux de l'Eglise romaine qu'il disait être formelles pour cette opinion, il lui en serait très étroitement obligé. M. Bourgeois lui promit de le faire, et même dès le lendemain, s'il pouvait avoir audience de M. l'assesseur, parce que sortant de chez lui, il se donnerait l'honneur de le voir.