‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 286 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Trente, ne pouvait être qu'un abus d'autant plus dangereux et plus déplorable qu'il était devenu plus commun; mais qu'il était faux que cette pratique fût celle de l'Église.

M. Bourgeois travailla incessamment à cette apologie pendant trois semaines ou environ, sans interrompre pour cela les visites qu'il était obligé de rendre à ses juges et à ses amis, à quelques-uns desquels, comme au cardinal Grimaldi et au P. commissaire du Saint Office, il rendait compte de son travail, il ne lui fallait plus que peu de jours pour achever cet ouvrage lorsque ce même cardinal qui lui avait appris l'emportement du P. Oliva contre lui lui apprit la satisfaction qu'il venait de lui en faire publiquement dans la même chaire, trois semaines après. Car l'ayant fait venir chez lui, il lui dit, avec beaucoup de joie, que ce Père s'était expliqué en sa présence, le dimanche précédent, en termes si précis et si exprès, qu'il était impossible de prendre pour autre chose que pour une véritable palinodie et pour une rétractation solennelle l'explication de ce qu'il avait avancé trois semaines auparavant; car il venait de déclarer dans ce dernier sermon qu'ayant dit depuis peu de temps, dans cette même place, que c'était la pratique de l'Eglise de ne point refuser l'absolution aux pécheurs, cette proposition avait été prise par quelques-uns, comme s'il eût voulu dire que l'Église ne doit jamais refuser l'absolution aux pécheurs en quelque disposition qu'ils pussent être. Qu'il se croyait obligé de s'expliquer, et de leur dire qu'il n'avait jamais entendu, ni voulu faire entendre autre chose, sinon que l'Église ne refuse jamais l'absolution à ceux qu'elle en juge dignes et qu'elle croit suffisamment préparés pour en recevoir la grâce, laissant au reste le jugement de cette disposition à la discrétion et à la conscience du prêtre; de sorte que s'il renvoie son pénitent sans absolution, parce que les règles de l'Église et les saints canons lui ont fait voir qu'il en était indigne, ce sage refus ou délai de l'absolution ne mérite que des louanges; et qu'il n'avait jamais eu d'autres pensées que celles-là; mais que comme il louait les délais ou les refus de l'absolution qui se donnent selon les règles, il louait aussi les absolutions qui se donnent sur le champ, quand le prêtre juge à propos d'en user ainsi; et que s'il y en avait quelques-uns qui les blâmassent

OU les condamnassent comme des abus, il les estimait être dans Terreur et dignes de censure.

M. le cardinal Grimaldi ajouta à M. Bourgeois que quand ce jésuite en serait demeuré là, il devait être satisfait de son humilité et de la justice qu'il lui avait rendue; mais qu'il avait fait encore quelque chose de plus. Car ayant allégué dans la suite de son discours deux autorités de l'Ecriture, Tune de saint Pierre, l'autre de saint Paul, il avait appelé ces deux apôtres : Capi de la chiesa, les deux chefs de l'Église, ce qu'il croyait n'avoir pas été exprimé dans cette même prédication sans dessein, et sans vouloir le contenter, lui docteur eu particulier, par l'aveu sincère d'une vérité qu'il savait lui être extrêmement agréable.

M. Bourgeois témoigna à M. le cardinal Grimaldi qu'il se soumettait à ses avis en toutes choses, qu'il n'avait nulle peine à supprimer des écrits qu'il n'eût jamais fait paraître qu'à peu de personnes, et dans l'extrême nécessité; et que la vérité étant satisfaite, il l'était aussi. Il n'a jamais pu savoir le motif de cette action, si remarquable et si rare dans un jésuite. Tout ce qu'il en a pu conjecturer est que ce Père étant homme de bien et craignant Dieu, il avait voulu satisfaire sa conscience par l'explication et la rétractation de quelques paroles qu'il avait avancées, par imprudence, sur un fait qu'il avait cru trop légèrement.

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