LIVRE IV
M. Bourgeois était défenseur le tint quelque temps en doute s'il serait à propos qu'il lui rendît les mêmes devoirs et la même visite de respect et de civilité qu'il avait rendue aux autres cardinaux, ses confrères. Mais il crut avoir des raisons pressantes pour ne le pas négliger :
1» Parce qu'il était son juge comme les autres, et dans la même réputation de science, d'esprit et de probité que les autres.
2° Que pour avoir été contraire à une proposition incidente du livre de la Fréquente communion et qui n'avait nulle liaison à tout le reste, il ne devait pas présumer qu'il lui dût être contraire dans tout le reste.
3° Qu'étant ami des Français et créature du cardinal Barberin, il devait plutôt espérer en lui que s'en défier.
4" Qu'il ne gâtait rien en le voyant, au lieu que ne le voyant point, il attirait contre lui le dépit d'une personne puissante et capable de lui nuire.
L'expérience fit voir que le parti où il se rangea en le voyant était le plus raisonnable, et qu'il aurait fait un grand préjudice à sa cause en s'abstenant de le voir. Car quoique son abord semblât plus difficile que celui des autres, M. Bourgeois néanmoins eut sujet d'être content de la réception qu'il lui fit. Il ne trouva dans son esprit nulle préoccupation contre la pratique du délai de l'absolution aux pénitents en quelques cas; et cependant toute la décision du procès dont il s'agissait ne dépendait que de ce point seul. C'est ce qu'il tâcha de lui persuader par des preuves qu'il lui en apporta, tirées du livre de la Fréquente communion, insistant fortsur ce qu'il n'en parlait pas comme d'unepratiqueunique et absolument nécessaire, et qu'il ne condamnait pas généralement la pratique la plus commune. M. le cardinal Spada lui proposa quelques objections communes, auxquelles ce docteur avait déjà satisfait dans ses écrits, savoir si l'absolution du prêtre était opératrice de la rémission des péchés ou si elle en était une simple déclaration, et si la contrition était nécessaire pour l'effet de ce sacrement. M. Bourgeois lui répéta sur ce sujet ce qu'il en avait mis dans ses réponses au Saint-Office, et il lui en témoigna une telle satisfaction, quoiqu'on paroles graves et plus suspendues que les autres, qu'il crut avoir raison de le compter entre les juges qui lui furent favorables.