‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 29 sur 522 · LIVRE · texte numérisé non relu

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chose qu'à la prière et à l'étude, il était néanmoins connu très particulièrement de plusieurs illustres prélats, de plusieurs grands magistrats, et d'un très grand nombre de personnes d'esprit et de qualité, ayant passé plusieurs années chez M. l'évéque de Poitiers, de la maison de la Rochepozay. M. le cardinal de Richelieu, qui était alors évêque de Luçon, avait connu son mérite dès ce temps-là et M. l'abbé de la Cochère, frère de M. Bouthillier ' le surintendant, et depuis évêque d'Aire, lui avait parlé de lui d'une manière si avantageuse, que ce premier ministre d'Etat chercha toutes les occasions de se l'acquérir, en lui procu" rant des récompenses et des établissements qui auraient été capables de l'éblouir, s'il eût été capable de considérer autre chose sur la terre que le service de J.-C. et de son Église.

Ce fut par le moyen de M. l'évéque d'Aire que M. Arnauld d'Andilly*, fils du célèbre M. Arnauld', l'un des plus éloquents hommes de son siècle, et père de M. de Pomponne*, secrétaire d'État, et si connu par son propre mérite et par ses excellents ouvrages, entra dans sa connaissance. En 1620, la Mère Marie-Angélique Arnauld 5, l'une de ses sœurs, était depuis longtemps abbesse du monastère de Port-Royal qui est une maison de l'ordre de Cîteaux à six lieues de Paris, fondée en 1202 par Odon, évêque de Paris. Y étant entrée à l'âge de huit ans en qualité de coadjutrice, elle fît profession à neuf, et fut bénite abbesse à onze, selon le désordre du siècle qui régnait alors dans tous les monastères du royaume. Dieu lui avait fait la grâce d'établir la réforme

1. Claude de Bouthillier (1582-1652), conseiller au Parlement, secrétaire d'État puis surintendant des finances et chargé des affaires étrangères. Il fut disgracié par Anne d'Autriche après la mort de Richelieu.

2. Robert Arnauld d'Andilly (1588-1674) était l'aîné des vingt enfants d'Antoine Arnauld l'avocat. 11 eut lui-même dix enfants de Catherine Le Fèvre de la Boderie.

3. Antoine Arnauld (1560-1619) fut d'abord magistrat puis avocat, et prononça contre les jésuites, en 1594, un retentissant plaidoyer, cause première de la haine de toute la Société contre sa famille. Il avait épousé Catherine Marion qui mourut religieuse à P. R. en 1641.

4. Simon Arnauld, marquis de Pomponne (1618-1699), ministre et secrétaire d'État en 1671, disgracié en 1679, et rappelé par Louis XIV en

5. Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld, l'illustre abbesse de Port- Royal (1591-1661).

dès l'âge de dix-sept ans. C'est ce qu'il est à propos de remarquer, parce que l'on sera obligé souvent de parler de cette maison dans la suite de cette histoire. L'odeur de la piété de cette vertueuse fille l'avait fait choisir quelques années après pour réformer Tabbaye de Maubuisson, qui était dans un désordre effroyable, et ce fut là qu'elle avait reçu pour la dernière fois la visite de saint François de Sales % évêque de Genève, à qui elle avait fait une confession générale en 1619, et qu'elle consultait sur ses peines et sur tout ce qui regardait la conduite de son âme.

On voit assez dans les lettres de ce saint évêque* l'estime qu'il faisait d'elle, mais le prompt retour de ce saint en Piémont, qui fut suivi de sa mort arrivée le 28 décembre 1622, l'empêcha de jouir longtemps d'une direction dont elle concevait l'avantage par un discernement de grâce. Aussi avait-elle ménagé le même bonheur à l'une de ses chères sœurs, la Mère Catherine-Agnès de Saint-Paul', qui avait aussi fait connaître son intérieur à ce saint par une confession générale, et M'^* Le Maître* qui était aussi sa sœur, séparée de son mari, avait fait aussi entre les mains de ce saint évêque vœu de chasteté perpétuelle, le jour de saint Alexis de la même année 1619.

M. d'Andilly, frère aîné de cette abbesse, lui avait procuré la connaissance de M. l'abbé de Saint-Cyran dès l'an 1621; mais elle ne le regardait alors, et encore quelques années après, quecomme un hommed'unedoctrineprofonde, n'osant par respect traiter avec lui des choses de sa conscience; comme de sa part il s'étudiait à ne prévenir jamais personne sur ce sujet, ne pouvant se résoudre à s'y engager à moins que Dieu ne lui en fît voir quelque sorte de nécessité dans l'ordre et la suite de sa Providence.

1. Saint François de Sales, évêque de Genève (1567-1622), canonisé en

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